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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 07:38

Lors d'une des longues après midi de garde de mon dernier stage, ma collègue Noémie et moi avons abordé comme sujet de débat "la contraception sous toutes ses formes". Affalées dans nos fauteuils, nos sage-femmes travaillant paisaiblement à la paperasserie auprès de nous, nous épluchions une de ces multiples plaquettes explicatives de la contraception.

Oh, ce fut une conversation sans rien de très scientifique ou médical, rassurez vous, ni de personnel - rassurez vous aussi . Comme vous ne le savez peut-être pas, les sage-femmes ont le droit de prescrire la contraception pour toute la vie d'une femme, nous avons donc moult cours sur le sujet, et niveau ethinyl oestradiol et progestatifs, nous sommes calées. C'est suffisament soûlant pour que je ne vous en parle pas pendant tout un article. Ou alors il faudrait que je vous mette une image de cul à la suite pour conserver votre attention; mais bon, j'ai déjà suffisament de gens qui arrivent sur mon blog avec des recherches google du type "pubis fourni" ou "tatoo vagin" pour ne pas non plus m'attacher toute la communauté vicieuse d'internet avec une image affriolante.

Et puisqu'on y est, j'applaudis des deux mains celui ou celle qui est arrivé sur Patate y Patata avec l'éminente question suffisament fondamentale et existentielle pour que je me demande ce matin pourquoi Newton réfléchissait sur la gravité et pas plutôt dessus :

"Combien gagne d'argent ceux ki ecrive les blague carambar"

 Du coup, je m'interroge, et rien que pour toi, lecteur Newton, j'ai trouvé la réponse.

Fermons cette petite parenthèse, il faut dire qu'il existe des tas, mais des TAS de moyens de contraception. C'est plutôt sur ça que nous discourrions avec Noémie, car on pourrait se demander... où va-t-on s'arrêter?

La contraception est quand même LE médicament de la grossesse qui a le http://www.leroidelacapote.com/images/love-light-preservatif-x1-m.jpgplus de formes. Spontanément, vous pensez ... pilule? Vous ne pensez pas aux préservatifs phosphorescents, texturés, parfumés, colorés, vibrants, ultra fins?

Non mais sans déconner. C'est vrai, quel mec n'a jamais rêvé d'avoir un sexe qui brille dans le noir? Sans doute destinée à tous les hommes ayant déjà perdu leur penis dans la bataille, cette capote sera un cadeau de la saint valentin qui saura joindre l'utile à l'agréable. Plus besoin de lampe de chevet.

Et puisque le sujet est l'innovation en contraception, je propose de créer un préservatif musical qui chantera à son ouverture, telle une carte de voeux.

 

http://www.devenirbelle.com/wp-content/uploads/2010/01/pilule-bien-choisir-acne.jpgIl y a bien entendu notre bonne vieille pilule...comme je l'ai dit plus haut, je ne vais pas déblatérer sur ce qu'elles contient. Sachez qu'on en fait 36 000 différentes, mono, bi, tri, octopentadécaphasique - !!! - avec tant de ceci et tant de cela, pis on essaie même d'en faire des "naturelles".

Oui. Des pilules naturelles. Non, ce n'est pas une feuille de millepertuis par jour à la même heure, c'est une pilule qui essaie de reproduire les hormones naturelles. Par essence, une hormone de synthèse est de synthèse. Mais soit. Une hormone de synthèse naturelle ou naturellement de synthèse, si vous le voulez bien.

Moi je propose notre tout nouveau produit que je fabrique moi-même, la pilule placebo, qui a l'avantage ASSURE de ne pas destabiliser l'organisme avec des hormones. Si vous êtes intéressés, contactez moi.

http://www3.chu-rouen.fr/NR/rdonlyres/AAC7F89B-6252-404F-99CF-63821F946905/0/sterilet.gif

Le stérilet, en voilà un truc malin; foutre un bout de métal ou de plastique dans l'utérus ! Je suis persuadée que M. Stérilet devait être un gros sado d'avant-garde.

"Tiens chérie, j'ai eu une idée cette nuit, je pensais à la pèche... et si on essayait de te mettre un hameçon dans le bide1? - Oh darling, quelle idée merveilleuse ! - Et comme ça si t'as un enfant, il suffira de tirer la ligne pour aider à le sortir ! ". Ce fut également la première naissance instrumentale, il n'y a pas de doute, car M. Sterilet avait  foutu un hameçon en acier et non pas en cuivre comme il aurait dû. Il tenta le cuivre la fois d'après, et nickel, M. et Mme Sterilet n'eurent plus d'enfant.

 

http://www.web-libre.org/medias/img/articles/653ac11ca60b3e021a8c609c7198acfc-2.jpg

Le patch contraceptif.

"Ah tiens, t'essaie d'arrêter de fumer?

- Nan, j'essaie d'arrêter d'avoir des gosses connard."

 

 

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e0/NuvaRing_in_hand.jpg

L'anneau vaginal, ça c'est sympa aussi. Ca délivre des hormones pendant 3 semaines, pis on le retire et on a ses règles. C'est une sorte de... cerceau de vagin? qu'on met au niveau des culs de  sac du col de l'utérus.

Alors moi je dis ok, pourquoi pas, on va mettre déjà tellement de choses dans ce vagin qu'on est pu à ça près, mais ça demande soit des doigts longs, soit d'être contorsionniste, soit de bien se connaître... soit enfin d'avoir un partenaire très ouvert d'esprit qui vous posera votre anneau en vous murmurant des mots doux. Pis on peut en faire des bracelets, des boucles d'oreilles et tout et tout.

http://www2.hu-berlin.de/sexology/ATLAS_EN/assets/images/spermicide.gif

Spermicide et éponge. Non mais avouez que pour arriver à de telles inventions, faut vraiment se réunir autour d'une table et se dire "putain les mecs, on a un soucis, des enfants naissent encore aujourd'hui, on a merdé là ! Alors, qui a des idées? " Petit silence, bah oui, ils ont déjà tout tenté, même M. Stérilet qui était à la présidence du conseil de contraception l'année dernière ne sait plus quoi faire. Alors un jeune homme timide aux cheveux gras - mais gentil - lève le bras en tremblant et propose: " Et bien, j'ai eu un soucis avec mes choux-fleurs ce printemps et du coup et bien je me suis dit que je pouvais ... fin vous savez, les insectes tout ça... - Abrégez M. Pusseau ! - Et bien, bégaille M. Pusseau, j'ai utilisé un insecticide et je me disais qu'on pourrait faire pareil avec les spermatozoïdes".

Silence ébahi, personne n'avait pensé à ça. Un insecticide de spermatozoïdes; tout de suite les questions fusent, sous quelle forme? Un spray vaginal? une crème vulvaire? un enduit pénien? Ce serait ludique en plus ! "Ouais, ouais, on sait tous ce qu'a donné le ludique avec le préservatif hein, trop compliqué le ludique. Pensez aux idiots." grogne M. Le président du conseil de contraception. L'enduit pénien fut donc abandonné, et depuis ce jour, la contraception fut définitivement laissée à la femme car seule la population féminine ne comprend pas d'idiot.

"On pourrait faire juste un gel..." reprend M. Pusseau qui s'était tû."Ou une éponge."

L'éponge et le spermicide naquirent. En terme d'efficacité, ils rejoignent la cape vaginale ci-après autant dire... c'pas top. M. Pusseau fut radié du conseil l'année suivante.

 

 

http://www.healthcentral.com/graphics/images/en/17049.jpg

Bon j'espère que vous êtes à distance d'un repas, on commence à avoir des images avec des doigts à des endroits improbables.

Petite pensée pour toi, Kmi, double usage de la coupe menstruelle.

Bon les zamies, évitez la cape vaginale. Non, sans déconner cette fois-ci. Ce truc a été inventé par monsieur Nullos, les spermatozoïdes sont pas la moitié d'imbéciles -enfin... têt que si ? -, ils savent passer autour de la cape.

 

 

 

 

L'implant contraceptif, valable 3 ans. 2 si vous êtes obèse - pourquoi, je sais pas-.

Pis c'est classe, pour un peu on croirait qu'on a une veine saillante !

 

 

 

 

 

 

http://static.flickr.com/151/349252455_63e3bc92c2.jpg

L'injection dans la fesse. Alors celui là, on ne nous en avait jamais parlé, mais pourquoi pas? Qui n'aime pas les piqures? En gros on injecte un contraceptif pour 1, 2 ou 3 mois.

Bon bah le seul soucis c'est que si ça va pas au bout d'une semaine... ben ça ira pas pendant 3 mois. Ahahah, dans l'cul.

 

 

 

Et puis il y a toutes ces techniques adorables que sont les testeurs de glaire cervicale, pour savoir quand on est fertilisable. Encore faut-il savoir ce qu'est la glaire cervicale et savoir lire l'avenir avec. Stop chéri. Pendant 10 jours on se calme. NAN J'AI DIT. TU ME LÂCHE OUI?

La méthode du retrait. Authentique. "Mais c'est quoi la méthode du retrait?". Ben c'est quand monsieur finit tout seul dans les toilettes. Ou sur le balcon s'il a envie.

Si avec ça personne ne trouve son bonheur? J'ai envoyé quelques idées au conseil de la contraception, tels que les collyres - 1 application par jour, 1 goutte dans chaque oeil pendant 28 jours-, la crème corporelle, l'acupuncture, la contraception homéopathique, les gouttes dans les oreilles.

  Enfin, si vous avez TOUT essayé et que tout a échoué - donc que vous avez eu une dizaine de gosses et que vous êtes maintenant préménopausée - je ne peux que vous proposer la seule méthode authentique, vieille de plusieurs milliers d'années, qui marche à 100% et que je vous recommande chaudement : l'abstinence.

 

Bien entendu, ironie et cynisme à part, la plupart des moyens contraceptifs cités fonctionnent et ne sont pas si terribles que je les décris. C'est à vous de voir comment vous êtes à l'aise avec les différentes techniques, là où sont vos atouts et vos faiblesses, renseignez vous maintenant que vous savez que ça existe. Le meilleur moyen contraceptif, c'est celui qu'on choisit! Parlez en avec votre médecin ou votre sage-femme ! \o/

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 10:02

http://unattimo.unblog.fr/files/2007/09/partir.jpg

J'ai les pieds qui me démangent, le vent qui souffle dans mes oreilles. J'ai envie de partir. Pas de partir en vacances ou de se changer les idées le temps de quelques jours, une envie de partir définitivement et de fuir tout ce qui est ma vie ici. Rencontrer d'autres gens, dans d'autres lieux, qui penseraient différemment et moi-même je serais différente.

Quand je serais ailleurs, j'aurais mon appartement pour moi toute seule: un duplex avec chambre, salon et cuisine et il ferait approximativement 50m². Pourquoi s'embêter? j'aurais un salaire et rien à en faire... L'appartement sera sur parquet, et j'achèterai moi-même les meubles et ferai moi-même la déco, fini la récup' moche et disparate. Il y aura un balcon aussi, si possible une terrasse, et cet appartement sera au dessus du 5eme étage. J'aurai un chat, d'abord un petit chaton chahuteur, qui deviendrai ensuite un minet câlin avec des pattes blanches.

Quand je serai ailleurs, ça sera à Tours, à Grenoble, à Lyon que sais-je.  Au début je pensais que ça serait à tout prix  à Tours. Maintenant, du moment que c'est loin d'ici ça me va. Montagne, mer, forêts je prends. Pas les champs. J'aurais une voiture de toute façon, une petite  voiture pratique et silencieuse, rouge bordeaux, qui n'appartiendrait qu'à moi.

Quand je serai ailleurs, je ne sais pas si j'aurai internet. Je n'aurai plus facebook en tout cas, pourquoi faire? Et ma vie sera différente de celle que j'ai toujours eue, elle sera donc loin des écrans d'ordinateur. J'arrêterai d'écrire des blogs, et j'écrirai pour moi ou pour les petits enfants que je n'aurai sans doute jamais. Tant pis, ça sera pour les neveux et nièces.

Je me mettrai à 100% à l'hôpital. Pas pour gagner des sous, j'en aurais sans doute trop pour ce que ma petite vie réclamera, mais pour m'occuper. Je m'appliquerai à devenir la meilleure sage-femme, celle que tout le monde aura été content d'avoir. A côté, je ferai de la chorale, du théâtre et de la randonnée. J'irai au cinéma toutes les semaines.

Pour certaines occasions, je rentrerai voir mes parents et mes anciens amis qui auront eux-même fait leur vie de leur côté. Ce sera un moment agréable où je n'aurais pas à me tracasser.

Pendant mes 5 semaines de vacances par an, je partirai. Pas à Noel, bien entendu, car ça sera une des occasions pour lesquelles je rentrerai chez mes parents, mais le reste de l'année je confierai mon chat à ma vieille voisine charmante à qui je préparerai des gateaux, et je partirai faire de la randonnée, en France ou dans le monde, loin des gens que je connais et avec toujours de nouvelles têtes et de nouveaux caractères.

Ma vie sera parfaite.


 

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 00:38

http://media3.washingtonpost.com/wp-srv/photo/gallery/090824/GAL-09Aug24-2518/media/PHO-09Aug24-175950.jpg

Il est, dans ce lointain pays qu'on nomme l'Indré, un petit village appelé Evelin. De toute part l'environnent falaises plongeantes, chutes d'eau et lacs immenses, c'est la contrée des mythes perdus. Dans les forêts de pins se cachent satyres et autres créatures d'époques révolues, les menhirs partent une fois la nuit venue s'abreuver au ruisseau délaissant dans leur sillage cent trésors, et les Dieux aiment à se pencher sur ces terres où le rêve fait loi. Le soir, ils chantent en choeur l'hommage des temps anciens où coulait des fleurs le miel et le lait, et rien ne peut être plus beau pour qui sait tendre l'oreille que les douces harmonies de ces milles Dieux unis.

Rien ne venait jamais troubler la paix d'Evelin, village béni et protégé des Déesses de la Concorde et de tant d'autres. Pourtant, par un matin de tempête une enfant naquit, et personne n'avait vu d'enfant si belle : ses boucles blond clair illuminaient la pièce mieux que ne le faisaient les bougies, et ses yeux ressemblaient à deux gouttes d'eau dans lequel le regard se perdait, noyé dans des miriades de reflets. Lorsqu'elle souriait, le coeur de ses parents et de leurs amis battait jusqu'à leur couper le souffle. Il n'y avait aucun doute, un Dieu avait caressé de sa bénédiction le nouveau-né.

Pourtant, la joie première passa bien vite. L'enfant nommée Soshué fit de l'ombre aux Déesses même en grandissant tant elle brillait par sa beauté, et à l'âge de quatre années révolues, l'une d'elles plus jalouse que les autres fondit d'une colère terrible devant l'enfant qui riait de ses jeux. Penchée sur l'épaule de la petite terrorisée par l'obscurité soudaine dans lequel le sort l'avait à jamais plongée, elle lui murmura : "Ta beauté je ne puis t'enlever, elle est le fruit d'un de mes frères. Mais lorsque tu te regarderas dans le miroir, tu n'y verras qu'ombres et suie. Le miel des paroles de tes proches aura goût de poussière. L'équilibre est enfin rétabli, bénie tu fûs injustement, te voilà maudite."

Ainsi grandit Soshué. Ses traits semblaient d'année en année plus fins que l'an passé, et on se disait qu'elle ne pourrait être plus belle. Pourtant, de belle elle devint magnifique, gagnant en majesté et en grâce ce qu'elle perdait en rondeurs de l'enfance. Ses amis, ses proches ne cessaient de lui faire part de leur admiration et de leur amour, jamais lassés de la regarder se mouvoir dans les rayons du soleil mais Soshué ne faisait que sourire avec ironie et amertume de ce qu'elle considérait dérisoire. "Ma beauté vous sied? Grand bien vous fasse, profitez de vos yeux ce que je ne peux admirer moi-même. J'échangerai mon visage et bien plus encore contre un rayon de lumière dans la nuit qu'est ma vie." Et ainsi passèrent les années; Soshué devint aussi aigre que le vin rançi, attaquant ses amis comme l'acide ronge le plus solide des métaux, trouvant dans la tristesse des autres un malsain réconfort. Avec la naissance de ses formes de femme vint le désir des hommes, mais tous désespérèrent devant tant de cruauté et de violence. Ses mots n'étaient que glace et cristaux coupants, et pas un ne réussit à poser ses mains sur la peau blanche et fine du corps de Soshué.

Chaque jour laissait place à un nouveau drame et bientôt les hommes comme les femmes d'Evelin la haïrent et l'évincèrent, et dans cet exil Soshué n'y vit que l'aboutissement de la malédiction de la Déesse. Par un glacial matin d'hiver, alors que la brume s'étalait sur le lac gelé et que le ciel entre les montagnes blanches n'était que grisaille, la belle tendit son poing vers les cieux et cria son désespoir "Ô Dieu qui se pencha sur moi lorsque je naquis , qui que tu sois, ma colère est pour toi! Cette gratuite beauté dont tu me pourvut fût ma malédiction, que n'aurai-je donné pour que tu te penches sur un autre berceau? " Alors, avec un terrible tremblement qui fit rouler le tonnerre du ciel, le Dieu lui répondit. " Ce cadeau que je te fis n'était que le fruit brûlant de l'amour qu'une enfant tant attendue avait fait naître dans le coeur de ses parents. Ta froide ingratitude ne mérite que ma colère! Froide et coupante tu es, glace tu seras."

Sous ces mots, Soshué tomba à genoux et pleura sept larmes qui roulèrent sur ses joues d'albâtre avant de se briser en mille éclats gelés sur la pierre, puis elle entendit son nom hélé derrière elle. Elle se retourna, et Ménélon, l'homme d'Evelin qu'on disait aussi laid qu'un crapaud lui parla d'une voix chaude et solide pour la toute première fois "Ô Soshué, amour de ma vie, pourquoi pleures-tu? Ton éternelle peine fait saigner mon coeur d'une exangue douleur. Tes larmes gelées m'achèvent." Et alors que le froid envahissait Soshué, les paroles de Menelon réchauffèrent son coeur, et elle sentit sur son bras la douce chaleur de sa paume.

"Toi, Menelon, tu dis m'aimer? Cela ne se peut, ici personne ne peut m'aimer alors que moi même je ne m'aime. Retire ta main de mon bras et retourne t'en."

Loin s'en faut, alors que la glace lui pétrifie les jambes et l'immobilise, elle sent sur ses lèvres gercées la braise de celles de l'amant. S'enhardissant, il la serre contre elle et cherche à la réchauffer de son corps, dans ce baiser il laisse s'enfuir tout l'amour qu'il lui porte, toute la chaleur que sa vue fait naître en lui. Il plonge alors son regard dans les deux yeux gouttes d'eau de celle qu'il aime, mais il n'y voit que trop clair; la glace l'a sculptée assise et désespérée.

Alors Menelon ferme les yeux et le froid de sa compagne l'envahit, ses mains et sa bouche collés à la statue de glace, il partagera le sort de celle qu'il aime. Peu à peu, la glace remplace ses chairs et ses larmes sont deux ruisseaux.

L'hiver, quand le froid transforme le lac en un miroir brillant, on retrouve au milieu de la brume les deux corps enlacés de Soshué et de Menelon. Si jamais vous passez à Evelin, dans le lointain pays d'Indré, n'oubliez pas d'y poser votre main et de leur donner un peu de votre chaleur.

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 14:16

"Non non, ce sera un article sans rien d'exceptionnel hors ma vie. Ce cher ami Liam Fawkes passe le hoover dans la maison ( à trois étages tout de même) parce que c'est sa tâche du cleaning plan pour la semaine, tandis que moi j'ai le droit de lézarder sur son Mac en écoutant The Battle de Gladiator." 

Ainsi fut commencé un article que je ne me sens pas le droit de laisser aux oubliettes comme tant d'autres. Aujourd'hui, je suis bel(le) et bien rentrée en france, mais Manchester n'est pas si loin, et bien que banaux certains instants mériteraient d'être confinés ici avant que le temps efface peu à peu ma mémoire de goldfish. Oui, j'ai entendu Liam dire ça (dans une phrase en anglais, bien évidemment. Qu'est ce que les français sont classes quand ils parlent anglais.) et j'ai trouvé ça fun que les anglosaxons disent goldfish (poisson doré) pour un poisson... rouge. Quoiqu'il en soit, beaucoup trop de moments devraient être racontés, des moments bien plus marquants et bien plus beaux que celui que je vais vous écrire, mais tout ne doit pas être raconté n'est-ce pas? Certaines choses resteront bien au chaud dans ma mémoire, et seule moi aura le droit de m'en repasser le film à loisir. Et le jour où Alzeihmer me grignotera le cerveau et bien... tout cela disparaîtra comme neige au soleil. Ou pas.

Oui. En Angleterre la neige ne fond PAS au soleil. 

 

Je suis assise à la place 6D dans l'avion à hélice Flybe qui relie Southampton et Manchester. J'avais choisi cette place pour pouvoir toujours être à côté de la vitre, et regarder le monde vu d'en haut.

A côté de moi, un anglais en costume cravate me sourit, un quarantenaire charmant et galant comme pas deux qui m'avait mit mon bagage dans le compartiment lors du départ de Southampton. Je lui fait un petit sourire puis détourne bien vite le regard. Si j'avais sû parler anglais, nous aurions pu discuter je n'en doute pas, tout dans son attitude signifiait qu'il était prêt à papoter autant que je le voulais pour m'être d'agréable compagnie. Quand on me parlera de gentleman anglais, désormais je penserai à lui.

Mais ce qui se passe du côté de la vitre retient bien plus mon attention. Nous survolons Manchester. Il est 17h, la nuit est tombée depuis quelques temps déjà et la vue est à couper le souffle: la ville ressemble à une immense treille de petites lumières chaudes et scintillantes, comme si une quelconque divinité avait laissé tomber le pot de poudre dorée par mégarde parce que le eggnog débordait de la casserole divine. Et c'est ainsi que le secret de cette gourmandise arriva chez Starbuck's coffee. Peut-il y avoir une fête sans eggn... mince je me publicitégare.

Mon nez presque collé à la vitre, je regarde ces milliers de points lumineux et j'imagine la maison de Liam ici... peut-être là? Cela faisait tellement longtemps que j'attendais ce moment que du haut des quelques dix kilomètres d'altitude où je me trouve, jamais je ne me suis sentie si proche. Maintenant nous dépassons un incroyable cordon de lumière blanche qui serpente au milieu de l'or des quartiers résidentiels. C'est sans doute une autoroute, bondée à l'heure qu'il est, qui se déroule comme un ruban. Puis la voix off  me coupe de ma divine rêverie pour me dire de m'attacher parce que nous allons aborder la descente. Peu à peu, je perd cette magnifique vue d'ensemble, les points grossissent, l'avion tremble.

J'arrive.

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 18:43

Tattoo.jpg

Parfois, quand on accouche des dames, on se dit que leur petite culotte, c'est comme un carambar : on sait que dedans il va y avoir une blague pas drôle du tout mais qui va quand même nous faire rire.

Les pubis sont un sujet de prédilection dans le petit monde des étudiants en obstétrique. C'est sans doute parce que c'est une partie intime à laquelle nous avons le "droit" de jeter un coup d'oeil, et je vous assure qu'on voit vraiment de tout et de n'importe quoi. Vous croyiez que toutes les femmes avaient leur pubis comme le votre? Loin de vous cette idée mesdames.

Il y a les pubis glabres. Ah ça, vous en aviez entendu parler, de l'épilation (ou du rasage) intégral, peut-être l'avez vous même expérimenté. Ces pubis clean de petites filles deviennent tellement habituels qu'ils ne me surprennent plus, ils ne me choquent plus. Tellement habituels qu'en consultation je n'ai pu m'empêcher de sourire quand une maman dont c'était la dernière consultation m'a demandé devant son mari, avec beaucoup d'attention: "Est-il nécessaire de s'épiler le pubis intégralement pour l'accouchement?". Voilà que maintenant, à côté de la liste d'affaires à ramener à la maternité, nous devrions rajouter les précautions esthétiques telles que le rasage du pubis et des jambes, pour pas choquer l'équipe médicale (équipe médicale qui, j'imagine, n'est pas sensée avoir déjà vu des poils).

A cette anecdote, mes collègues m'ont répondu en rigolant qu'en cas de césarienne, l'avantage du pubis intégral c'est qu'on a pas besoin de raser; oui, l'incision de la césarienne se fait longitudinalement sur moins de 10 cm juste en haut du triangle des poils du pubis, donc on rase un peu cette zone. Je me vois mal pour autant expliquer à une future maman "oui, épilez vous soigneusement le minou, on gagnera du temps si votre accouchement chie complètement." ce d'autant plus que personne n'est mort d'un rasage hospitalier et qu'on fait ça très bien.

Je me dois de raconter maintenant une anecdote qui est arrivée à un collègue, qui ne m'en voudra pas j'espère de relater ses aventures ici. Il était alors en Master 1 de sage-femme en stage en salle de naissance, et pour une raison quelconque, la décision d'une césarienne en urgence fut prise. Il fallut donc "raser la dame" (c'est ainsi qu'on le dit entre nous), et ce fut cette tâche qui lui fut attribuée. Or... il ne l'avait jamais fait.

Alors, loin de se satisfaire du rasage-minute du bas du ventre, il entreprit de raser avec soin tout le pubis de la dame. Il en était aux grandes lèvres quand la sage-femme, entre deux urgences, lui lança un regard stupéfait en lui disant "Euh... on va peut-être s'arrêter, là non?". Bah oui, quand on a jamais fait...

Bon personnellement j'imagine la dame avec le mons pubis glabre et un tas de poils en dessous. Quitte à y aller, peut-être aurait-il fallu laisser l'étudiant finir le rasage plutôt que de laisser sortir la jeune mère avec ce petit cadeau de la maison : le maillot étudiant.

A l'opposé, on a la version forêt vierge. Là, on ne peut plus parler de maillot, les poils sont en continuité entre le nombril et les chevilles. Moi, ça ne me dérange pas, on s'adapte à tout et on est pas là pour juger l'esthétique, comme je l'ai dit plus haut, mais on se pose surtout des questions sur l'intimité du couple... peut-être certains messieurs aiment les femmes poilues? On se demande par là même pourquoi on culpabilise pour 3 poils sur ses tibias quand on a l'impression d'avoir des jambes d'homme dans les étriers. Ou encore quand le pubis est tellement fourni qu'avec un petit sourire d'excuse on passe quelques secondes à écarter les poils avant de trouver l'entrée du vagin pour examiner la dame.

J'me demande bien pourquoi on a pas toutes la même nonchalance.

Et pour les rares femmes enceintes qui passeraient ici; ne vous inquiétez pas, on prend tout! Par contre non, nous n'avons pas la double compétence sage-femme/esthéticienne, nous ne faisons pas les épilations et les rasages à l'hôpital sauf strict nécessaire (véridique, certaines femmes pensent ça).

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 14:38

P1040989.JPG

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Depuis quelques semaines je me suis replongée nostalgique dans les Aventures de Tintin, et j'ai rapidement réalisé à quel point ces bandes dessinées d'enfant n'étaient pas infantilisantes et vulgaires comme celles qui existent aujourd'hui (je pense à toutes ces BD que j'abhorre, comme Titeuf, Kid Paddle, Trolls de Troy etc). Dans Tintin, on ne parle pas de caca pipi zizi, on ne prétend pas faire de leçon de morale ou faire apprendre la sexualité aux enfants histoire que les parents n'aient pas à le faire. Non, Hergé a "simplement" tracé une fresque monumentale - avec les a priori un peu racistes de l'époque, j'en conviens - des aventures d'un homme, du fin fond du désert à l'asie en passant par le pérou, sans compter qu'il aie même posé le pied sur la lune, pour faire rêver les petits et les grands. Bien entendu, le personnage que je trouve le plus intéressant n'est pas Tintin, car Tintin est trop bon, trop gentil, trop parfait et Milou un peu trop niais. Non, moi j'adore Le Pr Tournesol et le capitaine Haddock.

Oui, sinon j'avais également oublié la richesse de chaque BD : elles sont très longues à lire, les pages sont très fines, les bulles larges et remplies de cette écriture si caractéristique des aventures de Tintin. Enfin, pour clôre la partie nostalgique de cette époque bénie de mon enfance, je touche avec émotion l'étiquette bleue collée au dos sur laquelle est écrit le prix : 25 francs. Soit 3€80. Des BD à ce prix là... ça n'existe plus.

Quand j'y pense, Tintin a été sans doute LE personnage de mon enfance. Je possédais un grand puzzle d'une image de Tintin et le temple du soleil, où Tintin et le Capitaine Haddock tombent dans une salle remplie d'incas , dont je me souviens presque avec précision. Et puis Tintin... c'est les dessins animés aussi.

 

Ce générique me fait trembler d'émotion. Mes grands parents enregistraient tous les épisodes (qui passaient sur la 3 je crois ?) sur des cassettes VHS, que nous regardions ensuite inlassablement lorsque nous allions chez eux. Bien entendu, les dessins animés sont moins riches dans l'histoire que les BD; mais ce générique merveilleux et la voix du capitaine Haddock qui est restée gravée dans ma mémoire me feront toujours rêver de cette enfance perdue où mes frères et moi nous blottissions en pyjama dans les fauteuils en cuir froid ou sur le tapis du salon de mes grands parents après avoir avalé le petit déjeuner le plus vite possible pour ne pas en louper une miette.

J'aimerai revoir ces épisodes. J'ai peur d'être déçue.

Les Combattants n'ont heureusement rien à voir avec Tintin, mais j'hésitais à consacrer un article entier à cette espèce de poissons de dégénérés. Tout le monde connaît le poisson Combattant (betta splendens pour les aquariophiles), ce poisson flamboyant aux voiles déployés qu'on laisse dans une petite boite plastique qui flotte à la surface d'un aquarium. Cette saloperie d'animal qui ne supporte pas la compagnie des autres, qui va les bouffer, carnivore qu'il est, qui est jaloux des autres et qui tue dès qu'on entre dans son territoire. Bien entendu, ce tableau psychologique a tendance à me plaire, j'aime les dégénérés, j'y vois une sorte de désespoir qui me donne envie de les aider.

C'est pourquoi j'ai acheté un de ces bettas splendens, un mâle aux nageoires bleu profond superbe avec un éperon antérieur rouge orangé, qui se déploit avec magnifiscence lorsqu'il est interloqué par quelque chose. Je l'ai sauvé de ces petites boites affreuses où il ne pouvait même pas se retourner, pour lui donner le volume d'un vrai aquarium avec des plantes et des cachettes. Je lui ai même offert deux femelles tout aussi magnifiques que vous avez en photo en haut de cet article, pour qu'il puisse assouvir son besoin naturel de reproduction (et puis je dois dire qu'avec mon frère, on adorerait regarder le mâle faire un petit nid de bulle).

Mais ces dégénérés vont me donner du fil à retordre, j'en ai peur. Depuis hier soir, le mâle ne cesse de pourchasser les femelles en faisant son kékoss  en déployant sa collerette digne de cet affreux dinosaure de Jurassic Park "regardez comme j'suis le plus beau, d'ailleurs je supporte pas que vous soyez belles aussi, j'vais vous bouffer les voiles pour que vous soyez moches"; ce matin fut donc prise la douloureuse décision de l'isoler temporairement des femelles dans un petit bac en plastique transparent dans l'aquarium pour qu'elles puissent se reposer un peu. Retour à l'affreuse petite boite (mais plus grande que dans le magasin).

Loin de se reposer, elles s'entrebouffent maintenant les voiles pour faire leurs pétasses devant le mâle qui kiffe bien les voir s'entretuer pour lui... enfin des poissons intelligents qui ne sont pas sans rappeler les plus bêtes d'entre nous.

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 21:29

 


Mémoire d'une Geisha - Transformation de Chiyo
envoyé par Loe934. - Films courts et animations.

Mémoires d'une geisha est un livre que j'ai lu il y a de cela des années. Je ne sais plus si c'est Kmi qui me l'avait fait lire ou si c'était quelqu'un d'autre. Je confonds aussi avec Balzac et la petite tailleuse chinoise...

Quoiqu'il en soit, j'avais aimé ce live pour la richesse des émotions et l'immersion dans un monde intimiste et ritualisé. J'aime le film pour la beauté des images que même mon imagination ne sait rendre. A quand l'invention du livre-film qui permettrait de profiter de tout en même temps?

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 20:32

http://www.mondial-infos.fr/wp-content/uploads/2009/12/sdf-paris.jpg

Ils me semblent plutôt bien habillés; lui fait plus vieux qu'elle, épuisé, avec son teint gris, ses cernes, et ce sourire qui peine à s'inscrire sur sa bouche tant les soucis tirent son visage vers le bas. Pourtant, il n'est pas vieux; il possède un de ces masques dramatiques de comédie grecque de jeune vieilli prématurément.

Elle, elle semble vivante et en bonne santé, embellie sans doute par sa première grossesse et par toutes les promesses que contiennent amoureusement son ventre. Elle me sourit timidement puis regarde son mari, se reposant entièrement et complètement sur lui.

Ce petit couple vient de la Ruésie, le pays de la rue.

En vérité, ce n'est pas leur pays d'origine, ils viennent simplement d'immigrer en france il y a quinze jours à peine d'un de ces lointains pays d'ex-URSS de l'est où on ne sait pas trop ce qui s'y passe pour que 20% de la population demande l'asile politique à l'étranger. 1 million d'émigrés depuis 15 ans. Sur 4 millions d'habitants, 2 millions vivants sous le seuil de pauvreté, me dit le site sur lequel je me suis renseigné. Un pays où règne la guerre civile entre les peuplades locales, où les impôts ne sont plus payés faute d'organisation administrative centralisée, où le salaire moyen annuel des fonctionnaires est de 600€... puis-je les blâmer d'être venus en france où sur les 67 millions d'habitants, "seuls" 8 millions sont sous le seuil de pauvreté? Puis-je les blâmer d'être venus chercher une prise en charge idéale et gratuite en France pour leur enfant à naître? Si j'étais à leur place, accepterais-je de m'entendre dire que j'aurais dû rester chez moi parce que la France n'est pas mon pays?

"Vous parlez français?"

A ces mots, la jeune femme se tourne vers son mari, mouvement qui est une réponse à lui seul. Lui me regarde de ses yeux fatigués et me répond:

"Je parle petit peu anglais"

Je souris en hochant la tête. Ca sera loin d'être suffisant, mais soit. Alors que je leur fait signe de me suivre, je me dirige vers le bureau de consultation puis jette un coup d'oeil en arrière, fondant de compassion pour ce petit couple qui semble à peine oser me suivre et qui regarde les locaux avec de grands yeux. Ils rentrent et s'asseyent. Pendant tout ce temps, la sage-femme avait essayé de joindre un interprête, la cadre, et avait même pensé à l'unique sage-femme sachant parler russe qui était malheureusement de repos. Mais personne ne peut venir. On se débrouillera avec l'anglais.

"Comment ça va?

- She is tired ! We don't have bed, she can't sleep!"

Elle regarde son mari avec admiration pendant que nous parlons.Visiblement, elle ne comprend pas.

"Did you call 115?

- Yes, i do that every day! But there is no bed for her ! Do you understand? She must sleep, she must have a bed ! For the baby!

- Yes, we understand but... we don't have beds in hospital for that, the hospital don't have enough money."

Il nous jette un regard incrédule, et je le comprends. L'hôpital, pas assez d'argent? Il suffit de regarder les locaux et les machines de pointe pour se demander si une petite partie ne pouvait être investie dans des lits de secours pour les femmes enceintes en difficulté... mais la vérité est qu'administrativement nous ne pouvons pas héberger une femme enceinte si elle n'est pas atteinte d'une pathologie. Et être originaire de la Ruésie n'est pas une pathologie.

Nous faisons l'examen clinique, et je suis à la recherche de la moindre chose qui pourraient nécessiter une hospitalisation. Je me dis que l'avion a peut-être provoqué des contractions, que peut-être la fatigue lui donnerait une trop petite tension et des malaises, que le froid aurait pu lui donner un peu de fièvre... mais c'est dramatique à dire : cette ravissante jeune maman va parfaitement bien, le bébé aussi. Elle rayonne malgré ce qu'elle vit, et rit timidement quand je touche son ventre. Elle se rhabille.

L'homme revient à la charge, pessimiste mais pas résigné :

"It's important for her and the baby... she must have a bed.

- You don't have a house since 2 weeks?

- No !

- And the ... social assistant?

- We must call the 115. But... nothing..."

Ma sage-femme est désolée depuis le début de la consultation, cela se lit dans ses yeux. Elle prend le téléphone et compose le 115. 5 longues minutes passent sans que personne ne décroche, puis cela raccroche. La sage-femme recompose le numéro, et le combiné coincé entre l'oreille et l'épaule, elle écrit sur un papier en expliquant :

" In Rennes, there are 160 beds for women and families like you. Families with young babies ! 160. There are 200 000 people in Rennes. That's not enough !"

L'homme s'agite et montre le ventre de sa femme.

" But she... has a baby!

- Yes but... (et je sens que ces mots arrachent la bouche de la sage-femme)... the baby is inside now. It's a political problem... first for french people, after for foreigners. The president... don't give money for that."

La menace est lourde, dans cette phrase, et je ne sais pas si eux l'ont ressentie. Moi je sais que si les parents n'ont pas de logement après la naissance malgré toute l'aide sociale possible (rare, mais cela arrive), l'enfant sera placé en famille d'accueil.

L'année dernière, nous avons eu cours de droit sur les allocations et les prestations dont bénéficient les femmes enceintes, y compris les recours d'urgence, à savoir le minimum qui est donné à n'importe qui originaire de n'importe où sur cette planète pour peu qu'il soit en france avec un bébé dans le ventre. Cela comprend notamment un logement d'urgence.

Dans les textes c'est beau. En pratique, c'est très moche. Les budgets alloués à l'aide d'urgence pour les étrangers diminuent incroyablement chaque année; pas d'argent... pas de logement.

La sage-femme est gênée et triste, et moi aussi je suis peinée. Peinée de voir que dans notre pays riche, nous ne sommes pas capable d'héberger des femmes comme elle. Pas une seule fois le mari n'a parlé de lui, pas une seule fois il n'a demandé quelque chose pour lui. Tout ce qu'il voulait se résumait à un lit pour la femme qu'il aimait et qui portait leur enfant.

Alors que la sage-femme essaye pour la 3eme fois de joindre le 115, elle me regarde et me dit "Tu peux commencer avec la dame d'après? J'arrive".

Oui. J'oubliais que les consultations durent 20 min. Avec 10 min à tenter de joindre le 115, ce n'est temporellement pas possible d'être à l'heure. Je souris, et les salue d'un au revoir.  ** Je n'aurais pas beaucoup de temps pour manger ce midi, me dis-je en sortant, mais au fond... ai-je de quoi me plaindre? **

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 21:16

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Je tape violemment dans le bouton d'appel de l'ascenseur en essayant de mettre mes boucles d'oreilles. Les portes s'ouvrent avec une lenteur exaspérante, je saute dedans et j'appuie longuement par à coups sur le bouton pour le rez de chaussée qui s'illumine enfin après quelques secondes qui se sont égrénées aussi vite que les cours de statistiques. La descente me laisse juste le temps de réussir à mettre ma deuxième boucle d'oreille.

Je suis en retard.

Depuis le hall de mon immeuble, j'entraperçois Noémie qui m'attend sur le trottoir humide et qui regarde au loin. Cette image change au cours de l'année; des fois elle est pelotonnée dans son manteau noir boutonné jusqu'au cou blottie sous son parapluie, d'autres fois elle est en tongs brillantes et haut sexy. En ce moment, c'est plutôt manteau parapluie, mais toujours, elle regarde en haut de la rue, et je ne sais toujours pas ce qu'il s'y trouve de particulier. Je n'ai jamais rien vu, moi.

Cela fait peut-être une bonne centaine de fois que nous faisons le chemin qui mène à l'école ensemble, et je crois que pas une fois nous n'avons pas sû quoi dire. Les petits riens de nos vies semblent toujours dignes d'être racontés sans complexe, et bon nombre de choses sont pretexte à grogner histoire de bien vider son sac pour commencer la journée.

Comme tous les rituels, il y a des phases qui se répètent : j'entends toujours Noémie grogner lorsqu'on monte les marches (que j'appelle les marches aux lavandes, mais si, souvenez vous !) qui mènent au parc du Thabor. Comme l'effort ne nous fait pas peur pour autant, on continue de parler et on arrive en haut essouflées comme des grabataires, à parler avec la voix entrecoupée de respirations rendues sifflantes par l'effort et la froide humidité bretonne.

En passant la grille, nous arrivons dans un monde de verdure encore humide de rosée - ou de pluie, c'est toujours difficile de faire la différence chez nous - . En ce moment, nous longeons les rosiers en fleur qui dispensent leur parfum comme jamais dans le reste de la journée. Peut-être notre odorat encore neuf du jour perçoit-il plus facilement la subtile flagrance à ce moment privilégié? Peut-être est-ce tout simplement dû à notre hyperventilation après la montée des marches?

Quand on visite le Thabor tôt le matin, on a l'impression de rentrer dans un endroit où on ne devrait pas être. On croise les écureuils gris et roux qui traversent les chemins en galopant (poursuivis par les cris d'admiration de Noémie qui à ce moment là n'en a généralement rien à foutre que je lui raconte comme que c'était formidable de voir tous les écureuils à Londres, et je la comprends, elle a entendu l'anecdote une dizaine de fois). On dit bonjour aux jardiniers qui profitent de cet instant de calme pour prendre soin des plantes, tailler les haies, dessiner les motifs avec les pensées... Enfin, la troisième et dernière population du Thabor à 8h du matin sont les gens qui font leur jogging.

Cette marche tranquille dans le parc est toujours l'occasion rêvée pour parler de nos cours, de nos amours, de nos soucis et de la journée à venir. C'est un peu l'état des lieux avant de commencer notre journée, qui trouvera son corollaire dans le bilan qui sera fait le soir en prenant le chemin en sens inverse pour rentrer chez nous.

La dernière étape est la rue St Melaine, avec ses adorables pavés.

Cet article, c'est un petit peu une dédicace pour toi Noémie; quand je parle de toi je ne peux pas m'empêcher de dépeindre à chaque fois ton côté grognon (mignon), mais il n'en reste pas moins que je  te compte comme une amie précieuse qui a toujours sû m'écouter et grogner pour moi contre le reste du monde. A t'entendre, je suis parfaite et les autres sont cons;

Ca a beau être vrai, c'est toujours agréable à entendre.

Comme je ne suis pas douée pour faire des compliments, je m'y attelle ici car tout le monde a le droit d'en prendre conscience : ton esprit critique est salvateur dans mes histoires où je ne sais rapidement plus si ce que je fais est Bien avec un grand B. Même quand à mon avis tu te trompes ou que je rejette tes idées, et bien cela m'éclaire suffisament pour que je me rende compte que ce que je fais est Bien (oui, c'est compliqué j'ai dit!). Tu m'es d'une grande aide dans mes préoccupations quotidiennes.

J'ai appris à trouver derrière tes piques une personnalité qui sait bien se cacher et qui se pose des questions justes. Et j'en suis fière!

A demain... 12H30 (l'exception qui confirme la règle ;) )

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Published by Ellis Lynen - dans Ma patate
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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 13:03

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Mes doigts font doucement glisser le brin de laine autour des aiguilles qui s'entrechoquent avec un léger cliquetis. Puis d'un petit coup de poignet, je fais tourner la maille autour du pivot pour la faire passer de l'autre côté.

Le monde peut bien tourner autant qu'il veut autour de moi, en cet instant rien ne compte d'autre que de finir ce rang et d'en entamer un autre en veillant à le commencer avec une maille endroit. Tricoter est une activité particulièrement agréable que je n'ai pas honte d'avoir emprunté à l'héritage familial, tout comme jouer à la belote et faire de la broderie : ce n'est pas parce que mes grands-mères et ma mère en font une passion que je dois y renoncer.

Etant petite, je haïssais ma mère quand elle me disait de ranger ma chambre. Je me souviens notamment avoir placardé sur ma porte un nombre incalculable de fois "INTERDI D'ANTRER SEULEMENT POUR MAMAN PARCE QUE JE LA DETAISTE", mais il n'en reste pas moins que je l'admirais énormément pour toutes ces petites activités qu'elle faisait devant la télé. Loin de me répondre que ce n'était pas de mon âge, elle prenait le temps de m'expliquer comment faire un point mousse avec une vieille pelote et des petites aiguilles puis passait ensuite 20 minutes à défaire mes noeuds et me remonter des mailles que j'avais sautées; elle m'achetait des kits de broderie facile (j'avais offert une broderie que j'avais faite toute seule à un garçon qui m'avait invité à son anniversaire quand j'étais en primaire, mon dieu que c'est chou, et mon dieu qu'a-t-il donc pensé?), elle m'apprenait le pliage des vetements qu'elle repassait, je repassais donc des petites culottes avec un dictionnaire et une BD, respectivement fer et planche à repasser.

Aujourd'hui, ces activités maternelles sont restées essentielles pour moi. Avec le temps j'ai acquis un peu de dextérité. Le fer à repasser a remplacé le dictionnaire et oui, j'aime repasser devant la télé. J'aime me casser la tête à repasser les chemises de mon père en ne faisant pas de pli même si généralement il me dit "non mais laisse, je les met sur un porte manteau et ça me suffit..." avec un ton dubitatif en me regardant applatir un faux-pli en tirant la langue avec un air concentré.

J'aime voir un dessin apparaître sous mes doigts alors que je brode, piquer et tirer les fils sur le lin rapeux de la toile cerclée par les tendeurs. Je me vois tout à fait créant la tapisserie de Bayeux, un peu comme le petit extrait qui trône dans notre salle que ma grand mère a mit plusieurs années à finir et que je regarde encore aujourd'hui intriguée par les couleurs des chevaux (rouges verts et bleus).

Enfin le tricot, que je fais le plus facilement à rennes. J'ai à mon actif une seule écharpe finie, et voilà que j'en entame une autre qui ira avec un bonnet. Elle n'est pas encore très longue, mais elle est douce sous mes doigts... Entre deux phrases, je passe mon doigt dans le trou qu'une maille sautée a laissé dans l'ouvrage*.

Sauf que ma maman n'est pas là pour m'aider à la rattraper.

 

* Amis aux idées mal placées, faites vous plaisir, tricotez et sautez des mailles.

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