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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 16:55

http://juicy.tuxboard.com/wp-content/uploads/2012/07/HM-fall-winter-campaign-2012.jpg

 --> Je sais qu'on a du mal à me reconnaître, j'ai beaucoup changé en 2 semaines.

D'habitude, je hais les magasins de vetements. Surtout les petites boutiques, où on vous assaille à peine le pied posé sur la moquette grise par un "On peut vous aider?" d'une voix stridente et ultra féminine qui vous fait d'emblée douter du bien fondé de votre après midi shopping. Shopping, soit dit en passant, qui ne rime pas avec "plaisir" mais avec "quelque chose, votre mère, votre garde robe vide depuis que le dernier jean s'est déchiré, ou une occasion particulière comme un diplôme d'état ou un repas de gala vous ont forcé la main". A cette question, il convient donc d'ordinaire de répondre d'un ton affable et poli "non merci, je regarde juste" même si au fond de vous même NON, VOUS NE REGARDEZ JUSTE PAS puisque vous êtes venus précisément dans l'intention de trouver votre jean en temps record pour se barrer le plus vite possible.

Dans l'idéal, le scénario se passe ainsi : vous trouvez des jeans à un prix abordable, vous en prenez 4 parce que le magasin vous limite à 4 articles en cabine, pour permettre à la vendeuse de vous proposer aimablement son aide. Elle ira vous chercher 6 autres jeans bien plus chers mais qui vous éviteront de vous rhabiller et de retourner dans les rayonnage prendre le jean en taille 46 au lieu du 44 qui taille petit.

Car oui, je fais du 44 en pantalon. Ce fut longtemps une de mes petites hontes mensuelles, quand le malheureux hasard faisait que l'après midi shopping se transformait en transhumance de troupeau de filles qui broutent les rayons. Généralement, il y avait ce genre de petites phrases anodines : "Oh là là... le 34 taille grand." Là, vous vérifiez rapidement la taille de votre jean que vous aviez hésité à prendre, du 44, donc, et vous réalisez qu'il existe 5 tailles de différence entre votre amie et vous. Et que sans doute que le 44 taillera, lui, petit. Vous reposez votre jean, prétextez n'avoir rien trouvé, et achetez plutôt des kleenex pour pleurer dans votre lit le soir de vos grosses fesses et de vos grosses cuisses.

Maintenant je me dis juste que je suis grande.

Tant que cela reste du basique, comme un jean ou un haut, il est tout à fait envisageable de se passer de vendeuse. Je suis prête à me rhabiller et me déshabiller 3 fois pour essayer des choses sans l'aide de personne pour me matter avec mes grosses fesses, mes grosses cuisses, mes gros seins, mon ventre, mes bras et mon nez.

En revanche, lorsqu'il est de bon ton d'avoir du goût pour l'occasion qui vous a fait aller faire les magasins - tel que ce fut le cas aujourd'hui - il a fallu que je prenne sur moi. Il allait falloir que je demande de l'aide à la vendeuse.

Tadam. Et je l'ai fait.

Il n'y avait personne dans le magasin à mon arrivée, et j'ai bénéficé du savoir faire bien réel de ces vendeuses qui ont le savoir des associations de couleur, de forme, et tant pis pour les sous, la paye vient de tomber. Et après avoir essayé 10 robes, avoir constaté par moi même qu'elles m'allaient bien, confirmé par les vendeuses (qui pourtant n'espéraient pas une seconde m'en vendre 10), j'ai constaté que ça me remontait le moral plus qu'autre chose. Oui, je suis grande, c'est également une galère que les petites femmes ne réalisent pas. Les robes qui arrivent généralement au genou me remontent mi-cuisse (et quelles cuisses !). Les robes courtes me font des tee-shirt. Mais les vendeuses m'ont fait découvrir LE truc que je ne connaissais pas pour arranger ce défaut : le jupon. Le jupon qui permet de rallonger la robe de 10 cm avec une épaisseur supplémentaire. Et tout de suite, en quoi, 2 minutes? Elles ont trouvé la solution à un de mes problèmes vieux de 10 années. Elles m'ont même parlé de me prendre en photo tellement les robes m'allaient bien, peut-être que contrairement à zara et d'autres magasins qui ne taillent pas au dessus du 40, et bien ce magasin avait une ligne pour les femmes qui ont un peu de formes. Le hasard m'a donc bien conduit.

Forte de ma robe et de mon jupon, le moral en hausse sur l'estime que j'ai de moi (et moins riche d'une centaine d'euros), j'ai enchainé avec H&M pour simplement chercher un boléro.

Et là... une super robe grise. Et pourtant, H&M, c'est un peu comme l'antre du mauvais goût selon mes goûts. Des couleurs criardes, des matières pauvres, des coupes passablement douteuses, et ne parlons pas du fait qu'il est difficile pour moi de trouver ma taille, j'avais l'habitude d'éviter ce magasin sauf pour les accessoires. Cette robe simple, qui m'a fait de l'oeil, détonnait avec le reste du magasin. Que faisait-elle là? Quelqun l'avait-il déposée par erreur sur un cintre? Non, je vérifie, il en existe bien plusieurs modèles. Déjà amoureuse, mais comme toujours en amour, suspicieuse et peu confiante sur le fait qu'elle m'aille, je l'essaye en cabine. Et bien elle m'allait parfaitement. Elle taillait juste, elle avait une forme, une couleur et une texture parfaite. Je n'en reviens toujours pas. H&M a décidé de tailler pour les grandes et les fortes? Je cherche un détail de malfaçon, un fil qui dépasserait, mais rien.

Je suis repartie avec ma trouvaille, des étoiles dans les yeux.

Je suis devenue l'égérie de H&M.

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 10:52

 


La première fois que j'ai été en contact avec un couple homoparental, c'était quand j'étais étudiante, en consultation de grossesse, aux côtés d'une sage-femme. Je les revois, elle, enceinte, lui à côté, mimant parfaitement le couple hétérosexuel. Ce n'est que lorsque nous avons abordé les renseignements administratifs que le malaise s'est installé.

"Donc monsieur, vous êtes le papa? Quel est votre nom?

- Euh oui... je suis le papa... enfin euh... je sais pas si on va mettre mon nom...

- Euh?  Vous n'êtes pas le papa? **Mais pourquoi est-il venu à la consultation alors?**

- Techniquement... si. Mais euh...

- Bon on va arrêter de tourner autour du pot, l'a arrêté brutalement la maman. Voilà, c'est mon meilleur ami d'enfance, nous sommes tous les deux en couple homosexuel de notre côté, nous voulions tous un enfant alors on l'a fait, et je suis enceinte. Il est le papa, mais en vérité nous sommes 4 parents, voilà."

Un petit silence a suivi, de stupéfaction de notre part. Moi, parce que je n'y avais jamais pensé. La sage-femme, parce qu'elle ne l'avait pas senti venir.

Je me souviendrai toujours que dans la case "papa", elle n'a rien écrit. Sur le devant du dossier, dans la case "suivi particulier de la grossesse" elle a marqué en rouge "couple homosexuel", comme si cela méritait un suivi particulier, comme un diabète ou une maladie. Trop compliqué. Trop compliqué cette situation dont on ne parle qu'à mi-mot, un peu comme si c'était un sacrilège que les couples homosexuels aient des enfants en France. Comme si ces parents là méritaient moins que les autres d'avoir des enfants, comme si le lien qu'ils créaient avec leurs enfant était à surveiller par la PMI parce que mon dieu, sont-ils normaux?

Je ne pense pas que la sage-femme était homophobe. Elle ne m'a fait aucune reflexion une fois le couple sorti. Cette anecdote a retenu mon attention. ce fut mon premier pas dans cette forme de parentalité qu'est l'homoparentalité.

Aujourd'hui, on ne parle pas des couples homosexuels qui viennent accoucher à la maternité. On ne nous en a jamais parlé en psychologie. Ah ça, on a fait le tour de la parentalité hétéro, de la sexualité hétérosexuelle, de la construction de l'enfance dans un couple hétérosexuel. Mais pour les couples homosexuels... on en parle pas. Ca se fait pas. Des fois même on a l'impression  que certains ne réalisent pas que ça existe et que cela nous concerne, nous, les sages-femmes.

Par la suite, j'ai rencontré d'autres couples de mamans, avec qui j'ai eu le plaisir de discuter de leur parcours du combattant qui se vit le jour le jour. Lors de la constitution de mon mémoire, l'histoire de ce couple de maman qui avait demandé à corps et à cris une insémination de donneur en france avant de se rabattre sur la belgique je crois. Oh, elles savaient qu'elles n'y arriveraient pas en france. "Mais comment faire bouger les choses si on fuit à chaque fois?" m'a demandé cette maman. Quel courage, me suis-je dit, que de lutter à la fois pour son bonheur mais aussi pour une cause. La maman-bis avait réussi je ne sais comment à faire la reconnaissance anticipée de l'enfant de sa compagne. Comment aujourd'hui avec une administration telle que la notre est-elle parvenue à faire ça? Je ne saurai jamais, peut-être quelqu'un de solidaire à la cause? Heureusement que des femmes comme elle, suffisament combatives assument d'aller en justice pour revendiquer un droit naturel d'être parent. Elle m'a dit au moment de sortir que son prochain combat serait le partage de l'autorité parentale.

Dans les équipes, cela fait les choux gras au moment des transmissions, on parle d'eux comme d'un fait divers. On utilise des termes comme "ben le couple de lesbienne...ben elles se débrouillent bien." comme si c'était étonnant et méritait d'être noté dans le dossier.

Il y a peu de temps, je me suis occupé d'un couple de mamans lors de la naissance. Je pense que ce couple avait vécu de tels jugements, de telles reflexions que cela ne pouvait pas se passer autrement que comme cela a été : pendant plusieurs heures, elles ont été sur la défensive. Il était 2h du matin, quand j'ai demandé à cette femme qui l'accompagnait qui elle était pour la maman, elle m'a dit "je suis SON amie" d'un air revendicatif et orgueilleux, comme si elle s'était préparée à encaisser quelquechose, comme si elle avait déjà préparé ce moment là depuis des semaines. Pendant plusieurs heures, il a existé cette frontière qu'elles s'étaient préparées à ériger entre elles et nous, les professionnels de santé. Personnellement, je suis totalement favorable à leur cause. Cela ne m'a posé aucun soucis, et cette deuxième maman, et bien je l'ai intégrée comme je l'aurais fait avec un papa, sous quel droit l'aurai-je évincée? Comment pouvai-je imaginer que cela se faisait encore de nos jours?

La naissance s'est très bien passée. Je les ai revu quelques jours plus tard par hasard, lors des suites de couches. Elles étaient en train de changer la couche de leur petit gars avec beaucoup d'attention, (une situation qui me fait toujours autant rire). Lorsqu'elles m'ont enfin remise comme était la sage-femme de l'accouchement, elles m'ont dit merci je ne sais combien de fois. L'une des deux a eu les larmes aux yeux. Visiblement, elles me remerciaient pour autre chose que la naissance en elle-même, et cela m'a touché.

Vivement le jour où les couples homosexuels me remercieront uniquement pour l'accouchement au même titre que les hétérosexuels. Et qu'ils n'aient pas, les larmes aux yeux, besoin de me remercier de ne pas les avoir jugé.

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Published by Ellis Lynen - dans Stage & Hopital
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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 13:07

... ce blog subit des périodes de plein et des périodes de creu. Un peu comme le cours de la chaussette à pois. Le pire, c'est que cet article ne va pas avoir un thème défini qui vous permettrait de vous y retrouver, de chercher un sens à "pourquoi revient-elle maintenant vers nous?". J'avais envie d'écrire, ça fait longtemps et maintenant que nous sommes le 15 Août et que je m'ennuie pour la première fois de l'année 2012, l'occasion fait le larron.

De même pour l'illustration de cet article. Vous allez avoir le droit en vrac aux dernières photos en date qui ont été prises avec le super appareil de Kmi la chenille, celles que je trouve jolies et celles qui me font marrer.

IMG_4263.JPG

Comme celle-ci, où je lis l'admiration fervente de Nath qui boit mes paroles après avoir fini de boire son kir (elle boit beaucoup je trouve). Guérande est une magnifique ville médiévale, où j'avais été étant petite et où je m'étais perdue au milieu du marché. Terrifiée à me pisser dessus, je me souviens uniquement avoir retrouvé mes parents et reçu un simple coup d'oeil indifférent "ah, tu étais partie?". A coup sûr, cette ville aura de l'importance dans ma vie puisque je l'ai élue comme LA ville où je me marierai - ou fêterai mes 50 ans de célibat, m'enfou, j'y fêterai quelque chose. J'ai déjà pris en photo mes amis devant le restaurant où nous trinquerons à grand coups de "ting" cristallins et d'éclaboussures deIMG_4282.JPG champagne la joie de nous retrouver tous une énième fois aux dépends de mon banquier. Peut-être que si je le convie j'aurais le droit d'être pardonnée. Peut-être pas.

Par ailleurs cette dernière semaine riche en expériences et en souvenirs me rend à moitié mélancolique, un peu comme quand on a trop pris de kir justement. La tête tourne, on a envie de tout rendre dans les toilettes mais quel gâchis ! Tant pis, j'ai craqué, je vous vomis ici des portraits de gens formidables et de lieux extraordinaires dont on ne peut qu'être content d'avoir profité quelques instants. Par exemple, les marais salants sont quelque chose de magnifique dont l'utilité industrielle salière n'est reléguée qu'au second plan lorsqu'on les traverse. C'est tellement beau qu'on a l'impression d'avoir conservé le métier de IMG_4509.JPGpaludier uniquement pour la satisfaction des yeux et des touristes. Il en va de même pour monmartre de nuit. Ou la côte de st marc sur mer.

Par ailleurs, ma lecture du moment me rend également tristement songeuse. Je lis "Un Jour" de David Nicholls, un roman qui me donne envie d'écrire. Les analogies réalisables avec ma propre vie le rendent d'autant plus important à mes yeux, et d'autant plus réussi. Mais à chaque fois qu'une telle pensée m'effleure à  la vue ou à la lecture d'une oeuvre, me revient une de ces phrases paternelles prononcées sans que leur portée ne puisse être mesurée à l'instant où les mots deviennent concrets. Il m'avait expliqué par A+B que le succès du Journal de Bridget Jones avait été porté par l'espoir qu'il donnait aux jeunes filles en fleur célibataires endurcies, mais que pour le reste de l'humanité c'était un navet. Cette reflexion hautement IMG_4354.JPGphilosophique m'a fait réaliser depuis lors que d'une, j'étais une jeune fille en fleur, de deux, n'existait pas d'oeuvre "réussie" puisque "Un jour" de David Nicholls a sans doute été un navet pour quelqu'un en ce bas monde. Et le PIRE dans cette situation, c'est que cette innocente phrase paternelle m'a fait douter même de l'intention des écrivains de tels romans. Les ont-ils écrit avec une recette à succès débusquée dans un cornet surprise rose de petite fille en fleur? N'étais-je pas prédestinée à tomber dans le panneau en ouvrant la première de couverture, voire même en l'achetant? Une telle manipulation me laisse pantoise de dégoût. Je préfère donc imaginer que l'auteur ne se doutait pas une seule seconde de l'écho qu'aurait son livre dans le coeur des jeunes filles en fleur, même si au fond de moi je connais déjà la réponse. Cela ne IMG_4555.JPGremettra pas en cause la lecture de la page 394 à laquelle je me suis arretée ce matin.

Bon changeons une dernière fois de sujet. Je n'ai plus l'eau courante depuis lundi. Au delà du fait que cela aie provoqué l'hilarité la plus totale de ma mère au téléphone hier soir, allongée telle que je l'imaginais dans le lit conjugual aux côtés de mon père sans doute lui même mort de rire, cet inconvénient devient aujourd'hui un PROBLEME. Nous sommes le 15 Août, hier débordée que j'étais par mes consultations de femmes enceintes éplorées sur leur constipation ou leur diarrhée, donnant lieu à des recherches chronophages des effets du smecta sur le CRAT, je n'ai résolument pas eu le temps d'appeler les opérateurs de l'eau pour ouvrir un contrat. Car oui. J'ai oublié d'ouvrir un contrat pour l'eau. Un petit agent malin est donc venu logiquement me couper l'eau. Nous sommes le 15 Août, le problème ne sera donc pas résolu aujourd'hui non plus.

Ce PROBLEME donne donc lieu à une expérience tout à fait intéressante sur comment survivre dans un appartement sans eau. Il faut à tout prix acheter un pack d'eau, déjà. Pour le reste:

- cesser de faire la vaisselle. Ca, ça va.

- ne cuisiner que des choses qui ne gâchent pas d'eau (exit les pâtes)

- ne plus aller aux toilettes car plus de chasse d'eau. I.e. : se constiper. En revenir à préparer l'ordonnance de suppositoires d'eductyl.

- apprendre à raisonner intelligement : ne pas se dire "ah oui je ne dois plus faire pipi dans mes toilettes puisque je n'ai plus de chasse d'eau. Tant pis je ferai pipi sous la douche. Ah j'ai plus de douche. Merde."

- emmener discrètement ses affaires de toilette à l'hopital pour y prendre sa douche et s'y laver les dents sans avoir l'air d'une sdf. Les jours de repos : aller à la piscine.

- enfin : appeler les opérateurs de l'eau demain première heure. Et tant pis pour la constipation de ces dames. Elles comprendront bien si je leur explique.

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Published by Ellis Lynen - dans Ma patate
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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 10:21

http://thumbs.dreamstime.com/thumblarge_601/1303460235E6xV32.jpg

(j'aime de plus en plus l'art abstrait)

Ca y est, depuis aujourd'hui je rentre dans la période rush de la dernière année d'étude de sage-femme. Alors ne comprenez pas qu'avant c'était j'me-la-coule-douce, mais disons que ça restait quand même bien avec un stress pas trop élevé et du temps pour moi, le calme avant la tempête en quelque sorte.

Car hier, nous avons eu l'annonce du programme pour la suite des evenements, et là ça devient chaud. Lundi, je commence un stage de trois semaines en Protection Maternelle et Infantile, un secteur d'exercice que je me prédestinait à faire plus tard. Donc ça va être bien, je vais vraiment découvrir ce que c'est et si ça me plaît ! En revanche niveau horaires, on commence à 9h et on finit à 18h 5j/7. "Un rythme normal quoi!" pensez vous. Oui maiiiis... oui mais quand on a expérimenté le rythme 12h par jour et travail 3-4j/7 croyez moi, on pleure.

On pleure aussi parce qu'on doit finir d'écrire le mémoire.

Pis aussi parce qu'immédiatement après ces trois semaines nous aurons deux semaines de cours avec des évaluations casse-ouitos ("casse-couille" en français mâtiné basque). Alors j'imagine que je vais les réviser pendant les trois semaines, de 20h à 22h, et les week-ends. Style pendant le week-end où je suis à Paris et Lyon, bien entendu. Les évaluations sont donc:

- une évaluation de sexologie (aïe): c'est très intéressant la sexologie, on apprend des choses très rigolotes et qui me sembleraient nécessaires à connaître pour tous, mais en attendant, c'est un cours très dense d'une dizaine d'heures, dont les derniers cours seront la semaine précédent (voire la veille de) l'évaluation...

- une évaluation d'échographie (aïe aïe): Un cours long et chiant qui est malheureusement nécessaire... 58 pages sous Openoffice, une petite trentaine d'heure de cours...

- une évaluation de droit (aïe aïe aïe): ... sur le thème de la sage-femme libérale. Comment qu'on s'installe, qui qu'on doit prévenir, les modes d'installations, les contrats etc. Ben je pense que je ferai pas sage-femme libérale en fin de compte. Pis je crois qu'on a la sage-femme hospitalière aussi dans le thème.

- une évaluation de psychologie (aïe aïe aïe aïe): l'intégration de l'annonce des pathologies en diagnostic anténatal, les processus de deuil après une interruption médicale de grossesse, les soins palliatifs à la naissance. Là encore un cours très intéressant dont on se passerait bien en évaluation...

- un TP de réanimation néonatale (OUÏÏÏÏE) : le bouquet final. Parce que oui, on a des TP nous aussi, sans blouse blanche ni lunettes de protection ! (c'était pourreamarion.JPG de rigoler pendant le TP là).

Quand les nouveau-nés ne "démarrent" pas tous seuls à la naissance, la sage-femme est le premier recours de réanimation. On appelle le pédiatre bien entendu, mais :

Article R. 4127-318 du CSP issu du décret du 17 octobre 2006 relatif au CD des SF :

« la SF est autorisée à pratiquer notamment : la réanimation du nouveau-né dans l’attente d’un médecin ».

Et oui, et bien des fois le pédiatre n'arrive pas assez vite, donc on a le devoir de faire tout en attendant qu'il arrive. Là vous me voyez sécher le mannequin de réa, c'est la première étape de la séquence de réanimation, et souvent ça s'arrête là... mais exceptionnellement il faut aller jusqu'à l'intubation et le massage cardiaque. (c'est ce qui vous fera accoucher à la maternité, mesdames, car même un pédiatre ne pourra pas intuber un bébé à la maison...).

Mais bon. Pour l'évaluation, forcément, le scénario va aller jusqu'à l'intubation et l'administration d'adrénaline parce que le coeur du bébé sera pas assez vaillant, qu'il respirera pas etc. Pour vous donner une idée, le bébé doit avoir passé toutes les étapes de la séquence de réanimation en 4min 30. Pour l'instant quand on pratique sur mannequin, j'arrive péniblement à 7min...

Si vous souhaitez en savoir plus sur les réanimations, il existe des vidéos sur Youtube. C'est volontairement que je n'ai pas mis le lien ici, car cela peut choquer et vous passer l'envie (une fois encore) de faire des enfants. Mais sachez que tout cela est exceptionnel, et que c'est bien pour ça qu'on doit s'entrainer sans arrêt sur mannequin, histoire que le jour où ça arrive... on soit opé. Personnellement, de toute ma "carrière" d'étudiante, je n'ai vu que 1 intubation, et sur un bébé qui pesait 600g (donc c'est pas courant). Et je n'ai jamais vu de massage cardiaque ou d'adrénaline donc bon. Rassurez vous.

Mais bref, nous avons une évaluation comme ça, qui demande de pratiquer pour s'entrainer, or avec un stage de PMI 9-18h, je pense que je vais devoir y aller sur mon temps de repas...

 

Allelujah, ça va être le ruuuuush ! xD

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Published by Ellis Lynen
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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 22:34

http://www.devoir-de-philosophie.com/images_dissertations/116493.jpg

J'écris vraiment beaucoup sur ce blog, en ce moment, ça contraste un peu avec avant. Alors pourquoi? c'est une excellente question, je ne me sens plus chez moi ici, je sens que je ne vais pas trouver de travail là bas. Et puis mes amis me manquent, aussi, j'ai envie de faire des plans vacances où à la fin ils nous saturent, les copains, tellement on les a vu. Et puis j'en ai marre d'apprendre encore et encore des cours, de faire encore et encore des statistiques, d'avoir cette désagréable impression qu'à part moi, le sujet n'intéresse personne. J'en ai marre d'être trimballée de stage en stage alors que je commençais à être à l'aise dans un endroit. Et puis le soir, quand je me couche, je regarde le plafond et je ne rêve plus à rien. C'est désespérant. Je n'attends plus grand chose en fait, je n'ai plus de grand objectif qui me fasse rêver. Je regarde M6 à longueur de journée pour me remplir l'esprit de choses bêtasses qui me convainquent que ma vie est bien moins pire que ces pauvres gens qui n'arrivent pas à vendre leur maison parce qu'il y a des infiltrations d'eau sous le plâtre. Ou encore moins pire que d'être mère à 15 ans ou d'avoir 10 gosses à la maison. C'est l'objectif de ces émissions qui nous retiennent tant, je pense : rendre impardonnable aux gens du commun de se dire qu'ils sont malheureux car regardez, il y a pire; eux ils ont de quoi se plaindre, avec leur enfant qui a cette maladie rare orpheline avec deux oreilles en plus et pas de traitement.

Pourtant ma vie est loin d'être triste. J'ai plus d'amis que la moyenne, on me fait des compliments, on admire mon talent pour écrire ou pour faire des affiches, j'ai une famille, un toit et un chaton. Mais...

...mais j'ai été voir un film que je n'ai pas aimé, ce soir. L'amour dure 3 ans. Je ne pense pas que ce soit le fond qui m'ait touché, d'habitude les films à l'eau de rose j'aime bien. Donc comment expliquer l'échec de cette séance? Tout d'abord un acteur principal qui m'a hérissé le poil tant il fait bobo tout comme je ne supporte pas. Je n'arrive toujours pas à savoir si c'est son jeu de scène, sa nature, sa voix ou sa personnalité ou un mélange de tout. Vous voyez, Christoph Waltz par exemple, je trouve ses personnages simplement détestables. Et pourtant j'adore son jeu. John Malkovich pareil. Ce sont des acteurs qu'on aime parce qu'ils jouent les détestables avec talent. Mais alors notre petit jeunot de l'Amour dure 3 ans, artiste incompris avec ses phrases semi-philosophiques qui d'un coup a la révélation du vrai sens de la vie, non. Non, non, non. Deuxièmement, ce film dure 1h30 et m'a semblé long. C'était la première fois depuis la séance mythique Crazy Kung Fu (2005?) que je me suis dit "merde, je viens de gâcher 5€".

Et puis il y a toutes ces questions qu'on soulève en cours, en conférence et où il n'y a pas de réponses. Et que j'aurais envie de débattre, remettre en cause mes convictions, de me poser les questions pour toujours garder mes idées en mouvement, mais où ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible de débattre en cours, de soulever une idée. Ce n'est pas possible de débattre avec mes amies sages-femmes car en dehors des cours, on a plus envie de parler anecdotes qu'idées de fond. Ce n'est pas possible avec mes amis qui ne sont pas dans le milieu parce que j'ai souvent l'impression qu'ils parlent de choses telles que la société en parle sans y mêler leur position et l'assumer.

Je me souviens en particulier d'un verre en terrasse que j'ai pris avec des amis il y a de celà un an? Personne n'était dans le milieu de la santé à part moi, et forcément, le sujet tombant dessus, on m'a demandé plus ou moins comment ça se passait réellement, une IVG. Comme si ça méritait de passer à M6 en reportage - m'étonnerait que ça n'aie pas déjà été fait. Je ne me souviens plus exactement ce que j'ai décrit, sans doute que c'était moins terrible que ce qu'on imagine, mais surtout j'ai donné ma position sur l'IVG.

Je pense que le droit à l'IVG est une avancée sociale, pour autant, est-ce une avancée des consciences? Une IVG, si elle est mûrement réfléchie, si c'est un choix qu'on fait parce qu'on est en détresse, que c'était une erreur, d'accord. 100 fois d'accord, 1 000 fois. Mais on apprend de ses erreurs, et celle-ci me semble suffisament lourde, vu qu'on supprime une vie humaine, pour qu'elle pèse bien dans la mémoire pour tout faire pour ne pas la recommencer.

Une deuxième IVG dans l'histoire d'une femme, ça peut être une deuxième erreur. Ca peut être un viol. Ca peut être n'importe quoi de tout aussi pardonnable.

Une troisième IVG, soit on a pas de chance (et ça peut arriver, je l'entends bien et j'insiste), soit on a un QI de baleine à bosse, soit, enfin, on regarde trop M6 et on développe avec notre société une mentalité de consommation déplorable dont j'aimerai me garder - il va peut-être falloir que j'arrête de regarder M6.

C'est ce que j'ai dit, à mes amis. Et dans le regard de certains, j'ai lû le choc. Le " tu descends dans mon estime, parce que tu es contre l'IVG". On m'a répondu que certaines connaissances avaient eu 4 IVG et n'étaient pas des baleines à bosse. Certes. C'était des quoi alors? Comment peut-on pratiquer 4, 5, 6 fois des Interruptions Volontaires de Grossesse - des Interruptions Volontaires de Vie, puisque c'est la même chose? Pourquoi j'entends des femmes me dire que c'est la même chose qu'une contraception? Pourquoi ça ne choque pas mes amis? Ce n'est pas du tout la même chose. Alors oui, je pense qu'aujourd'hui l'éthique dérive tranquillement. On est passé du "zéro IVG" des années 70 à "free IVG" comme le débit 56k à l'ADSL haut débit. Sauf que j'ai rien contre l'ADSL haut débit.

Mais comme il est facile de stigmatiser en groupe les opinions des autres, il n'y a pas eu débat, ça faisait peur à tout le monde de pas avoir les mêmes opinions. On m'a répondu qu'on ne voyait pas le problème de faire 15 IVG si on voulait (nous avions mit les soucis de santé de la femme de côté). Et puis c'est tout.

 

Aujourd'hui en cours, le professeur qui est également le chef de pôle de la maternité de ma ville a fait un cours d'Ethique et diagnostic anténatal. Il n'y avait aucune note à prendre, son cours était très bien fait. Il nous faisait simplement réfléchir à ce que nous, professionnels de la naissance, nous cautionnons. Est-ce éthique ou non? Nous ne parlions même pas d'IVG, alors, mais des interruptions pour raisons médicales. Vous ne le savez peut-être pas, mais nous avons les moyens techniques (de plus en plus poussés) pour savoir si les foetus encore dans le ventre de leur mère, sont porteurs de maladies génétiques. La trisomie 21 fait partie des anomalies chromosomiques que l'on dépiste en quasi systématique, aboutissant le cas échéant par une proposition d'interruption de la grossesse, bien au délà des délais des simples IVG. Dans plus de 95% des cas, on arrête la grossesse.

J'ai vu des mamans à qui on a annoncé des trisomies 21. Je vois ce que ça fait, je vois jusqu'où ça peut aller quand on le découvre seulement à la naissance. Je ne sais pas ce que ça fait, mais je vois la détresse que cela créé.

Pour autant, le médecin soulevait un point intéressant : n'est ce pas de l'eugénisme? Ne supprimons nous pas une tranche de notre population? Il s'avère que selon la définition actuelle de l'eugénisme, nous n'en faisons pas partie. Car on ne pourra jamais créer une population où le hasard de la fécondation faisant, il n'y a pas de trisomie. Mais la question n'est-elle pas nécessaire, n'est-elle pas pertinente? On fait parce que tout le monde fait, parce qu'on nous apprend que c'est bien, parce que notre société de consommation dit que c'est bien d'avoir un bébé en pleine santé au début tout du moins, et que quitte à choisir, autant jeter celui là et en refaire un bien. C'est de mon point de vue à moi, personnel, discutable, encore une fois. C'est considérer l'homme comme une machine avec cahier des charges, dont on jette la pièce mal découpée parce qu'elle ne rentre pas dans le joli moule de notre société.

"Et toi? me rétorque-t-on. Ne vient pas me dire que si on t'annonçait un enfant atteint d'une trisomie 21 tu voudrais le garder coûte que coûte?"

En fait, je ne sais pas. Et je fais clairement la distinction entre l'éthique et ma vie. Je peux être amenée à faire des choix que je regretterai ensuite, qu'en sais-je? je ne suis justement pas une machine dont les idées préconçues ne se meuvent pas avec la confrontation à la réalité. C'est ce qui fait ma qualité d'être humain. Et puis, peut-être ne le ferai-je tout simplement pas, ce test. Peut-être que l'enfant qui naîtra sera trisomique, que je n'aurai pas eu le choix de le supprimer ou non puisque je ne l'aurai pas sû.

 

En fait, je n'en sais rien. Peut-être que moi aussi, dans 10 ans, 15 ans, je rentrerai parfaitement dans le moule à gateau qu'on aura beurré pour moi.

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 12:56

Petit cri. Je me réveille en sursaut, le coeur battant la chamade, trempée de sueur, les yeux fous. Je mets du temps à retrouver l'endroit où je me suis endormie : je m'asseois et reconnais la tapisserie orange et rouge de ma chambre d'enfance. Dehors, la nuit est calme, il y a des étoiles plein le ciel.

J'ai encore la tête pleine de carrés verts rouges, jaunes, de colonnes, de mots en anglais, de bypass, de FREQ, MEANS, TABLES, de IF THEN ELSE END. J'ouvre la fenêtre pour prendre un peu d'air. Non. Ce n'était pas un cauchemar, EpiInfo est bien réel, et en ouvrant mon ordinateur je retombe dessus :

 

epiinfo

 

Les amis, si jamais vous devez un jour faire un mémoire avec des études statistiques, vous serez amenés à faire les mêmes mauvaises nuits que moi. Ca commence innocemment par cet écran principal, et les trois boutons à gauche deviendront ensuite vos instruments de torture préférés. ("Oh oui Analyse Data, fait moi souffrir!")

Make view commence doucement; c'est amusant de créer les questions, les variables et de changer le fond du questionnaire gris par une photo de vous avec voaffichepiinfos potes pendant les dernières vacances, un verre à la main, le teint bronzé et la mer en fond avec "La France Forte" en police blanche.

A l'époque j'avais négligé la réflexion de ma prof de biostatistiques qui devait faire : "mettez quelque chose de reposant, de pas trop aggressif, car vous allez passer du temps devant". Et note personnelle, il faut pas que ce soit un fond de qqun qu'on aime, parce qu'on finit par le détester, ce putain de fond. Du coup je m'aime plus, j'aime plus mes amis, ni l'alcool, la mer, le soleil et la France.

Les problèmes arrivent tranquillement avec "Enter data". Ca signifie que vous en avez, des data, et c'est beaucoup moins évident qu'on ne le croit. Ca signifie que vous avez passé des heures à l'hôpital à discuter avec des patientes de votre étude, toutes parfaitement sympathiques mais tout de même. Et c'est sans compter les premiers messages d'erreurs comme quoi vous écrivez des données qui correspondent pas aux variables et ce genre de choses. En anglais, bien sûr.

Et enfin, le dernier level, c'est "Analyse data". Alors là c'est du grand spectacle, ce sont des heures et des heures de programmation pour faire des pourcentages de toutes les données, et encore, c'est la partie la plus sympa. Plus vous programmez, plus le programme met du temps à actualiser les données, perso j'en suis à 30 min quand je clique sur "run". Après il y a les tests statistiques à interpréter... les chi2, les fisher, les Odds ratio, Risk ratio, les p=0,05 que vous ne comprenez toujours pas après 6 années à faire des biostat.

epiinfo chi

Vous ne comprenez rien? Moi non plus.

Et la cerise sur le gateau c'est que là aussi vous avez les messages d'erreur ironiquement appelés en en tête de fenêtre "There is a problem..." aux trois petits points de suspension sournois. Là encore vous ne comprenez rien puisque les références de l'erreur sont incompréhensibles.

erreurepiinfo.jpg

Vous vous arrachez les cheveux, le peu d'amis qui vous reste pense que vous avez la gale, vous balancez l'ordi contre le mur, vous décidez de reprogrammer toute votre étude, ce qui correspond à plusieurs semaines d'heures, bien au delà du temps que vous avez pendant vos vacances avant la soutenance.

Et c'est sans compter que les ordis meurent tous quand vous avez commencé à travailler sur ce stupide programme (véridique), il est maudit !

 

Un mémoire, c'est bien connu, c'est sympa à faire quand vous embauchez un ingénieur en informatique bilingue pour la partie programmation (Luc, Benoit big up), une représentante commerciale qui présente bien pour faire passer les entretiens (Sophie, t'es pas représentante commerciale mais tu présente bien avec ton petit tailleur sexy de manageuse internationale), et un nègre qui connaît bien le conditionnel pour rédiger le mémoire (Laurent, c'est ta partie surtout que t'es entrainé maintenant).

Je veux bien écrire les remerciements sinon.

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 09:27

http://cyreal.free.fr/blog/files/clindoeil/balance-un-peu-plus.jpg

2009. Visite médicale. Je tapote le cours sur mon ordinateur, les lunettes au bout du nez, à moitié distraite par ces pauvres collègues qui se lèvent toutes les vingt minutes pour aller à la visite médicale, les unes après les autres, dans l'ordre alphabétique. C'est bientôt mon tour. A côté de moi, sur la table, j'ai la convocation et mon carnet de santé bleu qui fait toujours fureur puisqu'il n'est pas à mon nom actuel. Oui, oui. Mon papa a eu "la flemme" d'aller me reconnaître dans les temps voulu, du coup j'ai porté 3 jours le nom de ma maman, preuve est ce carnet de santé. Dedans, il y a des choses qui m'amusent, comme le fait que toutes les cases de chaque pages soient gribouillées de toutes les couleurs. J'étais une artiste en mon temps. Du coup les médecins écrivaient dans les marges. Ou alors les courbes de poids. Formidable. Je ne sais pas si vous visualisez ces fameuses courbes, mais il y a au centre la moyenne des petites françaises, puis la ligne au dessus et en dessous des 5% de la population qui sont trop gros et les 5% des trop maigres. Vous voyez? Et bien moi ma propre courbe de poids dessine encore une ligne au dessus des 5% les plus gros. Je devais faire partie du 2% de la population VRAIMENT grosse. Et puis enfin, il y a la seule page utile du carnet de santé qui est... la page des vaccins. Cette fameuse double page qu'on doit photocopier sans arrêt pour prouver que oui, en tant qu'étudiante sage-femme, j'ai fait toute ma tripotée de vaccins obligatoires. ROR, rappels, Hépatite B, taux d'anticorps, tubertest... tout ça écrit de la main illisible de ma maman puisque pour la plupart, c'est elle qui m'a torturée.

Merde, c'est à mon tour ! Je me lève avec précipitation, comme si cette visite médicale était un entretien d'embauche : les mains tremblantes, la sueur qui perle au front. Je laisse en plan l'ordinateur qui, je l'apprendrai plus tard, s'est évidemment mit en veille au bout de 5 min d'absence et qui a fait défiler pour tout le fond de la classe mes photos de vacances. Et merde.

Dans le couloir, je sers contre mon coeur mon carnet de santé et ma convocation. A l'époque, nous étions dans l'ancienne école, dans le centre, juste à côté du batiment de la médecine du travail. Mais il faut passer par dehors, dans le froid... je galope, je galope, et j'arrive dans la salle d'attente. J'adore cette salle d'attente. C'est un joli mélange de pièce vieillote avec des affiches vieillottes sur la sécurité au travail, comme mon père en avait dans son atelier au lycée technique. Du style "mettez un casque pour aller sur les chantiers" et tu vois sur l'affiche, dessiné, un bonhomme qui sourit avec son casque jaune ridicule et un autre qui rigole moins avec sa poutre qui lui est tombée au coin de l'oeil. Du coup, je n'ai toujours pas compris si je dois ou non porter un casque à la maternité. (wtf? que font des affiches comme ça dans la médecine du travail de l'hôpital??). Je vais rapidement voir la secrétaire qui me donne un petit pot pour faire pipi dedans et faire l'analyse d'urine. Alors vous aussi, vous hallucinez? Je me demande bien ce qu'ils s'attendent à trouver, parce que je ne vois pas bien, perso. Ok, nous les sages-femmes on fait faire des analyses d'urine aux femmes enceintes, mais d'abord on leur donne de quoi désinfecter pour pas fausser le prélèvement, et surtout on cherche des choses potentiellement graves pour elles. Là, je vois pas. J'ai jamais fait d'analyse urinaire ailleurs qu'à cette médecine du travail, et perso, je trouve pas ça pertinent, vu qu'on va tous bien. Et puis, les pots sont ridiculement petits. Allez-y pour viser là dedans (quoique j'ai toujours été assez fière de moi), et encore, faut avoir envie. Bref, vous l'avez compris, je ne suis pas fan.

Je retourne dans la salle d'attente. Il y a des magasines, mais je n'ai pas envie de lire. Il fait froid, et le petit radiateur en fonte ne suffit pas à réchauffer ce batiment froid et austère. Rapidement, ma prédécesseuse alphabétique repasse dans la salle d'attente pour retourner en cours. Elle sourit. Elle a l'air soulagée de son fardeau. Je l'envie.

Lentement, je vais dans le bureau où l'interne me fait entrer. Cette année, c'est un homme. Je sais pas lequel de nous deux je plains le plus : moi, parce que m'exposer comme ça je kiffe pas des masses, ou lui parce qu'il a sans doute à peine 3-4 ans de différence avec nous et qu'il doit pleurer d'avoir eu ce stage chiant et répétitif.

On s'asseoit. Et commence la longue litanie de mon suivi médicale. Si j'ai des lunettes. Si je suis suivie par un ophtalmo (non non, j'ai fabriqué mes lunettes toute seule). Si je suis suivie par un dentiste. Si je suis suivie par un gynéco. Si je suis suivie par un médecin traitant. Si j'ai des soucis de santé. Si j'ai des allergies (attends mon coco, là tu vas te faire plaiz'). Si j'ai fait mes radio du poumon (un autre examen rigolo consistant à être les seins à l'air dans une grande salle et de se les coller contre une plaque de verre froide BRRR). Si j'ai du mal avec le rythme de mes gardes. Si j'ai mal au dos. Si je dors bien avec mes gardes de nuit. Et ainsi de suite...

Puis viens le moment fatidique. "Bon." (lui même a l'air d'avoir fait reculer l'échéance le plus tard possible) "On va passer à l'examen." Je deviens blême, lui ne me regarde pas comme pour éviter d'avoir à affronter ça. Je me deshabille, me retrouve en culotte, chaussettes, soutifs. Le summum du glam. Surtout que j'ai pas du tout assorti les couleurs, même si c'était pas intentionnel pour les chaussettes. Puis finalement, dans un dernier élan, je retire mes chaussettes parce que trop c'est trop.

" Vous auriez pu garder vos chaussettes..." Oui bon merde alors. "Vous pouvez grimper sur la balance".

Arrêt sur image. Je trouve que l'expression "grimper sur la balance" a vraiment un sens. C'est une action d'escalade vous voyez, on GRIMPE. C'est dur de monter dessus. C'est une punition, une souffrance, l'escalade sans sécurité / flash, j'ai trouvé le pourquoi des affiches dans la salle d'attente/.

Tout doucement, je met un pied sur la balance. J'hésite à mettre le deuxième, parce que là, avec juste un pied dessus, mon poids reste acceptable. Mais je sens que l'interne derrière va pas accepter. Alors, péniblement, j'amène le deuxième pied en essayant de me faire légère. C'est pas possible, je le sais bien. C'est pas en répartissant la charge d'une manière ou d'une autre qu'on est plus léger. Je regarde mon poids, manque défaillir, ce qui installe un petit silence le temps que je récupère. " Alors? " "Euh... ahum. xx kilos (non je n'assume pas)." fais-je avec un petit ton dépité. Je redescend rapidement pour abréger mes souffrances, puis je me retourne face à l'interne, qui me fixe. Ce regard est terrifiant. Il prépare au sermon.

"Vraiment? Vous faites xx kilos?" Là, gros doute. Faut-il que je remonte sur la balance une deuxième fois? Il crois que je ment? J'avoue, ça m'a toujours tenté de mentir, mais j'ai toujours mit un point d'honneur à etre honnête.

"Euh... ouais? - Et bien franchement, vous les portez bien. On a vraiment pas l'impression que vous faites ce poids."

Alors là, j'ai juste halluciné, et c'est ce passage là qui me fait vous raconter l'histoire. Pendant un moment je me suis demandé si c'était bien professionnel de me dire ça. A priori, on s'en fout d'où je les met les kilos, j'suis grosse j'suis grosse ! C'est l'IMC qui le dit, je suis en surpoids, ya pas à chipoter. Alors la réflexion de cet interne de 25 ans, qui me regarde, quasi nue, et qui me dit que je porte bien mon surpoids, j'ai prit ça pour un compliment. Du coup j'ai hésité, à la fin de la visite, à lui laisser mon numero.

C'est pas tous les jours qu'un médecin vous dit que vous  faites pas grosse alors que vous êtes grosse. Dommage. Les années suivantes c'étaient des femmes, et bizarrement, elles, elles ont bien dit que j'étais grosse.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 14:12

http://rosamelancolia.r.o.pic.centerblog.net/gxzvzw19.jpg

Bon... me voilà de retour. Je n'ai pas écrit depuis trèèèès longtemps, pour moult raisons, telles que : le fait que mon blog aie été placé en malveillant par google (wtf?), que ça m'a un peu brisée dans mon élan de bloggeuse, que je voulais avoir un site indépendant, que j'ai autre chose à faire, que j'ai fait des affiches, que j'ai eu une vie sociale, que j'écris mon mémoire etc.

Non, je plaisante. En vrai c'était pour faire comme toute bloggeuse à succès: signifier par mon absence que ma carrière a prit son envol et que du coup je gagne des thunes en publiant des livres au lieu d'écrire gratis sur un blog.

Bon si on en revient au contenu de cet article, je pense que le sujet "Anne Geddes" va partager la population des lecteurs en deux cohortes (oui oui, ce putain de mémoire me tient à la gorge).

D'une, le groupe des non avertis, des normaux, des bleus quoi (des filles http://static.skynetblogs.be/media/75698/dyn001_original_1024_768_pjpeg_2673445_b379f3ce85877639957cd828a92a3541.jpgsurtout) qui va se dire "HIIIIII ! J'adooooore Anne Geddes ! Ses photos sont trop belles, c'est trop mignon, c'est trop cucu hiiiiiiiiiiiii vas-y chéri fais moi l'amour au 14e jour du cycle, qu'on fasse un bébé et qu'on fasse des photos nous aussi!". Erreur. Vous allez faire comme 80% des français: enfanter neuf mois plus tard de bébés normaux qui ne tiendront pas dans la main de leur père (sauf cas particulier si vous êtes une lilliputienne et votre mari gulliver, ce qui risque de faire des cheveux blancs aux sages-femmes qui vous accoucheront). Et AU PIRE, vous allez faire un petit bibendum de 5000g qui ressemblera au chat de Geluck, dont vos proches diront :

"Mais attends... rappelle moi... t'as accouché ya 6 mois?

- ...il y a 3 jours, c'est pour ça que je suis encore à la maternité, connasse."

Bon, vous aurez quand même l'intense satisfaction de voir passer dans le regard de vos amies cette lueur d'effroi et de respect qui dit "mon dieu, comment quelque chose d'aussi énorme a pu passer dans un endroit si étroit? Finalement j'ai plus envie de faire de photos. J'ai plus envie de faire d'enfant. J'ai plus envie de faire l'amour à mon chéri au 14e jour du cycle." ( et j'ai plus envie de lire le blog de Ellis Lynen parce qu'elle me fout trop les jetons avec ses articles sur les naissances.)

 

http://www.casafree.com/modules/xcgal/albums/userpics/24295/annegedes%5B1%5D.jpgOu alors, vous ferez partie du deuxième groupe, celui des obstétriciens, des sages-femmes, des professionnels (ou des garçons) qui se diront "putain... encore un Anne Geddes..."

Car la tendance nationale est de mettre des posters de Anne Geddes dans les maternités, dans les bureaux d'obstétrique, dans les bureaux des cadres de maternité et des écoles de sages-femmes. En parcourant ce que me proposait google image, je me suis rendue compte que j'en ai déjà vu ENORMEMENT, beaucoup trop et que c'est même étonnant que je n'ai pas fait de cauchemar là dessus encore. Car les posters de Anne Geddes, c'est une forme de publicité subliminale. C'est comme des images qu'on interpose partout dans nos lieux de travail pour nous faire penser sans arrêt "bébé, bébé, bébé, bébé, bébé, cucu, cucu, cucu, cucu, rose, rose...". Ainsi, même les plus coriaces d'entre nous, les garçons manqués comme moi qui se disaient en arrivant dans la profession "Ok, je fais sage-femme mais JAMAIS je ne deviendrais cucu-rose-bébé! JAMAIS." finissent par devenir un peu plus guimauve à chaque année.

 

Du coup je pense qu'un jour moi aussi je ferai l'amour à mon chéri au 14e jour du cycle, moi aussi j'aurais un bébé. Et moi aussi je ferais des photos à la Anne Geddes.

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 23:31

 

http://assas.files.wordpress.com/2007/10/td-a-tournuit-56.jpg?w=655

**ting**

Au hasard de ses battements d'ailes erratiques, un moucheron volant vient de se cogner à un de ces brûlants miroirs lumineux qui éclairent le ciel de la rue.

«  Oh là jeune homme, doucement! le hèle un autre moucheron qui tourne inlassablement dans la douce chaleur qui environne le lampadaire, tu vas te faire mal, calme toi.»

Un peu sonné, le jeune moucheron met quelques temps à réaliser d'où vient la voix, puis repère le vieux moucheron qui fait des symboles bien dessinés dans l'air un peu plus loin. Soulagé de trouver quelqu'un, il s'approche.

« Bonjour, je suis un peu perdu... vous pourriez m'aider?

-Perdu? Que cherches-tu?

-Et bien... à vrai dire je ne sais pas trop.

-Si tu ne sais pas quoi chercher, tu n'es pas perdu. Quel est ton problème? »

Le jeune moucheron décide de se mettre à danser avec le vieux moucheron, car le vol stationnaire le fatigue.

« Tu me perturbes encore plus l'ancien, mais tu as raison, ce n'est pas que je suis perdu, c'est juste que je suis là depuis quelques heures et ma foi, je ne sais pas pourquoi. Ni ce qu'on attend de moi.

-Tu penses que tu as un objectif?

-Et bien... je ne vois pas pourquoi je serais là sinon. Peut-être que je dois aller de lampadaire en lampadaire jusqu'en haut de la rue?

-Ah, l'aventure... »

Alors qu'ils parlent, d'autres moucherons accourent, se mettent à danser avec eux dans la lumière dorée du lampadaire. De loin, on dirait mille cendres incandescentes se balançant au gré du vent, mais qui jamais ne s'éloignent ni ne s'éteignent.

Le vieux moucheron reprend:

« Avant de partir, regarde en bas, là, que vois-tu? »

Le jeune moucheron jeta un regard vers le lointain. Là bas, à plusieurs mètres au moins, il vit une jeune femme assise sur sa terrasse qui tapotait sur le clavier de son ordinateur et qui de temps en temps leur retournait un regard. Elle avait des lunettes, et le visage étonnamment rouge, comme si elle avait prit un coup de soleil. Elle n'était pas très jolie, son visage n'était pas très harmonieux, et elle semblait presque mélancolique quand elle les regardait voler.

«  C'est une femme.

-Pourquoi est-elle là à ton avis?

-Pour écrire? Elle a l'air d'avoir de l'inspiration, tenta le jeune moucheron d'un ton hésitant.

-A vrai dire, je la regarde depuis tout à l'heure, et je ne comprends pas vraiment ce qu'elle fait, fit le vieux moucheron. Figure toi qu'elle écrit sur nous autres, les habitants de ce lampadaire. Sur toi aussi. Et sur moi. Je me demande bien ce qu'elle nous trouve d'intéressant, après tout nous ne sommes que des moucherons. Peut-être qu'elle, elle sait pourquoi nous sommes là, et si elle écrit sur nous c'est peut-être ici que nous devons être, ne penses-tu pas? »

Le jeune moucheron ralentit sa danse, pensif.

« Donc je suis ici pour elle. C'est beau. Tu crois qu'elle se rend compte de cette partie de ma vie que je lui offre?

-Je ne pense pas...

-Si je suis ton raisonnement, elle est là pour moi aussi. Elle m'offre sa vie. Sinon elle serait ailleurs.

-Exact.

-C'est beau. J'en suis touché. »

Ils la regardèrent écrire encore quelques minutes.

« C'est une écrivaine à ton avis? Chuchota le moucheron pour ne pas la déranger.

-Non non elle écrit pour son blog.

-Je me demande aussi pourquoi elle fait ça. Tu crois que nous, moucherons, intéressons les autres?

-Il faut croire, sinon elle ne serait pas là. Ou alors peut-être qu'elle écrit pour elle, pour son bonheur personnel.

-Peut-être qu'elle imagine aussi que l'écrire sur son blog lui permet de partager son bonheur à d'autres?

-Ce serait bien prétentieux. Gentil, mais prétentieux. Ce n'est pas facile de partager le bonheur, et puis, il vaut mieux le garder tout pour soi de peur qu'on ne le vole.

-Je ne sais pas. Moi je trouve que c'est un bel objectif. C'est d'ailleurs pour ça que je ne suis pas allé au prochain lampadaire, ajouta le jeune moucheron qui n'était plus si jeune. Si son bonheur tient à écrire sur moi, alors je reste. »

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 17:16

 

Ahahaha parce qu'on ne se lasse pas de la regarder !

Enfin... moi je n'ai jamais réussi à me regarder, je ferme les yeux quand je sais que je vais passer à l'écran j'ai tellement honte... mais quel souvenir mes amis, ce fameux tournage ! Très heureuse que l'asso des étudiants sf de rennes se soit démerdé pour nous faire un truc pareil, c'est juste super, je garde précieusement cette video d'une école maintenant démolie... !  

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