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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 09:27

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2009. Visite médicale. Je tapote le cours sur mon ordinateur, les lunettes au bout du nez, à moitié distraite par ces pauvres collègues qui se lèvent toutes les vingt minutes pour aller à la visite médicale, les unes après les autres, dans l'ordre alphabétique. C'est bientôt mon tour. A côté de moi, sur la table, j'ai la convocation et mon carnet de santé bleu qui fait toujours fureur puisqu'il n'est pas à mon nom actuel. Oui, oui. Mon papa a eu "la flemme" d'aller me reconnaître dans les temps voulu, du coup j'ai porté 3 jours le nom de ma maman, preuve est ce carnet de santé. Dedans, il y a des choses qui m'amusent, comme le fait que toutes les cases de chaque pages soient gribouillées de toutes les couleurs. J'étais une artiste en mon temps. Du coup les médecins écrivaient dans les marges. Ou alors les courbes de poids. Formidable. Je ne sais pas si vous visualisez ces fameuses courbes, mais il y a au centre la moyenne des petites françaises, puis la ligne au dessus et en dessous des 5% de la population qui sont trop gros et les 5% des trop maigres. Vous voyez? Et bien moi ma propre courbe de poids dessine encore une ligne au dessus des 5% les plus gros. Je devais faire partie du 2% de la population VRAIMENT grosse. Et puis enfin, il y a la seule page utile du carnet de santé qui est... la page des vaccins. Cette fameuse double page qu'on doit photocopier sans arrêt pour prouver que oui, en tant qu'étudiante sage-femme, j'ai fait toute ma tripotée de vaccins obligatoires. ROR, rappels, Hépatite B, taux d'anticorps, tubertest... tout ça écrit de la main illisible de ma maman puisque pour la plupart, c'est elle qui m'a torturée.

Merde, c'est à mon tour ! Je me lève avec précipitation, comme si cette visite médicale était un entretien d'embauche : les mains tremblantes, la sueur qui perle au front. Je laisse en plan l'ordinateur qui, je l'apprendrai plus tard, s'est évidemment mit en veille au bout de 5 min d'absence et qui a fait défiler pour tout le fond de la classe mes photos de vacances. Et merde.

Dans le couloir, je sers contre mon coeur mon carnet de santé et ma convocation. A l'époque, nous étions dans l'ancienne école, dans le centre, juste à côté du batiment de la médecine du travail. Mais il faut passer par dehors, dans le froid... je galope, je galope, et j'arrive dans la salle d'attente. J'adore cette salle d'attente. C'est un joli mélange de pièce vieillote avec des affiches vieillottes sur la sécurité au travail, comme mon père en avait dans son atelier au lycée technique. Du style "mettez un casque pour aller sur les chantiers" et tu vois sur l'affiche, dessiné, un bonhomme qui sourit avec son casque jaune ridicule et un autre qui rigole moins avec sa poutre qui lui est tombée au coin de l'oeil. Du coup, je n'ai toujours pas compris si je dois ou non porter un casque à la maternité. (wtf? que font des affiches comme ça dans la médecine du travail de l'hôpital??). Je vais rapidement voir la secrétaire qui me donne un petit pot pour faire pipi dedans et faire l'analyse d'urine. Alors vous aussi, vous hallucinez? Je me demande bien ce qu'ils s'attendent à trouver, parce que je ne vois pas bien, perso. Ok, nous les sages-femmes on fait faire des analyses d'urine aux femmes enceintes, mais d'abord on leur donne de quoi désinfecter pour pas fausser le prélèvement, et surtout on cherche des choses potentiellement graves pour elles. Là, je vois pas. J'ai jamais fait d'analyse urinaire ailleurs qu'à cette médecine du travail, et perso, je trouve pas ça pertinent, vu qu'on va tous bien. Et puis, les pots sont ridiculement petits. Allez-y pour viser là dedans (quoique j'ai toujours été assez fière de moi), et encore, faut avoir envie. Bref, vous l'avez compris, je ne suis pas fan.

Je retourne dans la salle d'attente. Il y a des magasines, mais je n'ai pas envie de lire. Il fait froid, et le petit radiateur en fonte ne suffit pas à réchauffer ce batiment froid et austère. Rapidement, ma prédécesseuse alphabétique repasse dans la salle d'attente pour retourner en cours. Elle sourit. Elle a l'air soulagée de son fardeau. Je l'envie.

Lentement, je vais dans le bureau où l'interne me fait entrer. Cette année, c'est un homme. Je sais pas lequel de nous deux je plains le plus : moi, parce que m'exposer comme ça je kiffe pas des masses, ou lui parce qu'il a sans doute à peine 3-4 ans de différence avec nous et qu'il doit pleurer d'avoir eu ce stage chiant et répétitif.

On s'asseoit. Et commence la longue litanie de mon suivi médicale. Si j'ai des lunettes. Si je suis suivie par un ophtalmo (non non, j'ai fabriqué mes lunettes toute seule). Si je suis suivie par un dentiste. Si je suis suivie par un gynéco. Si je suis suivie par un médecin traitant. Si j'ai des soucis de santé. Si j'ai des allergies (attends mon coco, là tu vas te faire plaiz'). Si j'ai fait mes radio du poumon (un autre examen rigolo consistant à être les seins à l'air dans une grande salle et de se les coller contre une plaque de verre froide BRRR). Si j'ai du mal avec le rythme de mes gardes. Si j'ai mal au dos. Si je dors bien avec mes gardes de nuit. Et ainsi de suite...

Puis viens le moment fatidique. "Bon." (lui même a l'air d'avoir fait reculer l'échéance le plus tard possible) "On va passer à l'examen." Je deviens blême, lui ne me regarde pas comme pour éviter d'avoir à affronter ça. Je me deshabille, me retrouve en culotte, chaussettes, soutifs. Le summum du glam. Surtout que j'ai pas du tout assorti les couleurs, même si c'était pas intentionnel pour les chaussettes. Puis finalement, dans un dernier élan, je retire mes chaussettes parce que trop c'est trop.

" Vous auriez pu garder vos chaussettes..." Oui bon merde alors. "Vous pouvez grimper sur la balance".

Arrêt sur image. Je trouve que l'expression "grimper sur la balance" a vraiment un sens. C'est une action d'escalade vous voyez, on GRIMPE. C'est dur de monter dessus. C'est une punition, une souffrance, l'escalade sans sécurité / flash, j'ai trouvé le pourquoi des affiches dans la salle d'attente/.

Tout doucement, je met un pied sur la balance. J'hésite à mettre le deuxième, parce que là, avec juste un pied dessus, mon poids reste acceptable. Mais je sens que l'interne derrière va pas accepter. Alors, péniblement, j'amène le deuxième pied en essayant de me faire légère. C'est pas possible, je le sais bien. C'est pas en répartissant la charge d'une manière ou d'une autre qu'on est plus léger. Je regarde mon poids, manque défaillir, ce qui installe un petit silence le temps que je récupère. " Alors? " "Euh... ahum. xx kilos (non je n'assume pas)." fais-je avec un petit ton dépité. Je redescend rapidement pour abréger mes souffrances, puis je me retourne face à l'interne, qui me fixe. Ce regard est terrifiant. Il prépare au sermon.

"Vraiment? Vous faites xx kilos?" Là, gros doute. Faut-il que je remonte sur la balance une deuxième fois? Il crois que je ment? J'avoue, ça m'a toujours tenté de mentir, mais j'ai toujours mit un point d'honneur à etre honnête.

"Euh... ouais? - Et bien franchement, vous les portez bien. On a vraiment pas l'impression que vous faites ce poids."

Alors là, j'ai juste halluciné, et c'est ce passage là qui me fait vous raconter l'histoire. Pendant un moment je me suis demandé si c'était bien professionnel de me dire ça. A priori, on s'en fout d'où je les met les kilos, j'suis grosse j'suis grosse ! C'est l'IMC qui le dit, je suis en surpoids, ya pas à chipoter. Alors la réflexion de cet interne de 25 ans, qui me regarde, quasi nue, et qui me dit que je porte bien mon surpoids, j'ai prit ça pour un compliment. Du coup j'ai hésité, à la fin de la visite, à lui laisser mon numero.

C'est pas tous les jours qu'un médecin vous dit que vous  faites pas grosse alors que vous êtes grosse. Dommage. Les années suivantes c'étaient des femmes, et bizarrement, elles, elles ont bien dit que j'étais grosse.

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Published by Ellis Lynen - dans Ma patate
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commentaires

Grigrifounet 13/02/2012 20:12

En voila une chance (encore que la chance n'y est sans doute pour rien, c'est le style qui veut ça) !

Je n'ai moi-même jamais eu la chance d'avoir une interne ou quoi que ce soit de médical pour me dire que je portais bien mon excessive maigreur ^^ .

Tout ça pour dire que ça fait plaisir de te revoir par ici ;) .

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