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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 12:46

http://recherche.univ-montp3.fr/crises/images/stories/villa%20d%27Aspiran.JPG

Le plus doucement possible, je transpose mon poids d’une jambe sur l’autre en réassurant ma prise sur la truelle, puis recommence à gratter la terre autour de la tuile surcuite qui me nargue, à demi-enfouie. Lorsqu’on fouille, on déconnecte son cerveau, puisque le corps n’est plus qu’une somme de douleurs : le manche de la truelle qui s’enfonce dans votre paume, les ampoules entre vos doigts, la position accroupie qui vous lime les genoux, le soleil qui vous brûle le dos, la soif qui vous parchemine la bouche… donc on ne réfléchit pas, on ne fait qu’agir. L’obsession est de retirer cette putain de motte de terre sans faire un trop gros trou et sans faire voler la tuile avec, sans quoi on replacera la tuile dans son trou en regardant alentour pour vérifier que personne n’a rien vu. Limite on recolmatera avec un peu de terre, discrètement.
Non, à vrai dire il me vient le souvenir d’une deuxième obsession : la temporalité. Une journée de fouille est rythmée par la volonté irrépressible de regarder l’heure, pour plusieurs raisons :
1/ l’envie mortelle qu’il soit 13h55 - et non pas 07h05 comme il s’avère être le cas –
2/ la faim qui te fait te demander quand est-ce que la pause et son sandwich paté/fromage national vont finir par arriver.
3/ les objectifs irréalisables des chefs de secteur : « ce serait bien que dans 1h tu aie fini de balayer le chantier, soit une surface équivalente à dix terrains de foot. – euh… blague ? – non. – sans dec ? – ouais. – ah merde alors. »

Alors que j’étais en train de penser que le petit vent est vachement agréable, je redresse la tête pour voir où en sont les autres et là, drame quotidien, mon regard s’accroche à mes deux seaux remplis aux 80%. Gros dilemme ! Soit la flemme de les porter va me faire continuer à trueller et les remplir à 99%, ce qui provoquera immanquablement l’amputation de mes 5 doigts pour les porter jusqu’au tas de terre de l’autre côté des dix terrains de foot, soit je me motive pour porter 80% plus souvent que si je remplissais à 100%. Il n’y a aucune bonne solution. Je décide d’emmener 95%.
En allant au tas de terre, en soufflant comme un bœuf, je regarde les autres âmes en peine qui flottent au dessus de leurs trous, silencieuses et douloureuses. Au loin je reconnais la pierre de Sisyphe qui est parti vomir à cause de sa cuite d’hier, Tityos, Tantale et Ixion. Je leur fait un rapide salut de la tête qu’ils ne remarquent pas. Perséphone avec ses éternelles paires de lunettes de soleil est assise sur une berme, en train de discuter avec Hadès sur les post-fouilles de l’après midi. J’espère tout de même qu’on aura pas. Qu’on puisse aller se baigner avec Prométhée dans le Styx comme la semaine dernière… fin seulement si Charon veut bien nous emmener.
De l’autre côté de la route j’aperçois à peine le deuxième secteur du Tartare et ses pauvres âmes à la recherche de fibules et de clochettes qui n’existent peut-être pas. Alors que je reprends ma place, Minos, Eaque et Rhadamante vont chercher des bidons d’eau aux champs élysées pour humidifier la terre et qu’elle soit moins sèche sous la truelle.

En grinçant, mes genoux acceptent de replier pour me remettre accroupie. Je reprends la truelle et attaque le bloc de basalte qui coince la tuile surcuite sous son poids. Il est 07h10.

En vrai, c'était tellement bien ! Des gens juste parfaits, rigolos, et en archéo, ce qui en soit consiste en une qualité pour moi... un temps merveilleux, des paysages féérique, des accents qui rayonnent de soleil, d'autres qui font marrer -n'est ce pas Gege. Je suis très heureuse d'avoir apprit toutes ces choses inutiles pour une sage-femme tel que faire une coupe de four à sigillée ou mesurer des ornières de roues de charrettes sur un état 4 de voie romaine... comme tout le monde le sait, je recommencerai. Si on ne me reprend pas ici, ça sera ailleurs! Et pour tous les étudiants qui veulent essayer d'accoucher qqun, je vous accueille avec plaisir en maternité en échange! =D 

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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 14:29

fouilles2.jpg

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 14:07

article.jpg

Organisation des révisions

- lever 8h

- jusqu'à 12h: finir la Pharmaco et l'Anesthésie

- 14h - 18h : Pédiatrie

- 18h-23h : Gynéco&Obstétrique

 

En pratique :

lever 10h

10h30 : pharmaco 10 min

10H40: God of War sur PS3.

11H30 : Se rendormir.

13h : se réveiller, manger et télé pour se distraire un peu de ses rév...wait for it...

14h20 : 10 min Anesthésie

14h30 : dessiner pour un article pour son blog

14h50 : écrire le sus-dit article.

15h : essayer de réviser aussi constructivement que jusqu'à présent en s'arrêtant vers 18h.

18h : soirée chez Myriam.

23h : retour à la maison.

23h10 : programmer les révisions du lendemain.

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 15:37

http://140.116.253.135/newHomePage/manager/form/drug/drug_pic/F0857501Tractocile_085750_1_980806.JPG

Plus je découvre le monde hospitalier, plus je comprends pourquoi la santé a un coût et que celui-ci est cher; lorsque je débats sur les allocations, le remboursement des médicaments et ce genre de choses, certaines personnes me disent "bah un jour on payera les médicaments, comme ça les gens arrêteront d'en bouffer au petit dej' et les gellules ne feront plus partie du tableau aux côtés de la tartine beurrée et du jus d'orange." Et ma foi, j'ai de plus en plus tendance à penser qu'on devrait faire quelque chose pour que certains arrêtent de dépasser les bornes.

Le médicament que vous avez en photo est le plus cher qu'il m'est été donné de préparer et de tenir entre mes mains - et pendant le stage dans lequel je suis en ce moment, j'en prépare pour 2 patientes au moins par jour, sans compter les patientes de l'autre côté du service . L'Atosiban est un produit pharmaceutique inhibiteur de l'ocytocine, on l'utilise en dernier recours pour arrêter les contractions chez les femmes enceintes qui se lancent trop tôt dans le travail de l'accouchement pour leur permettre d'avoir un bébé un poil plus gros que 600g à la naissance. Ce médicament est composé de deux petits flacons de 3cm chacun, contenant respectivement 0,9mL et 5mL. Il s'administre à des débits très précis sur 48h. Il coûte 450€.

En soit, une patiente à qui je donne ce médicament et qui fait tout pour se reposer et ne pas avoir de contractions ne me dérange pas; elle a comprit l'enjeu, la gravité, et sans qu'on lui dise le prix de ce qu'on lui passe dans les veines pendant 2 jours elle a bien saisi que sa situation est grave et qu'on utilise les dernières cartes avant le fatal accouchement d'une crevette.

Il y en a d'autres à qui j'aimerai bien faire payer leurs médocs. Du style la cocotte qui refuse de se contenter de ses patchs à la nicotine et qui débranche elle-même la seringue contre avis médical pour aller fumer sa clope en bas, ou qui va s'asseoir dans son fauteuil parce qu'elle en a assez d'être allongée. Réalises-tu ma belle, que tu es en train de jeter 500€ par la fenêtre sans compter le prix que coute ton hospitalisation et celle future de ta petite mouche de 800g qui aurait 1 "chance" sur 2 de devenir handicapée? Ta dépendance est forte, certes, mais tout cela ne mériterait-il pas que tu pleures dans ton lit contre tes copines de lycée qui t'ont fait tomber dans le tabagisme et que tu te colles tes 5 patchs les uns sur les autres si nécessaire? Alors que moi je lâche quelques larmes en voyant qu'il reste un tout petit fond dans le flacon que je n'arrive pas à prélever avec ma seringue et que ce que j'ai entre mes mains correspond à l'ensemble du contenu de mon compte en banque, toi tu vas t'asseoir au fauteuil parce que tu en as assez de rester allongée au bout de 24h? Tu n'as qu'à te le payer, le produit. Peut-être que tu resterai allongée.

 

A l'inverse, pour les femmes qui n'arrivent pas à avoir des contractions à la fin de la grossesse, on met au fond du vagin une sorte de bandelette de 2cm bourrée de prostaglandines pour les aider à rentrer en travail et dilater le col de l'utérus. Ces 2cm coûtent 90€ pour 24h. Comment peut-il être possible de le perdre dans les toilettes 30 min plus tard sans vouloir sortir son carnet de chèque en culpabilisant sur le trou de la sécu creusé à la pelleteuse? Car tu comprends que nous on ne va pas te laisser avec ton enfant dans le ventre pendant encore 6 mois, donc on va t'en remettre un autre. 180€ dans le tutu en 2h, j'espère que tu saisis pourquoi j'ai pas envie de prendre ça avec le sourire.

 

De même, quand on consultation on te demande si ça te gratte fort sur les bras et les jambes au point de te réveiller la nuit et de te lacérer les membres, n'imagine pas qu'on te demande si tu as des moustiques chez toi; c'est une maladie. Ce n'est pas la peine de t'inquiéter et de répondre "oui" en te disant que si tu as quelque chose par malheur, on va le découvrir avec une prise de sang. Car le petit tube qu'on te prescrirait coute 30€. Alors réfléchis bien. Est-ce que tes moustiques valent 30€? En es-tu bien sûre?

 

Je ne dis pas que les patients français font exprès de consommer des soins; pour le dernier exemple cité, c'est dans une autre culture que les femmes répondent "oui" à toutes nos questions sans réaliser le prix que cela va nous coûter d'aller vérifier leurs dires. Je me demande juste quelle attitude je dois adopter? Dois-je culpabiliser les patients en leur demandant s'ils seraient prêts à payer ce qu'ils consomment sans ciller? Ou dois-je considérer que la santé n'a pas de prix et qu'ils n'ont pas à s'en vouloir d'avoir leurs pathologies? La question reste en suspens depuis quelques années déjà...

 

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 09:43

retouche2.JPG

Bon ça fait 2 articles que j'écris, et j'ai eu 10 idées au moins pour d'autres mais bizarrement ça ne donne rien; PROMIS Rosemarie, je n'oublie pas le tien.

Ce matin quand je me suis levée, j'ai zoné en nuisette les cheveux singulièrement disposés en botte de foin jusque dans la cuisine pour me faire un café. Le regard aussi aimable qu'il est possible, j'étais en train de me faire la remarque que la journée allait sans doute être aussi peu productive que les 5 précédentes. Machinalement, j'ai regardé mes plantes par la fenêtre qui dorent au soleil toute la journée. Et là Hiiiiiiiii!!! Les fleurs sont sorties !!!

Ni une ni deux hop, en nuisette sur le balcon pour m'extasier de leur beauté et de leur magnifique couleur. J'étais persuadée qu'elles allaient être jaunes !

Pour mieux comprendre cet emerveillement de gosse, vous devez savoir que je n'ai jamais eu la main verte. Les plantes meurent avec moi, par manque d'eau et d'amour parce que rien n'est plus con qu'une plante. Pourtant, là je m'étais lancée un peu désespérée, sous les railleries de mon frère - qui lui par contre serait capable de faire pousser un cactus en Antarctique- dans la culture de plantes aux fleurs comestibles. Au départ peut-être une centaine de graines réparties en 10 pots, aujourd'hui ne subsistent que 9 pieds triés au hasard : 4 pieds de bourrache que vous avez ci dessus, deux pieds de capucine trop mignonnes, deux pieds de roquette  et une plante que je ne sais pas ce que c'est.

Peu de temps après avoir prit cette photo, j'ai mangé une des deux fleurs, parce qu'il paraît que ça  a un goût d'huître. Et bien ... j'ai jamais mangé d'huître. Les feuilles auraient le goût du concombre. C'est tellement plus joli, un concombre avec des belles feuilles vertes et des pétales huîtrées avec un petit cône violet au centre.

Je me suis un peu renseignée sur l'éminente source Wikipedia : la bourrache contient une molécule toxique si elle est consommée en trop grande quantité. Pourtant la bourrache est belle et bien comestible : c'est même une plante médicinale. Elle servirait à guérir des gastrites, des atteintes de la peau, soigner la gueule de bois !!!,  serait un diurétique, adoucissante ET surtout... aphrodisiaque.

Flavien, tu peux venir avec ta verrue, je te ferais un petit cataplasme.

Victoire, j'suis trop fière d'avoir amené mes petits pieds à floraison !!! Ne reste plus que la récolte des graines !

 

J'attaque les Ipomées à grande fleur bleue !!!! =D

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 19:40

cigarette2.JPG

6 minutes 46 secondes. C'est le temps qu'il m'a fallu pour fumer ma cigarette.

Je sais, ce n'est pas bien de fumer, et je ne dis pas l'inverse. Je pense aussi que ne jamais fumer de cigarette, ce n'est pas bien. C'est une expérience comme une autre, dont l'acte unique ne nuit pas. Ce n'est pas comme tuer quelqu'un. Enfin je pense.

Je suis assise en tailleur sur mon canapé, j'ai commencé à boire une bière tout à l'heure, et il est temps de fumer. Ce moment, j'y réfléchis déjà depuis une demie-heure, j'attendais que l'épisode de ma série soit fini.

Je regarde mon paquet, convenablement détruit d'avoir été fourré dans une poche de jean à la dernière soirée, et avec deux doigts je prélève délicatement un exemplaire parmis la dizaine que contient la boite bleue. Je repose le paquet, et pour la première fois depuis longtemps le message inscrit dessus me frappe. C'est le message le plus bateau qu'il pouvait y avoir, "Fumer tue". Il me fait arrêter mon geste un dixième de seconde, et alors que je me saisis de mon briquet, je me dis que j'organise mon suicide en fumant cette cigarette. Si fumer tue, pourquoi est-ce que je fume, hormis pour vouloir me tuer?

J'ai choisi la musique que j'allais écouter, ne riez pas, c'est "En apesanteur" de Calogero, et je pousse le son à fond dans mon casque. Je sais déjà l'effet que va me procurer cette cigarette, et lorsqu'on le sait, on prépare l'instant. Je sais déjà à quoi je vais penser pendant ces 6 minutes et 46 secondes.

J'approche le briquet du bout de la cigarette que j'ai déposée entre mes lèvres, bien consciente que le goût de ce petit bout jaune ne me plaît pas. C'est sec, rapeux, et je me garde d'y approcher ma langue car cela me provoquerait un profond dégoût. Mon pouce roule sur la roue à cran du briquet violet vif, et une flamme naît au milieu des étincelles. C'est beau une flamme, c'est une danse sensuelle au rythme des courants d'air, c'est l'Amour aussi; ma cigarette vient frôler les courbes ondulantes et j'aspire l'air à travers la cigarette, on a l'impression que j'aspire le feu dans ce batonnet blanc.

Alors que les braises ornent comme une couronne l'extrémité du cylindre, j'éteint le briquet. La flamme disparaît, ne reste que des braises qui invariablement finiront par s'éteindre sous mes doigts.

J'aspire la fumée dans ma gorge, je la sens qui descend dans mes poumons, du carton rapeux et amer qui assèche ma bouche et la rend pâteuse. Puis je souffle en un long nuage la fumée qui reste.

J'ai 6 minutes et 46 secondes pour penser à quelque chose. Et je repense à ce que j'ai fait de ma vie, ce qui compte pour moi, ce qui est passé et ce qui reste. Je me revois au collège, en train d'écouter Calogero, au lycée puis en médecine. Finalement, les années de sage-femme, les stages, l'hôpital, ma ville. En quelques secondes j'ai retracé ma vie. Je n'ai pas pu y voir tous les instants, ni tous les gens qui les ont marqués, mais j'arrive assez vite à la conclusion : qu'est ce que j'ai gardé sur toutes ces années? Ni mes amis, ni mes convictions politiques, ni mes activités, ni mes plaisirs. Tout cela passe, puis s'efface, devenant des pages jaunies de ma vie que je feuillette quand l'humeur mélancolique me prend de pleurer sur ce que je passe ma vie à perdre.

Arrivée à la moitié de la cigarette, les choses se brouillent dans un léger flou; mes pensées sont claires, les choses aussi, mais le lien entre les deux perd de sa netteté. Je dis souvent que la tête me tourne, mais ce n'est pas tout à fait ça. J'ai l'impression que ma tête pèse vers l'avant, que mes yeux peuvent tout et rien voir à la fois, que mes oreilles entendent calogero mais ne l'entendent pas non plus. Les sensations du toucher sont décuplées, je n'ai jamais aussi bien senti le papier du filtre sur mes lèvres sensibilisées, ni la chaleur poudreuse dans mes poumons, ou la cigarette entre mes doigts.

Je regarde les braises lécher doucement le papier noirci et les volutes de fumée s'envoler. Je repense à 500 days of summer, à cette image où sur un dessin à l'encre tout le paysage s'efface autour de la silhouète.

Ma vie c'est ça. Un dessin au crayon gris où je suis la seule tâche d'encre. 

Peu à peu, mon coeur s'accélère, fumer me fait toujours ça. J'ai l'impression que lui aussi veut accélérer ma mort en disséminant les produits de la cigarette dans mon corps le plus vite possible. Je reprend une bouffée. De toute manière on meurt tous. Je n'ai pas envie de vivre trop longtemps.

Ca y est. Les braises font disparaître les lettres d'or de la marque de la cigarette. Puis s'éteignent.C'est beau une cigarette qui s'éteint. Vite, une photo !

  Et merde. J'ai renversé ma bière.

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 13:24

http://www.degrenne-distribution.fr/upload/images/10-20060612113601.gif

"L'arabe du coin", c'est comme ça que nous l'appelons. Il n'y a là dedans rien de raciste ou de stéréotypé... ou si peu. Je pense qu'il est Tunisien. Ou Marocain. Non... en fait il est sûrement Algérien, puisque de source sûre - des Algériens eux-mêmes qui ont tenu à rétablir la vérité* , l'arabe du coin est une expression qui désignait les Algériens de Paris.

En bas de chez nous, il y a un viveco où nous faisons nos courses quand on a la flemme de marcher 10 min de plus pour aller à Carrefour. Les prix sont faramineux, il ne faut pas vouloir y faire ses courses de la semaine, mais peu à peu, je me suis attachée à ce vieux bonhomme un peu bedonnant qui sourie avec les yeux. Au début, je ne l'appréciais pas trop, il était renfermé et à la limite de l'aimable, et il faut dire que les Viveco rayonnent pas de l'ambiance propre et joliment agencé d'une très grande surface. Et puis dans ce magasin, je suis toujours toute seule à faire mes courses. Il n'y a jamais personne qui parcourre les rayons avec moi, ça  fait bizarre. Mais cela fait 2 ans qu'on voie l'arabe du coin régulièrement, et maintenant nous entretenons une de ces relations particulières de client à vendeur où un bonjour appuyé d'un regard et d'un sourire signifient plus qu'une simple formalité. N'imaginez rien de graveleux, je veux juste dire qu'on se reconnaît. C'est tout.

Je vous parle de lui, parce qu'aujourd'hui nous avons échangé plus qu'un traditionnel "Vouspouvezprendreunpaniersivousvoulez - Nonnonçaira". Je m'acharne effectivement assez bêtement à prendre les produits dans mes bras, pour me forcer à pas trop acheter - non sans déconner, vous pouvez pas comprendre tant que vous avez pas vu les prix. Il m'a avoué une fois qu'il avait peur que je casse une bouteille. Moi? Faire tomber  des trucs fragiles? JAMAIS monsieur, c'est mon métier de ne rien faire tomber par terre !

Hier, je n'avais pas assez de monnaie pour payer ce que j'avais choisi, et j'avais oublié ma CB. Alors que nous nous efforcions de trouver quels produits enlever pour arriver à 14€, nous parvenons enfin à arriver à un total de 14,60€. Soit donc 60 cent de plus que ce que je pouvais payer.

OUAIS OUAIS cette histoire est passionnante. J'vous embête d'abord.

Alors, gracieusement, avec un petit regard pétillant, il me dit que je le rembourserai la prochaine fois que je viendrais. Mon coeur s'est envolé, ça y était ! Avec ces mots il venait de signer le pacte de la confiance! Il me faisait crédit, alors que dans tous les magasins depuis que je suis petite je vois marqué "nous ne faisons pas crédit". Il me donne mon ticket avec le 60cent entouré au bic rouge en me disant qu'il me connaissait maintenant et que ça ne posait vraiment pas problème.

Ce matin, en allant chercher mon pain de bonne heure, je suis repassée devant le Viveco. Il prenait l'air, et m'a dit bonjour de loin.

"Bonjour monsieur ! J'ai vos 60 centimes!

- Oh, ce n'était pas pressé vous savez.

- Oui non mais je n'aime pas trop devoir de l'argent comme ça. Et puis je vais acheter quelque chose aussi."

En rentrant, sa femme me sourie. Bizarrement, elle ressemble à une indienne je trouve. Enfin je sais pas si c'est bizarre, après tout un tunisien et une indienne peuvent se mettre ensemble en couple en France, j'vois pas pourquoi ça serait bizarre. Mais à chaque fois que je la voie - elle est moins souvent là, elle fait juste l'ouverture et la fermeture - je me dit "c'pas possible que lui soit indien." Cherchez pas, je me pose beaucoup de questions sur de nombreuses choses, et les nationalités en font partie. Je les vois bien avoir un fils unique de 28 ans , peut-être même que je  l'ai vu une fois l'année dernière.

Je retourne à la caisse avec les bras chargés de café, de compote et de semoule, soit la base de mon régime alimentaire. Ajoutez-y de la ratatouille, des flageolets, des haricots verts, des yaourts et du raisin sec pour les jours de fête. Ce que j'aime, dans ce Viveco, c'est le rangement, qui est particulier: c'est tout petit, il n'y a pas suffisament de rayonnages pour faire de jolis dégradés de types de produits comme à carrefour. Les raisins secs sont donc voisins immédiats de la langue de boeuf en boite, le thé chinois avec la confiture de fraise. Les packs de bières sont posés à même le sol en devanture, et les pâtes font face au PQ et au gel douche. Des rayonnages réfrigérés ont été éteints et laissés en l'état pour contenir les jus de fruits - il y a le choix là par contre - et comble d'effort de diversification, ils ont même un MINUSCULE coin papeterie sans papier en tête de gondole.

Bref j'arrive à la caisse, une sorte de plaque aluminium où on pose les produits; il encaisse, rajoute les 60 centimes sur la note. Il me répète que c'était pas pressé, lorsque je paye.

"C'est juste que comme ça c'est clair entre nous, il n'y a pas de dette!"

Il rigole, et me dit en souriant :

"Mademoiselle, je me doutais que vous n'alliez tout de même pas fuir la France en me laissant cette ENORME dette!"

Je ris aussi, c'est vrai que je suis bête. Mais je ne regrette pas d'avoir joué un peu à la gourde sur cette histoire; ça m'a fait plaisir que lui et moi ne soyons pas de simples anonymes distants, et d'avoir partagé ce moment là. C'est cher? Et bien tant pis, pour le même prix j'achèterai moins qu'à Carrefour, je passerai un bonjour à l'arabe du coin et ça me fera plaisir !

 

* texte modifié le 17.04.11 suite aux réclamations de Yano et benabi tayeb

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 12:47

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Les Droits de la Femme, 1791

- Olympe de Gouges -

" Homme, es-tu capable d'être juste? C'est une femme qui t'en fait la question; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi? Qui t'as donné le souverain empire d'opprimer mon sexe? ta force? tes talents? Observe le créateur dans sa sagesse; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire tyrannique.

Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie les végétaux, jette enfin un oeil sur toutes les modifications de la matière organisée, et rends toi à l'évidence quand je t'en offre les moyens; cherche, fouille et distingue, si tu le peux, les sexes dans l'administration de la nature. Partout, tu les trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux à ce chef d'oeuvre immortel.

L'homme seul s'est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursoufflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles; il prétend jouir de la Révolution, et réclamer ses droits à l'égalité, pour ne rien dire de plus."

 

Le lundi 8 mars, ce sera la journée de la femme.

Tous les ans, je me disais qu'une Journée de la Femme était aussi ridicule et inutile qu'une Journée du Sac Poubelle ou de l'Ours en Peluche. Bien qu'étant femme, je me disais "pourquoi pas une Journée de l'Homme alors?"; je critiquais violemment les arguments du parti adverse, criant à la discrimination que cette journée prétendait fustiger mais soutenait de par son existence même. Pour montrer mon opposition, en ce jour de la femme, je devenais homme. Concours de vulgarité, déclinaison polie de toute courtoisie, j'arborai le costume 3 pièces de mon frère et décidai de faire pipi debout sur le bord de l'autoroute. En me faisant la bise, les gens me disaient enfin ouvertement que je piquais, et une grosse bosse au niveau de mon entrejambe valait tous les poèmes du monde lorsque je croisais un représentant de la gent opposée. Comble de galanterie, je le hélai par un "Eh, m'sieur, z'êtes trop mignon, putain vous êtes trop bon".

 

En vérité, je me suis toujours contentée - piteusement - d'être contre l'existence d'une telle journée, et contre toute forme de discrimination de genre. Enfin... c'était ainsi jusqu'à ce matin. Non, vous avez bien vu la date, nous ne sommes pas le lundi 8 mars, mais qu'importe au fond? Ce n'est pas parce qu'une journée est commémorative qu'elle implique une reflexion du même acabit; j'ose espérer que l'espèce humaine est capable de réfléchir à un tel sujet quelque soit le jour de l'année.

Dans l'idée de faire un article virulent et drôle - c'est tellement plus simple et plus puissant de tourner en dérision les choses plutôt que d'y opposer des arguments - je me renseignai tout de même sur les droits de la femme, Olympe de Gouges et les Nations Unies. Et j'ai mieux compris, j'ai saisi ce qui m'échappait depuis des années.

J'ai lu la Convention sur l'Elimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, et dedans, j'y ai trouvé l'origine de la journée de la Femme.

Article 4
1
. L'adoption par les Etats parties de mesures temporaires spéciales visant à accélérer l'instauration d'une égalité de fait entre les hommes et les femmes n'est pas considérée comme un acte de discrimination tel qu'il est défini dans la présente Convention, mais ne doit en aucune façon avoir pour conséquence le maintien de normes inégales ou distinctes; ces mesures doivent être abrogées dès que les objectifs en matière d'égalité de chances et de traitement ont été atteints.

2. L'adoption par les Etats parties de mesures spéciales, y compris de mesures prévues dans la présente Convention, qui visent à protéger la maternité n'est pas considérée comme un acte discriminatoire.

Article 5
Les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour :

a) modifier les schémas et modèles de comportement socio- culturel de l'homme et de la femme en vue de parvenir à l'élimination des préjugés et des pratiques coutumières, ou de tout autre type, qui sont fondés sur l'idée de l'infériorité ou de la supériorité de l'un ou l'autre sexe ou d'un rôle stéréotypé des hommes et des femmes;

J'y ai trouvé un message tempéré, un message qui n'est pas féministe comme je le craignais.

Je déteste le féminisme, sans pour autant renier ce qu'il a apporté par le passé en terme d'acquis sociaux; le féminisme a été la base de la mise en place de l'égalité des sexes. Aujourd'hui, le féminisme n'a plus lieu d'être dans sa forme revendicatrice, nous n'avons plus besoin de nous couper les cheveux et les jupes, ou de mettre le feu aux urnes. Revendiquer sa place dans la société au même niveau que les hommes, c'est un travail quotidien qui doit être intime et personnel, respectueux des efforts que les hommes eux aussi doivent développer dans l'autre sens, notamment en ce qui concerne les droits aux congés parentaux. C'est se leurrer que d'imaginer que les hommes ont l'entière possession des avantages sociaux. En ce qui concerne les bénéfices de la maternité, vous le voyez ci-dessus, même les Nations Unies pensent que les avantages féminins ne doivent pas être considérés comme de la discrimination vis à vis des hommes. Pourtant... c'en est, bien souvent.

Je déteste le machisme aussi, notez, sauf qu'en prime je n'y vois aucun intérêt.

 

En en-tête, vous avez vu, je vous ai fait un joli petit montage de photos de femmes actuelles. Je reviens d'un séjour parisien, un séjour de shopping, d'échange de fringues, de jeux de relooking chez H&M avec Melmelboo. Pour moi, être femme revendicatrice aujourd'hui, c'est en partie être comme ces femmes là; des femmes qui se permettent une totale liberté de style, émancipées d'un carcan vestimentaire social bien mieux que les hommes encore trop confinés au costume 3 pièces, dont la seule touche d'originalité est le choix entre Cesare Attolini et Kiton. Les femmes d'aujourd'hui écrivent des blogs qui parlent de sexe, comme Navie, manient les mots et les pires artifices comme n'importe quel homme politique, postulent pour les travaux publics et ne savent plus faire la cuisine. C'est dommage, finalement, qu'une partie d'elles ressemblent de plus en plus aux hommes sans parvenir à se trouver une nouvelle place. La femme d'aujourd'hui, en cherchant son émancipation, devient un calque du genre masculin. Et les hommes, dans le mouvement de résistance que cela provoque chez eux - une sorte de réaction épidermique en fait ! - copient les femmes. Bienvenue à l'unisexe.

En en-tête, j'aurais pu mettre un montage différent, qui vous aurait rappelé que la femme d'aujourd'hui n'est pas libre comme celle que je vous présente. La femme d'aujourd'hui continue de subir des mutilations sexuelles, n'a pas le droit à l'éducation, n'a pas le droit au mariage consenti, et continue de se faire frapper par son mari. Vous croyez, comme je le fis, que la femme en France tout du moins, n'est plus ainsi.

Dans un article précédent, je plaisantai sur les pubis étonnants et les "trésors" qu'on découvrait dans les petite culottes au CHU. On y trouve aussi les clitoridectomies et les infibulations. En soulevant un tee-shirt, on trouve les bleus sur le ventre et la peur dans les yeux. En discutant, on découvre la simulation de contractions pour ne pas rentrer à la maison.

 

Pour conclure, je vais vous rallier, défenseurs et détracteurs de la Journée de la Femme, car au final vous visez tous le même but: le jour où on en aura plus besoin.

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 12:09

http://1.bp.blogspot.com/_CPNygp6dav8/TAfjJyOAbtI/AAAAAAAABzM/1Nz8tpFRaYc/s1600/Musee+de+Bretagne+Interior.jpg

Hier, j'ai décidé d'aller visiter le musée de Bretagne des Champs Libres. Comme c'est souvent le cas, on a beau habiter juste à côté, on ne déplace pas son popotin pour aller voir les richesses de sa ville avant d'y avoir habité 5 ans. Ce fut une très agréable surprise. J'aime l'histoire ancienne, la préhistoire, l'antiquité et le moyen-âge. Dans les livres c'est bien, mais découvrir cette Histoire chez soi, sous nos pieds ou à 30km, c'est encore mieux.

http://www.tourisme-rennes.com/wpFichiers/1/1/Actualites/73/rennes-en-chansons.jpg

Il est 16h30, j'ai acheté mon ticket 3€ pour visiter le musée. Au premier étage, on me dit que si je le souhaite, il y a une visite commentée à 17h, qui dure 1H30 et ma foi, cela me tente bien. En attendant, on m'invite à faire un tour à l'exposition "Rennes en chanson". Au début je pensais que cette exposition était celle du concours des chansons écrites par des Rennais, un concours sur lequel je m'étais déjà renseignée. En vérité, c'est bien mieux que ça : l'exposition réunit les chansons écrites par des Rennais depuis l'incendie de 1720. Ces chansons ont été chantées et enregistrées, et l'exposition est parsemée de casques permettant d'écouter ces paroles d'il y a plus de 200 ans, rendues vivantes par des voix d'aujourd'hui. Elle se finit par l'histoire des Transmusicales et des Tombées de la nuit, ainsi que de petites anecdotes. Par exemple, pour annoncer les lieux où avaient lieu les spectacles des tombées de la nuit, un artiste a créé des pierres bleues nuit qui ont été parsemées partout dans rennes.

Ces pierres ont intrigué, bien entendu. Certaines ont même fini dans les laboratoires de Beaulieu.

http://www.musee-bretagne.fr/typo3temp/pics/3ef6b3a151.jpgEn une petite demie-heure, j'ai fini l'exposition et je rejoins le point  de rendez vous pour la visite commentée, visiblement je serais uniquement avec des soixantenaires. Une toute jeune femme nous rejoint, souriante, et je la soupçonne d'être encore étudiante. Peut-être est-ce dû à son regard de "reconnaissance" entre "jeunes", je ne sais pas? Si la population habituelle était les touristes, les familles et les vieux, elle devait se demander ce que je faisais là. 

"Bonjour, je vais vous accompagner dans la visite de la Bretagne, de -400 000 à 2011. Bon, en vérité je m'arrête à la Révolution Française, je suis désolée si cela vous déçoit, mais j'ai 1H30 pour faire cette visite, et je n'arrive déjà pas à finir à la Révolution dans les temps. Je préfère vous détailler cette première partie de notre histoire, car c'est celle là qu'on connaît le moins bien à mon sens. Je vous laisserai finir le circuit par vous même."

Moi, ça me va ! Cela constitue l'essentiel de ce qui m'intéresse. Je me réjouis d'avance, et cela ne semble pas déranger la petite troupe que nous sommes et qui allons progressivement nouer comme un lien au fur et à mesure de la visite. Peut-être avons nous eu la sensation de traverser l'Histoire ensemble? Quoi qu'il en soit, je me souviens de chacun.

"  Je vous invite également à prendre les  petits sièges qui sont là bas. Ils sont légers, et vous pourrez vous asseoir quand nous resterons longtemps à un endroit."

Après une hésitation - la plus jeune qui prend un siège, ça fait vraie feignasse -, je décide d'en prendre un. Au diable les apparences, j'ai mit des talons et je vois se profiler l'heure et demie avec des ampoules.

"Bien. Commençons!"

Son enthousiasme fait plaisir. Elle aime cette Histoire, cela se sent. Elle se décrit chauvine, mais dit que quand on connaît l'Histoire de la Bretagne, on ne peut que le devenir. Nous sommes tous Bretons, sauf une parisienne qui ne connaît rien à la Bretagne.

Nous parcourrons la préhistoire: le paléolithique, le mesolithique et le néolithique. Nous apprenons que le plus ancien foyer ayant domestiqué le feu a été retrouvé en Bretagne. Que les cairns bretons, tombeaux de riches enterrés avec leurs trésors, étaient plus anciens que les pyramides, et que, pourquoi pas, nous aurions influencé les Egyptiens. La Bretagne étant une région de commerce maritime intense, des amphores et des produits manufacturés étant retrouvés en Egypte, l'idée semble recevable, et chauvine, bien entendu. 

Puis nous passons aux Celtes et aux Gaulois. Notre guide nous dit que finalement, Asterix et Obelix n'étaient pas tant dans le faux! Les figures emblématiques du village Gaulois étaient effectivement le Druide, le chef et le Barde. La transmission du savoir était exclusivement orale - l'écriture étant destinée au Culte - , le Druide faisait cours et le Barde répétait en chanson le cours toute la journée pour qu'il rentre dans la tête des gens. Il devait être détesté, comme dans la Bande dessinée, et je devine facilement pourquoi. En revanche, il n'y a pas eu de village d'irréductibles gaulois, sauf peut-être les Vénètes - les vannetais! De grands guerriers, m'a-t-elle dit en inclinant la tête avec respect après nous avoir demandé d'où nous venions -, de même les menhirs datent du néolithique, pas de l'époque celtique, et des obèses comme Obelix n'existaient pas dans un village. En effet, chaque année, les membres de la tribu, hommes et femmes, devaient pouvoir fermer une ceinture-test autour de leur taille. Si la ceinture était trop petite, ça voulait dire qu'ils étaient trop gros, et ils étaient chassés.

Merde, personne n'aime jamais les gros. 

http://www.rennes-metropole.fr/index.php?module=media&action=Display&cmpref=25478&lang=fr&width=&height=&format=&alt=Elle nous raconte aussi l'histoire de Brigitte. Birgit, en breton, une déesse Celte de la sagesse, du feu et de la prospérité. Elle a été découverte comme beaucoup d'autres pièces par un agriculteur qui labourait son champs, en 1920. De la taille d'une grande poupée, il l'a offerte à sa fille. Un médecin l'a réclamée comme paiement d'un soin. Puis à sa mort l'a légué à sa propre fille, qui en a fait don à une association caritative pour les enfants brésiliens. L'association a voulu la vendre pour en tirer de l'argent. Le musée de Bretagne a eu vent de cette pièce, et a réuni difficilement les 70 000 francs qu'en réclamait l'association. On sait aujourd'hui qu'elle coûte bien plus et est une pièce rarissime...

Birgit nous amène à la colonisation romaine, qui m'a toujours épatée par la douceur avec laquelle elle s'est faite. Il y a eu des combats, bien sur, mais cette période a vu des colonisations uniquement pour les territoires. A l'époque, il n'y avait pas de guerre de culte, cela est apparu avec le christiannisme; des religions polythéistes envisagent tout à fait que d'autres Dieux plus ou moins ressemblants existent dans d'autres civilisations, et peu à peu tout le monde croit que ce sont les mêmes divinités avec des noms différents. http://www.rennes.maville.com/photos/2009/09/14/of_09091417574736623001_px_512_.jpg

Nous passons discrètement à côté du petit temple de la Visitation, dont une représentation se trouve dans la galerie de la Visitation de Rennes...

Les Celtes ont inventé la Roue. Les premiers chars étaient bretons, pas romains.

http://i28.servimg.com/u/f28/11/61/74/35/pierre10.jpgPuis apparition du Christiannisme par l'angleterre, et rapidement, du moyen-âge, avec Anne de Bretagne. A ce moment là, nous avions déjà dépassé l'heure et demie de visite... La duchesse Anne de Bretagne nous retient un bout de temps, car en Bretons que nous sommes, elle nous intéresse beaucoup. Cette formidable femme fut ainsi l'épouse d'un empereur -l'empereur d'Autriche- , puis de Charles VIII roi de France et enfin de Louis XII, également roi de France. La Bretagne était réellement un pays convoité et puissant...

Puis à une vitesse incroyable, nous voilà au parlement de Rennes et à la révolution française, qui commença...en Bretagne. Elle tire son origine d'une bagarre entre des étudiants de droit à la faculté de Rennes et de jeunes nobles du coin... puis - étrangement!- les bretons deviendront ensuite les anti-révolutionnaires les plus convaincus. La Bretagne tire de son histoire de grands privilèges, et leur abolition ne fût pas au goût de tout le monde.

Mal aux pieds, mais de la Bretagne plein les yeux, ce fut une visite très sympathique qui nous amena à la fermeture des champs libres à 19h.

Vivement la suite de la visite! 

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 14:33

HumanNewborn.JPG

Ca y est, je suis prête, la maman est prête, le papa ne sait plus s'il est prêt.

Je suis campée entre les jambes écartées de la future maman; le scyalitique derrière moi me permet de veiller attentivement à ce qu'il se passe en bas. A ma droite se trouve la table d'accouchement avec tout le matériel dont je pourrais avoir besoin pour la naissance. La sage-femme tient le capteur qui enregistre le rythme cardiaque du foetus, qu'on entend battre doucement. De l'autre côté des jambes se trouvent la maman et le papa, qui me regardent avec un peu de tension, et l'auxiliaire mère-enfant qui sourit calmement, partageant sa sérénité d'avoir vu tant de naissances.

Cela fait 8h que nous attendons tous ce moment; j'ai été là pour accueillir ce couple, j'ai été là pour entendre la maman souffler bruyamment pendant ses contractions, je lui ai posé sa perfusion, prélevé ses sérologies, j'ai touché son ventre et fait connaissance avec le futur bébé que je serais la toute première à tenir dans mes mains. Elle s'est agrippée à mes poignets pendant qu'on lui posait la péridurale, je l'ai examinée pendant ces 8h, je lui ai annoncé des dilatations de col, je lui ai expliqué comment son bébé avançait dans son corps, je l'ai rassurée sur ses craintes.

Là, pour la naissance, je ne stresse pas. Je porte une charlotte qui couvre mes cheveux, un masque dont les élastiques me scient l'arrière des oreilles et une casaque stérile bleue qui me couvre des poignets jusqu'aux chevilles. J'ai veillé à bien l'attacher derrière mon cou et autour de ma taille pour qu'elle ne me gêne pas. Mes mains sont recouvertes de gants stériles, comme une seconde peau en taille 6 1/2.

Nous sommes prêts !

"Bien, c'est parti pour la grande aventure ! A la prochaine contraction... vous prenez plein d'air, puis vous le soufflez comme dans un ballon de baudruche. Vous vous imaginez la chose? c'est vraiment une force qui vient du ventre et qui pousse en bas.

- euh... on va essayer, je suis pas sûre que je vais être capable de le sortir...

- mais si, mais si ! Vous pousserez comme ça 3 fois pendant une contraction. Entre les contractions on fait une pause.

- mais je ne sens plus trop les contractions, j'ai appuyé sur la péri tout à l'heure, je voulais pas avoir mal...

- bien, c'est pas très grave. Je vous aiderai à les repérer."

Je dépose sur son ventre le tissu absorbant stérile destiné à sécher l'enfant dans les premières secondes. J'en profite pour palper doucement son ventre et repérer le durcissement qui caractérise la survenue d'une contraction. De l'autre main, je l'examine pour repérer où est l'enfant dans son bassin.

"Il y en a une qui monte là, vous sentez?

- Oui...!

- Bon. Vous prenez plein d'air... et vous laissez échapper un mince filet d'air ! Allez, fort, fort en bas, là où sont mes doigts  ! Plus fort ! Et vous tenez le plus longtemps possible, encore ! Bien. Reprenez de l'air... huuuuumf... et on y retourne ! Allez FORT !"

Alors qu'elle pousse, moi-même je pousse. La sage-femme pousse. Mais c'est surtout le papa qui pousse, il vire au rouge bordeau, il respire en même temps que sa femme. Moi, je n'ai pas le temps d'observer tout ça car je regarde comment la tête de l'enfant avance.

" Allez, on recommence une dernière fois. Prenez plein d'air, et on y va, vous donnez tout ce qui reste ! Poussez fort ! ... bien, reposez vous."

La tête a avancé, maintenant on voit le sommet qui est visible. On propose au papa de regarder où la tête en est, il accepte et sourit en mimant à sa compagne la surface sortie; On propose à la maman de toucher son enfant avec ses doigts et alors qu'elle l'effleure, elle sourit et les larmes lui montent aux yeux. Mais le temps manque pour s'y attarder car déjà au bout de deux minutes une autre contraction vient et il faut pousser, encore, trois fois.

Il faut veiller à ne pas dépasser ainsi 30 minutes d'expulsion. Au bout de 20 minutes, je jette un coup d'oeil pour regarder le tracé du rythme cardiaque de l'enfant et interpréter comment il supporte la naissance: il va bien. Maintenant, une large partie du sommet de sa tête dépasse du périnée de la maman. Nous ne sommes plus très loin de la fin. Dans une ou deux contractions la tête sera complètement sortie. 

La maman gémit un peu, car malgré la péridurale elle ressent les tissus étirés.

"Il vous gêne?

-... oui!

- bien alors on ne va pas attendre la prochaine contraction. Allez y poussez."

Depuis déjà 5minutes, ma main gauche est continuellement posée à plat sur la tête afin de freiner sa sortie et permettre aux tissus de s'habituer au volume de la tête et ainsi de ne pas déchirer la peau de la maman. Ma main droite tient une compresse sur le périnée de la dame. Je suis agenouillée en triangle, un genou à terre et l'autre jambe solidement posée au sol. Je revois en un bref instant le tout premier accouchement que j'avais fait et où la sage-femme m'avait dit qu'on s'agenouillait devant une naissance. A l'époque, ses mains étaient posées sur les miennes et elle veillait au dessus de mon épaule. Maintenant la sage-femme ne regarde même plus.

La femme pousse, et alors que l'enfant avance je sens que c'est la dernière contraction. Les yeux fermés apparaissent, dirigés vers le sol, puis le nez. Ma main droite appuie sur la peau de la maman pour finir de "moucher" l'enfant, à savoir dégager complètement le visage. De très loin, j'entends la maman qui soupire, enfin soulagée.

" Super ! Arrêtez de pousser maintenant!

- Stop arrêtez de pousser!"

La sage-femme et moi poussons le même cri d'alarme d'une seule voix, mais moi je ne suis plus trop ce qui se passe de l'autre côté des jambes, car c'est à moi de travailler, et la chaleur sous la casaque est insoutenable. A croire qu'elles ont été inventées pour opérer dans le pôle sud ! En quelques secondes, je glisse mes doigts de la main gauche sur la nuque de l'enfant pour vérifier que son cordon n'est pas autour du cou, et justement il est là. J'attrape cette corde élastique mais rigide, la sors et la fait passer autour de la tête de l'enfant afin de le libérer. Pendant ce temps, la tête fait un quart de tour dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, et l'enfant regarde le mur. En effet, pour sortir, les bébés doivent tourner et tourner dans des mouvements bien précis et dont l'apprentissage met a rude épreuve notre représentation 3D en L3 de notre formation. Je place mes deux mains du côté du menton et de la nuque et coince la tête entre mon index et mon majeur. Toujours à genoux, je suis prête pour la suite.

"Bien madame, vous allez pouvoir repousser pour les épaules !  Allez y!"

Moi de mon côté je dirige l'enfant vers le sol pour dégager l'épaule gauche, et un jet de liquide amniotique vient m'arroser l'épaule et les pieds.

"C'est bon pour la dirigée!"

La dirigée est l'injection d'ocytocine, qui réduit les hémorragies d'une grande proportion et qu'on réalise très précisément quand l'épaule antérieure de l'enfant sort.

Ensuite je redresse l'enfant vers le ciel pour dégager l'épaule droite, puis il tourne une fois encore pour sortir les jambes dans le bon sens, et on a l'impression qu'il tend les bras à sa mère.

Je reviens à la réalité et j'entends la maman qui pleure de joie car elle voit son enfant, enfin.

"Allez y madame, attrapez le ! tendez les bras!"

Une fois sur deux l'émotion est telle pour elle qu'elle n'ose pas l'attraper. Je sors donc l'enfant après l'avoir solidement attrapé sous les bras - parce qu'ils glissent vraiment beaucoup - et le rapproche d'elle, et elle finit par l'enserrer dans ses bras en pleurant et en souriant, le tout premier geste de maman. L'enfant pousse quelques cris quand il le veut bien, puis se calme vite. La sage-femme et l'auxiliaire sèchent rapidement l'enfant pour qu'il ne se refroidisse pas, puis le placent nu contre la peau de sa maman qui le regarde avec des yeux émerveillés.

Moi pendant ce temps, après avoir félicité les parents, je fait enfin appel à mon matériel et place des pinces tout au long du cordon. Une première, puis une deuxième toute proche.

"vous voulez couper le cordon monsieur?

- Oui."

Alors que dans ces instants la mère ne sait plus trop où elle est, le calme et le pragmatisme des messieurs m'a toujours impressioné. Oui, ils ont décidé de couper le cordon et c'est affirmé avec un ton assuré quand bien même l'accouchement aura été très impressionant pour eux aussi. Je prend donc les ciseaux qui sont sur ma table avec une compresse stérile et les lui tend, puis lui indique qu'il faut couper entre les deux pinces. Il peine un peu, parce qu'il n'imaginait pas ce cordon gluant aussi résistant, mais enfin il réussit et je le félicite à nouveau.

Je place une troisième pince tout en bas du cordon, qui dépasse encore du périnée, puis prélève un peu de sang dans une des deux artères du cordon afin de mesurer le pH et interpréter ainsi a posteriori le bien-être de l'enfant pendant la naissance. Je place une autre poche à recueil sous les fesses de la maman pour mesurer les saignements de la délivrance. J'attrape le plateau à placenta, le place entre la maman et moi. De ma main gauche, j'appuie derrière le pubis de la maman pour vérifier si le placenta est décollé - dans ce cas, le cordon ne remonte plus quand j'appuie sur l'utérus.

"Bien madame, ce n'est pas complètement fini ! Il faut sortir le placenta. C'est moins sympa qu'un bébé, mais c'est tout mou. Allez y, poussez!"

Elle se concentre de nouveau et pousse. Je suis prête à attraper le placenta, et de l'autre main j'oriente la progression en tenant le cordon. Puis il sort enfin, pas très ragoutant et bien des parents ne souhaitent pas le voir. Dans la culture musulmane, certains parents veulent l'emmener chez eux, car ils l'enterrent et plantent un arbre dessus. D'autres veulent que je leur explique comment c'est fait, et je leur montre la poche à deux membranes dans laquelle l'enfant était recroquevillé. En même temps, je vérifie qu'un bout du placenta ne soit pas resté dans l'utérus, tout en mesurant d'un coup d'oeil les saignements de la maman. Ensuite je met le placenta à la poubelle puis regarde s'il y a eu une déchirure ou non du périnée. Aujourd'hui, il n'y aura rien eu. Je lui fait une petite toilette, touche son utérus pour voir où il est, s'il est bien rétracté et dur, je vérifie ses saignements, mais tout va bien. Je range la pièce, coupe la péri et sors.

Voilà. Une petite fille est née.

 

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