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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 16:50

Pendant les gardes de nuit, il existe une ambiance particulière, calme et secrète, propre aux confessions les plus intimes entre collègues. J'ai découvert qu'une de mes collègues, la quarantaine, auxiliaire de puériculture, est gothique. La seule fois où elle a porté autre chose que du gothique, c'était à son mariage, et c'était une surprise pour son mari. J'ai appris comment des collègues voulaient se marier. Les régimes. Les activités, le théâtre, la zumba, le tennis, la danse classique. Les recettes. Les bons coins autour de SN. Les anecdotes. Les blagues.

On  a regardé des vidéos. "Allez viens, viens, on est bien." Les lipdubs des maternités. J'ai fait découvrir la marmotte psychopathe.

 

J'ai donc été amenée à me livrer aussi. "Et toi Ellis, tu as quelqu'un dans la vie?". "Tu viens d'où?" "Tu manges TOUJOURS du thon et de la tomate???" (ça c'était cet été). Mais surtout, surtout, j'ai avoué mon rêve ultime.

 

Avoir un ch'val.

 

 

http://gifsadoudou.g.i.pic.centerblog.net/hheb053b.gif

 

Mon ch'val serait un Haflinger. C'est une sorte de grand poney/petit ch'val assez costaud avec une robe alezane aux crins blancs. Ils sont gentils.

Bon, en soit, mon projet, avoué en rougissant et la voix tremblante (ça fait un peu j'aime les licornes) n'a pas provoqué une vague d'hilarité. Mes collègues m'ont dit après posséder eux même des chevaux.

Avec un regard louche.

"Pourquoi vous avez un regard bizarre comme ça?

- Non oh bah... c'est un beau projet d'avoir un cheval. Bon. Après faut s'avouer que euh...

- Oui...? (ton inquiet) C'est beaucoup de travail c'est ça???

- Euh oui, oui... mais c'est pas vraiment ça le problème...

-...?

- Ben faudra surtout réussir à recaser le cheval quand tu auras un mari et des enfants. Et ça c'est la merde."

Je me suis demandée si le fait d'avoir un cheval était plus emmerdant ou non que d'avoir un mari et des enfants. Ca avait l'air de ne pas être très clair sur la relation de causalité. En tout cas, il semble admis que c'est incompatible, puisque l'ensemble de mes collègues a hoché la tête d'un air entendu.

"Bah oui Ellis, un cheval ça demande de s'en occuper tous les jours... et quand ton mari ne veut pas t'aider, et qu'en plus faut s'occuper de ton enfant, du ménage, du repassage pour toute la famille... il faut replacer le cheval. Revendre le matériel. Le terrain.

- Ouais... (je ne vois pas vraiment le problème, il suffit de ne pas avoir d'enfant ni de mari, ce qui m'a l'air bien parti)"

Et comme mes collègues ont l'air de lire sur mon visage :

"Tu n'as peut-être encore personne mais ça va venir."

 

Pression sociale : ON.

 

"Je peux vous dire la suite de mon projet?

- Oui vas-y !

- Alors je ne travaillerai plus à SN.

- Ah bon???

- Ben je veux avoir un chalet en montagne, avec un grand terrain où mes chevaux seront en liberté autour de moi. J'irai en garde à cheval. La maternité aura un terrain fait exprès juste à côté, où mon petit Hafly pourra courir toute la journée. Et le soir, mes crocs attachées dans mon dos, je remonterai dans mon chalet. Ou alors je m'installerai en libéral et j'irai chez les patientes dans la montagne avec Hafly.

Mon chalet aura une petite terrasse couverte à l'américaine, avec un rocking chair, pour prendre le thé avec une grosse couverture. Et quand mes amis viendront en vacances chez moi, j'irai les chercher à la gare à cheval, avec le deuxième cheval sellé. Les valises grimperont avec le bus, parce que je me serai fait des amis de mes voisins et des conducteurs de bus, et on rejoindra chez moi à cheval. On aura un magnifique point de vue avec un coucher de soleil sur les montagnes."

 

Un petit silence suit. Une collègue m'a regardé avec un petit air désolé, a prit mes mains dans les siennes, m'a regardé dans les yeux et m'a dit : 

"Ellis? T'avais ouvert le protoxyde d'azote à ton accouchement?

- Mais... mais non ! Mais c'est réalisable non?"

Ils ont tous secoué la tête en silence. En deuil. Personne n'a osé casser mon rêve en disant non à voix haute. On a embrayé avec la météo. Sec et froid.

 

Je sens que personne ne croit à mon rêve. Bouhou.

 

http://www.b2b-lonelyplanet.fr/flux/data/ADN2/lp_images/austria/1.jpg

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 21:34

 P1000123guinNous poussons la porte, puis la seconde porte. En un regard nous embrassons la pièce, où règne le silence. A droite, le bar, avec quelques personnes assisent au comptoir. Il y a deux couples, la cinquantaine bien tassée, habillés chichement d'énormes pulls de laine blanc cassé dans lesquels ils semblent nager, de pantalons simples et de grosses chaussures. A mon « Hi! » me répondent seulement des hochements de tête, et peut-être un salut discret.

A gauche sont assis 6 hommes, en cercle, qui sur la banquette de bois, qui sur les nombreux tabourets qui parsèment la pièce. Sur les tables entre eux s'amoncellent des pintes de guiness vides, ou semi-pleines, avec cette mousse blanche épaisse qui s'accroche aux parois froides du verre. Ils nous regardent, tous. Et pour cause, ce n'est pas moi qu'ils regardent, mais bien le couple de français de mon âge, Clémence et Thomas, que j'ai rencontré plus tôt dans la journée. Ils sont violoniste et guitariste - enfin, bouzoukiste - et ils portent précieusement leurs instruments à la main, cachés dans leurs boites. Dès lors, le respect et l'attention des musiciens présents leur est acquise : les 6 hommes ont justement leurs propres instruments sur les genoux, violons, guitare folk, accordéon diatonique, banjo, flûtes irlandaises posées sur les tables... et toujours ce silence. Un des violonistes, un homme, la quarantaine, portant lui aussi son gros pull en laine d'Aran alors qu'il semble fin comme une baguette nous invite à nous asseoir là où ils avaient laissé leurs affaires. Eux-mêmes sont assis dans la partie du bar réservée aux musiciens, où même sans estrade ni spot lumineux, ils dominent la pièce.

 

Nous commandons nos propres guinness. La guinness est longue à servir, puisqu'elle se tire en pression en deux fois. Après que le barman nous ait dit que la seule bière digne de ce nom en irlande était la guinness avec un petit regard dédaigneux vers sa propre affiche d'une autre bière locale, il rajoute donc la deuxième pression. Cela fait deux fois que je fais l'erreur de tenter de payer ma consommation entre les deux pressions de ma consommation, puisqu'il y a un temps d'attente de quelques minutes. Mais à chaque fois – à Dublin et à Dingle donc – les barmen m'ont jeté un regard qui était clair comme de l'eau de roche, et qui disait « je ne t'encaisserai pas avant la deuxième pression ». Rituel, ou simple goût de savoir prendre le temps de faire les choses dans l'ordre? Je ne sais pas, mais ça m'a rappelé à quel point j'ai une mentalité déformée par la rentabilité de mon temps et de celui des autres. Un temps libre comme celui entre ces deux pressions de Guinness me semblait un temps perdu s'il n'était pas rentabilisé par l'encaissement.

Maintenant je ne sais plus si les temps libres ne sont pas finalement précieux.

 

Nous nous asseyons à une place privilégiée, presque dans le cercle. Une fois installés, ils entament un de ces airs irlandais qui me transportent: c'est l'accordéoniste qui lance l'air, c'est d'ailleurs lui également qui semble dominer le groupe de musiciens. D'un pas énergique il donne le rythme, et entame les premières notes afin que tous, sans un mot, sachent quel air suivre. Rapidement, les deux violonistes se mettent en branle, rajoutant la mélodie comme si elle venait naturellement se placer sur les accords qui sonnent déjà. Puis le guitariste, avec un faux air de Mouloudji, redonne un peu de fond et de rythme. Enfin, le banjo, et un homme bedonnant dont je n'avais pas noté l'originalité de l'instrument - pensant tout d'abord à un biniou – rajoutent en dernier leurs notes aiguës et un peu grinçantes. La vitesse de leur jeu m'épate. Je me concentre sur l'accordéoniste, et admire son jeu. Ils réalise avec une virtuosité et un tel semblant de facilité les poussés-tirés que j'en reste épatées; ses doigts volent sur les boutons. Je me penche alors vers Thomas, et lui demande discrètement quel est l'instrument qui ressemble au biniou sans en être. Il se penche à son tour vers moi et me murmure :

« C'est un uilleann pipe. Une forme de cornemuse qui se gonfle au coude.

- Ca ressemble à un biniou.

- L'origine de cet instrument vient de l'interdit imposé par les anglais, il y a quelques centaines d'années, de l'utilisation des instruments qui se gonflent à la bouche parce qu'ils incarnaient le paganisme. Les cornemuses, tu vois. Du coup, les irlandais ont inventé le uilleann pipe. Une cornemuse qui se gonfle au coude. C'est un instrument typique irlandais. Légende ou réalité... en tout cas l'histoire est sympa. »

Puis, très sérieusement, il se retourne vers les musiciens, notant dans son petit carnet la composition du groupe et les airs reconnus. Moi, cette histoire d'invention d'un biniou de coude me fait sourire, et je vois dans le choix de jouer de cet instrument le caractère de cet homme.

L'air se termine. Après un temps d'applaudissement, de nouveau le silence s'installe.

« Can I make some photos? je demande, trouvant ma voix limite grossière dans cette ambiance particulière.

- Sure ! Me répond l'accordéoniste avec un grand sourire sincère. Le joueur de banjo, qui a un air un peu allumé, les cheveux poivre et sel mi-longs et un tee-shirt blanc à motif informe, fait semblant de prendre la pose avec son banjo pendant que ses comparses s'esclaffent.

- Thank you, je réponds avec un petit sourire intimidé. »

C'est que personne ne parle, ou peu, ici. Mais du coup j'initie l'échange entre eux et nous, et le violoniste avec son pull d'Aran qui nous avait invité à nous asseoir regarde Clémence et lui montre toujours en silence le tabouret en face de lui.

« Can I join the seisún? Are you sure? »

Et lui de hocher à nouveau la tête en insistant du geste. Cet homme a l'air avare de ses mots, mais semble d'une politesse et d'une gentillesse irréprochable. Clémence, avec un regard pour son compagnon Thomas qui insiste pour qu'elle y aille, sort finalement son violon de sa boite, prend son verre et va s'asseoir sur le petit tabouret. Ils l'accueillent tous d'un sourire et attendent patiemment qu'elle sorte son archet et son instrument et soit prête à jouer. Cette fois ci, c'est le violoniste à la laine d'Aran qui commence le morceau avec sa mélodie. Un air sans doute connu, pour permettre à Clémence de participer directement. Puis une fois les trois violons en choeur, l'accordéoniste démarre et un autre air résonne dans la pièce pendant qu'en silence, je prend des photos et buvant tranquillement ma propre guiness.

Alors que les morceaux s'enchainent, Thomas m'explique à mi-mot toute la subtilité du jeu de musique irlandaise.

Eux-même viennent de Lorraine, où – vous vous en doutez – ils sont peu à en jouer. Je lui fait remarquer que Clémence ne joue pas comme les deux autres, elle tient l'archet à un endroit différent, et tricote beaucoup du coude. C'est beau quand elle joue, cela ressemble à une danse; et visiblement elle excelle dans son jeu, au vu des compliments que le violoniste au pull lui fait à la fin d'un des morceaux. Il lui demande si elle vient de Bretagne, ce qui fait sourire Thomas, qui m'explique aussitôt qu'on les prend pour des bretons quasi systématiquement quand ils jouent.

« Je joue de l'accordéon diatonique, exactement celui qu'il a, fais-je en lui indiquant le musicien du menton.

- En sol ré?

- Euh... bonne question... fais-je en me sentant juste ridicule.

- En Bretagne c'est généralement des Sol Do.

- Ah oui oui c'est ça moi ! Je murmure en me souvenant de l'étiquette collée sur le sommet de mon accordéon. Mais c'est un diatonique, à deux rangs, comme lui. Je suis contente de voir qu'il n'y a pas forcément besoin de 3 rangs comme on voit tout le temps.

-Tu sais, dans le comté du Kerry, où nous sommes justement, c'est le pays de l'accordéon diatonique. Il y en a partout! Hier on est rentré dans un pub à Killarney où il y en avait 4 à jouer. C'est... trop à mon goût. »

Et là, fière, bêtement, de jouer d'un instrument à l'honneur en Irlande, j'ai affiché un petit sourire satisfait.

 

Les airs se sont succédés. A minuit, le barman – très sympa, au demeurant – a fait clignoter les petits spots pour signaler que ça allait fermer. Le joueur d'uilleann pipe a donc été se resservir une guiness pour bien faire comprendre – toujours sans un mot – qu'il comptait bien faire trainer la fermeture. Et c'est reparti... Finalement je suis rentrée vers 01h du matin, des étoiles dans les yeux. J'aime ce pays. J'aime ces gens qui se respectent, qui attendent que l'air s'échappant du pub soit fini avant de rentrer. J'aime ces gens qui prennent le temps, qui aiment la musique et jouer ensemble.

 

J'ai envie de savoir jouer de l'accordéon.

 

P1000558osull-coul.JPG

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 01:45

Bon, cet article n'a pas beaucoup de mérite : c'est une reprise d'un ancien blog, un texte souvenir de la randonnée que j'avais fait avec Flavien et Hélène en septembre 2008. Hélène m'a demandé de le lui renvoyer pour qu'elle l'enregistre, je l'ai donc relu et j'ai encore rit. Il est très long, avis aux intéressés! Et certaines parties sont exceptionnellement mal écrites... mais je me pardonne, ça date de 2008, j'étais jeune alors ! Je venais tout juste d'avoir mon concours de sage-femme, je commençais mes études à l'école quelques jours après... je m'installais en colloc avec Max aussi. 

Bref. Bonne lecture!

 

Des Houches au Léman, du 01 / 09 / 2008 au 12 / 09 / 2008

photo-257309-M.gifCa faisait longtemps qu'on en parlait avec Flavien, voilà qu'elle s'est concrétisée, cette randonnée... nous sommes bel et bien allés dans les Alpes, et avons fait un petit tronçon du célèbre GR5 qui va en réalité d'Amsterdam à Nîmes. Nous étions trois guerriers : Flavien, Hélène et moi.

Notez d'emblée qu'en bon bretons, nous avons fait le trajet à l'envers. Tout le monde nous le faisait remarquer avec étonnement, mais on sait tous que les bretons portent des cirés, des bottes et en prime sont des têtes de cochon (je passe sur les chapeaux ronds).

Vous avez à gauche la carte de la page de garde du topoguide qui a été quasiment le quatrième larron de l'aventure, au vu de l'utilisation régulière que nous avons fait de lui. Sur cette carte, vous avez un trajet en rouge, qui est le trajet que nous avons réalisé. Vous remarquerez également un trajet parallèle en rouge pointillé blanc, qui est le trajet que nous aurions dû faire. Dans un soucis de réalisme, j'ai représenté le petit détour à Sixt, qui est de mon fait. Oui, oui, c'est la rare fois où j'ai indiqué le chemin, et la seule fois que nous nous sommes perdus.

Mais Sixt est superbe.

Quand je regarde cette carte, je ne peux pas m'empêcher d'être fière de nous concernant la première moitié, et un peu honteuse concernant le moment où nous avons bifurqué du GR5 au niveau des Dents Blanches. Ca fait faible, de voir que le chemin suit la vallée qui est en vert et donc plate dans nos têtes, mais ça montait de temps à autre, je vous assure ! De plus, sur le moment... le fait que nous descendions vers la vallée a été un réel soulagement pour moi (ah, ça je ne le disais pas pendant la rando... hors de question de confirmer mon statut de boulet :p)

01/09/2008 : Train

Nous prenons le train à 19h30 à Redon. Les sacs sont extrêmement lourds, mais ça... même si on en rigole sur le moment, on ne réalise pas vraiment ce que ça implique pour la rando. Jeunes et inexpérimentés, nous n'avons pas pensé à les peser...! La nuit est très mauvaise pour moi. Environ 3h de sommeil si on additionne toutes les tranches de sommeil de 10 minutes. La lecture du magasine Public et les ronflements du mec derrière étaient les seules distractions.

02/09/2008: Brévent

L'arrivée est assez décevante en fait. Je pensais arriver dans des vallées magnifiques après Lyon, mais il n'en était rien. Ce n'est que dans les 15 dernières minutes de train que le paysage présentait de véritables montagnes, vers St Gervais, que vous pouvez voir sur la carte. Nous prenons un petit train courageux qui nous monte à Les Houches, d'où nous entamons les premiers pas de la rando, à 14h.

Et les premiers pas sont douloureux. Je parle pour moi, bien sûr, pendant tout ce récit je raconte la manière dont j'ai ressenti les épisodes. Hélène et Flavien ont vécu la rando différemment.

Les premiers pas sont très douloureux... pas de sport pendant 2 ans, une malheureuse rando solitaire cet été qui m'avait déjà parue difficile alors qu'elle ne montait presque pas, une masse graisseuse conséquente et des restes de muscles plus appropriés à la nage qu'à la marche... Au bout de 20 min de légère montée, j'ai supplié Hélène et Flavien de faire une pause pour retrouver mon souffle. Et là... j'avais le moral dans les chaussures de marche, je dois l'avouer. Eux grimpaient sans problème alors que mes jambes me faisaient déjà mal, que je dégoulinais et que mon coeur battait la chamade... si je craquais dès les premières 20 min, comment pourrais-je donc faire cette rando? Je ne supporte pas d'être une charge pour les autres, je déteste demander de l'aide, je hais les travaux de groupe, et voilà que je suis obligée de supplier mes amis de s'arrêter, voilà que je suis la faible, le boulet qu'on traîne, dont on a pitié, dont on peut se moquer allègrement. (Hélène et Flavien ne l'ont jamais fait, heureusement, mais c'est ce que je pense toujours dans ce genre de situation que je souhaiterais exceptionnelle).

Nous avons passé l'après midi entière à grimper. Flavien était en tête (lui qui avait le sac le plus lourd, et de loin >.<), Hélène suivait, puis moi, dernière, trainaît la patte. Hélène était d'un réconfort important pour moi, c'était bizarre. Elle disait "allez, ma Mion...!", le genre de reflexion qui, dans une situation où on ne souffre pas trop, semble moqueuse. Dans le contexte, ça me réchauffait le coeur, et mine de rien, ça me faisait avancer. On faisait des pauses, fréquemment au début, par égards pour moi (aïe aïe l'égo), puis de moins en moins au fur et à mesure qu'on se rendait compte qu'on n'atteindrait jamais notre but avant la nuit. Les gens qu'on croisait nous disaient même parfois qu'il fallait qu'on se prépare à dormir contre un arbre. Et la météo était de moins en moins radieuse.

photo-257490-M.jpgJe n'ose même pas vous décrire dans quel état psychologique j'étais pendant la dernière heure de marche (nous sommes arrivés vers 20 heures au refuge de Bellachat, notre but). Je n'avais même pas la force de déprimer, et il était tout simplement inconcevable de s'arrêter là où nous étions pour une nuit à la belle étoile. J'avançais sur les nerfs je pense.

La dernière demi-heure de marche, j'avançais en moyenne de 5 pas et je m'arrêtais. photo-257493-M.jpgQuand Flavien nous a crié qu'il voyait le refuge, je n'ai même pas eu la bouffée de soulagement que j'attendais depuis quelques heures. J'en avais plus la force, déjà, et le fait que Flavien soit environ une dizaine de lacets plus haut n'aidait pas.

Nous avons planté la tente dans l'optique d'une nuit calme à côté du refuge, puis avons dégusté un chocolat chaud bien réconfortant. La terrasse du refuge donnait sur Chamonix de nuit, en contrebas... c'était magnifique. Seul bémol : les chiottes à la turque, notre hantise à tous les trois !

03/09/2008: du col du Brévent au refuge de Moëde (Anterne)

On pouvait espérer une nuit calme, mais il n'en fut pas ainsi : à 1h du matin, un vent violent menace l'intégrité de notre tente et la nuit de Flavien. Nous... déplantons la tente à la lumière des torches et transportons tout notre barda dans la salle commune du refuge, que la tenancière nous avait autorisé à utiliser pour dormir en cas de problème. Pour le coup, Chamonix en contrebas était plus effrayante qu'autre chose... !

Hélène se propose pour faire les allers retours entre le refuge et la tente pendant que nous plierions bagages Flavien et moi.

"Tu vas y arriver?

- Mais oui."

La voilà qui part avec sa lampe torche... dans la mauvaise direction. La perspective de la voir chuter dans le vide de Chamonix ne nous tentant guère, nous lui avons retiré de force la lampe torche des mains.

Nous dormons à même le carrelage jusqu'à 7h, heure moyenne de lever des randonneurs. La brave dame ne nous fait heureusement rien payer.

Un mal pour un bien, nous partons tôt du refuge, ce qui nous permet d'entrapercevoir deux chamois très mignons et vraiment peu craintifs. Le paysage est désormais rocailleux, les buissons de myrtilles ayant laissé place à l'herbe rase et aux rochers.

photo-257534-M.jpgCe passage là, qui était encore de la montée pourtant, m'a semblé tellement facile comparé à la veille que je l'ai pris comme une partie de plaisir. Nous jouissions d'une vue magnifique sur le Mont Blanc et ses glaciers (ou plus précisément : "Mont Blanc du Tacul, Mont Maudit et Mont Blanc", comme dirait Flavien )

Pourtant, la journée a été longue. Nous avons été au col du Brévent, ou presque, puis nous avons entamé la descente qui était assez épuisante aussi. Il n'y avait plus que de la caillasse, à ce niveau, l'herbe ne devait pas trouver la température à son goût (et je la comprends).

Il y a même eu un petit passage rigolo de descente d'échelle en acier comme je l'avais crainte dans ma rando solitaire de cet été... une fois le col passé, on avait vue sur la vallée que nous devions traverser, et même sur les chalets où nous comptions passer la nuit suivante cause météo.

Ca a été... super long. On avait l'impression qu'on n'atteindrait jamais ce p**** de refuge... et le pire c'est que ça remontait sur la fin, alors que je commençais à être fatiguée de la journée de marche. La pluie s'est mise à tomber sur les 200 derniers mètres, et là encore, heureusement que Hélène était loin devant, parce que j'avais besoin de me défouler sur n'importe quoi, quelque chose ou quelqu'un. Il valait mieux que je me défoule sur moi même :p

Le refuge était grand, cher, certes, mais nous étions heureux d'être au sec pour la nuit qui s'annonçait mouvementée. Et il y avait des douches (tiédasses voire froides).

Et là... j'ai assisté à une lutte de titans. Hélène versus Flavien. C'était principalement dû à la fatigue, je le voyais bien. Eux sans doute moins... La chamaillerie a commencé par les projets à long terme de la rando. Hélène voulait continuer le GR5 dans les hauteurs alors que Flavien envisageait de redescendre dans la vallée au vu de notre rythme et de la météo qui allait assurément nous ralentir (de la pluie, c'est galère en montagne : l'eau devient boueuse, les chemins de rando deviennent des ruisseaux et la moindre trace de terre devient de la boue glissante). Le débat faisait son chemin, ils ont fait tous les deux des compromis... et là, le plus drôle, c'est qu'ils continuaient de s'engueuler alors qu'ils disaient la même chose. Exactement la même chose: qu'on aviserait en fonction de la météo. Mais les deux voulaient avoir le dernier mot, alors ils continuaient. Je trouvais ça drôle au début.

Moi, cet épisode m'a valû d'être traitée de "bonne pâte" par Flavien, et de "caractère d'ange" par Hélène. Juste parce que j'ai joué l'hypocrite avec les deux comme à mon habitude lorsqu'ils me demandaient mon avis à part du dernier. J'étais du même avis que Flavien dès le départ, mais je voulais pas me mettre Hélène à dos :-° J'ai juste tempéré les propos de Flavien sans m'opposer à lui franchement, et j'ai acquiescé à certaines reflexions d'Hélène.

Cette faiblesse de caractère, cette couardise, a été sujette à compliments après, transformée en atout. Je comprends toujours pas.

Le refuge était cher.

On leur a donc piqué du jus d'orange et du lait au pti dej. Subtile vengeance.

04/09/2008: du col d'Anterne aux chalets d'Anterne (?)

photo-257535-M.jpgNous sommes repartis le lendemain sous la pluie et un ciel bouché de nuages, entamant le parcours par la montée du col d'Anterne. Nous nous étions mis d'accord pour ne pas marcher beaucoup, car la fréquence des refuges ne nous autorisait pas à faire une distance raisonnable pour la journée. Nous sommes passés à côté du lac d'Anterne que vous pouvez voir à côté. Imaginez juste qu'il pleut et que le ciel est sombre et gris. L'herbe verte est un petit marécage par temps de pluie.

Le trou dans ma chaussure gauche commença à m'être fatal. J'avais de l'eau plein la godasse.

Nous étions heureux arrivés au refuge. Nous avons passé l'après midi à jouer aux cartes et à nous réchauffer en voyant arriver les randonneurs. J'oublie la plupart des anecdotes qui se déroulent entre nous pendant la marche et les arrêts. Alors tant que j'y pense, c'est à cette étape que Flavien a renversé pour la première fois le réchaud avec les pâtes, qu'il m'a renversé -exprès?- la boite de thon sur les genoux (le pantalon était propre du matin), c'est à cette étape que je faisais de l'effet à l'âne du coin qui se mettait à braire de toutes ses forces dès qu'il me voyait, que j'ai perdu le savon (???), c'est à cette étape qu'Hélène a réussi à tenir tête aux idioties de Flavien au moment du riz au lait (il faisait tout pour nous faire rire et nous empêcher ainsi de manger notre part de mont blanc), c'est aussi à cette étape que nous avons le plus appris des autres randonneurs expérimentés. Le fait de mettre un sac poubelle en doublure interne du sac à dos, de mettre les abricots et autres dans des sachets fraicheurs du frigidère, l'intérêt des bâtons de marche...

Notez aussi que dans tous les arrêts en refuge, il règne une ambiance sympathique. Ils mangent tous fondue le soir pendant que nous, nous expérimentions des recettes comme pâtes au thon, pâte à la soupe... de quoi se dégoûter des pâtes, presque.

Extinction des feux à 21h30.

05/09/2008: Glaise, cascade Sixt et Samoëns !

Levé 7h30. Nous nous réjouissions de retrouver un rythme scolaire.

Ce jour là, la destination était Samoëns, une ville dans le creux de la vallée. Nous étions au départ dans des plateaux qui s'apparentaient plus à la texture d'une énorme éponge humide. C'est galère sur le moment, mais quand on a aperçut la suite... sur une distance indéterminée de descente abrupte, le sol était une véritable patinoire de glaise.

"De la glaise, c'est juste de la boue non?" vous direz-vous sûrement. La glaise, c'est sans doute la texture de sol que j'ai le plus détesté, et pourtant on a expérimenté nombre de sols différents (herbe, boue, caillasse, énormes rochers lisses et glissants, secs, roche moussue...morceaux d'ardoise, galère aussi à la reflexion).

La glaise, c'est de la boue, oui, mais de la boue collante. Pas de la boue qui s'en va pendant les pas suivants, non... de la boue qui se colle à vos crampons et qui s'accumule progressivement jusqu'à n'être plus qu'une seconde semelle parfaitement lisse. Rajoutez à ça un sol avecune inclinaison moyenne de 30° et vous vous représenterez bien le calvaire que cela a été. C'est là que les chutes devenaient envisageable : Flavien nous a fait un dérapage de 2 mètres et a réussi à s'arrêter avant de chuter dans les arbres en contrebas... c'est en tout cas ce que m'a dit Hélène, moi je n'ai pu admirer que la trace du dérapage en prenant soin de ne pas poser mes pieds aux mêmes endroits que lui.

C'est là que la descente a commencé à me sembler plus exténuante que la montée. Pas de la même manière, en fait. La descente, ça bousille les pieds, qui cognent rapidement dans l'avant des godasses car la chaussette est devenue glissante en raison de l'humidité permanente dûe à la perméabilité des chaussures (ah, ce connard de trou dans la godasse gauche... :'( ). Ca fait travailler les muscles des cuisses, qui sont continuellement en plein effort pour ne pas glisser ou même pour stabiliser la position lorsqu'on s'arrête sur une pente. Chacun vit la descente différement, moi ça allait encore tant que je n'avais pas d'ampoules.

Hélène de son côté... a découvert que les randonneurs ont tout intérêt à être grands. Ca ne vous semble pas logique? Les petits ont de petites jambes, donc les efforts qu'ils font pour descendre d'un rocher ou le monter sont supérieurs: ils doivent monter la jambe plus haut, ou plier davantage les genoux. Hélène descendait parfois sur les fesses car elle n'arrivait pas à descendre debout.

La glaise a fait place finalement à de la caillasse rassurante dans les forêts de sapins.

photo-258317-L.jpg

On a pû admirer de magnifiques et énormes cascades, dans lesquels on pouvait voir parfois un arc en ciel (ici la cascade du rouget). Personne n'a été chercher le trésor, mais je crois que le trésor c'était tout simplement la beauté du lieu!

C'est pendant cette descente que nous avons vu enfin les premières vaches de montagne que Flavien et Hélène m'avaient promis. Elles avaient de grosses et magnifiques cloches qui raisonnaient dans toute la montagne. Elles étaient très sympathiques.

Peu de temps après que je n'ai pas fait traverser un pont à notre petit groupe au bon moment... nous avons débarqué à Sixt, mais comme les autres se doutaient que nous n'étions plus sur le chemin (pu de balisage), ils ont commencé à m'en vouloir et ont refusé de visiter le village. Pourtant je suis certaine qu'il était digne d'être vu, ce village ! L'après midi était ensoleillée, un vrai plaisir de se promener dans la vallée. Nous assistons au passage de radeaux de rafting avec plaisir et envie (j'ai appris ce matin qu'un d'entre eux s'était renversé hier à cet endroit même, qu'il y avait 2 morts et un blessé au décompte final :-X )

Arrivés à Samoens, nous recherchons longtemps le camping, bien excentré. Nous découvrons que Flavien fait une allergie à son sac à dos... des boutons partout sur les épaules XD Le soir... tartiflette au resto ! (c'est pas tous les jours qu'on voit des gens, des voitures et la civilisation...! )

06/09/2008 : col de la Golèse, refuge de Chardonnières

Le lendemain, après une nuit calme dans le camping à l'intérieur d'une tente qui rendait déjà l'âme (une tente de basse qualité :-° ), Hélène me confie qu'elle souffre au pied. En partant du principe qu'en se réchauffant pendant la marche, cela passerait plus ou moins, nous montons le col de la journée (col de la golèse). Flavien nous engueule à moitié parce que nous discutons trop (quand Hélène et moi discutons, on s'arrête pour attendre l'autre et avancer de front)

"Mais c'est lourd, vos arrêts là ! Hélène, va devant, Marion derrière moi!"

Ambiance sympathique :-° (Flavien va m'en vouloir de le présenter comme le père fouettard, mais moi ça me fait marrer XD ). On a vite senti que le pied d'Hélène était beaucoup plus douloureux que ce qu'elle consentait à dire. Pour que je sois devant elle dans la montée, c'est qu'elle allait mal >.<>

AMPOUUUULES

Les ampoules, c'est horrible. On a l'impression d'avoir des petits coussinets de chat sous les pieds, sauf que ça transperce le pied d'une douleur fulgurante à chaque fois qu'on fait un pas. On prend véritablement conscience qu'un pied, ça existe.photo-257492-M.jpg

A ce moment de la randonnée, j'avais l'impression d'être en Suisse. Il faut dire qu'on en était vraiment très près... les paysages correspondaient très exactement à l'idée que je me faisais de la Suisse. Après avoir boitillé dans une descente encore une fois casse-gueule, nous sommes arrivés sous la pluie au refuge de Chardonnières en début d'après midi. C'était le début de notre bifurcation du GR5. Le pied d'Hélène et la météo (plus secrètement : mes ampoules) nous invitaient à redescendre et à accepter le fait que les éléments s'étaient ligués contre nous.

Le refuge de Chardonnière... ça a été une très belle étape, très rigolote. Nous avons longtemps joué à l'Enculette. Oui, j'ai oublié de préciser qu'à chaque fois que nous jouions aux cartes, c'était à l'Enculette. Pour la simple et bonne raison qu'Hélène et Flavien s'amusaient à chaque fois à m'empêcher de remplir mes paris. J'ai perdu à chaque partie. Et je suis mauvaise perdante, c'est bien connu.

Mais le top du top, c'était l'aristo derrière Flavien. Cet épisode, j'ai l'impression de l'avoir raconté des dizaines de fois... rien qu'entre nous, après, on a bien cerné le sujet. Nous étions à une table juste derrière 4 amis ayant la cinquantaine dont une aristo aux cheveux blonds relevés impeccablement en chignon qui parlait très lentement, très dignement, en articulant.

Aristo :Bonjour les jeunes, vous venez d'où?

Flavien : de Bretagne!

Aristo : ah ! "ils ont des chapeaux ronds, vive la bretagne, ils ont des chapeaux ronds, vive les bretons..."

Je regrette de ne pas avoir continué à chanter avec elle le reste de la chanson : ma mère couche avec mon père, ce n'est pas par agrément, mais pour faire un petit frère, pour qu'il garde les vaches aux champs... Comme les seins de ma belle-mère pendent lamentablement, elle fait un noeud par derrière pour ne pas tomber en marchant... etc.

Aristo : Les jeunes, j'espère que vous ne cueillez pas les baies dans les bois.

Nous : Ah?

Aristo : C'est comme à la mer : on nous dit que lorsqu'on soulève un rocher, on doit le remettre en place pour ne pas déranger les petits animaux. Et bien ici c'est pareil.

--gloups. Quid des framboises des bois que nous avions dégusté sur la route une heure auparavant? --

Aristo : De plus, vous pourriez attraper la rage.

Flavien : Hein? :-/

Aristo : oui, les renards urinent dessus des fois. S'ils ont la rage, vous pourriez l'attraper.

--regloups--

Sinon, on l'écoutait parler avec ses amis en essayant de rigoler discrètement derrière nos cartes. Nous avons eu quelques perles :

Aristo : Oh non, la balnéo il ne faut pas en faire trop souvent. C'est épuisant, de changer de piscine sans arrêt... (Hélène manquait s'étouffer à côté de moi)

Aristo : Nous allons quelques fois à Quiberon. Certes, il pleut aussi beaucoup chez eux, mais ils sont armés pour s'en protéger ! Ils ont les cirés et les bottes. N'est-ce pas les Bretons?

Et tant d'autres reflexions ridicules à souhait mais tellement drôles... Flavien rigolait à loisir, puisqu'il leur tournait le dos. Hélène et moi rigolions aussi, du coup, mais nous devions affronter le regard lourd du mari de l'aristo qui nous avait vite cernés... hum. En partant, nous avons eu le droit au clou du spectacle :

Aristo : vous allez où les jeunes?

Hélène : Thonon.

Aristo : n'hésitez pas à aller à l'office du tourisme, il y a un excellent musée sur la pèche à Thonon. Pour vous qui êtes tous enfants de pêcheurs, ça vous intéressera.

Flavien : c'est plutôt agriculteur dans ma famille.

Aristo : Agriculteur, Pêcheur, c'est du pareil au même non?

Et bien devant ce genre de reflexion, vaut mieux être solidement assis sur son banc.

Pour finir, une petite citation de l'aristo en pensant à toi, Max :

Aristo : "La vie, c'est comme un bouquet de fleur. C'est magnifique de trouver des roses à chaque lever, mais il faut quelques chardons pour en apprécier tout le piquant..." (ou quelque chose du genre)

Et je ne résiste pas à l'envie de vous en citer une dernière :

Aristo : Nous, nous avons du soleil où que nous allions, car le véritable soleil est dans le coeur...

Flavien (spontané, ce gars): Il pleut des cordes aujourd'hui.


La soirée, nous avons été réquisitionnés pour faire une longue série de partie de belotes avec la tenancière. Flavien et Hélène ont gagné 4 parties sur 5 :'(

Seuls dans le dortoir, confort !

07/09/2008: A Morzine, on trottine, on trottine.

Nous repartons sous un temps grisatre, en silence. Nous quittions définitivement le GR5 et le charme des hautes montagnes pour rejoindre la vallée de la Dranse de Morzine. D'ailleurs, Morzine, nous finissons par y arriver tant bien que mal, sous le soleil. C'est là qu'Hélène a commencé à imaginer un pseudo bronzage que nous n'avions pas. "Mais si, si, regarde on voit la limite des chaussettes !"

En réalité, il devait bien s'avérer de la limite de la crasse.photo-259789-M.jpg

Nous achetons une trentaine de cartes postales à nous deux, Flavien et moi. Hélène est terrassée par l'ampleur de la tâche que ça représente et décide de bouder sur le trottoir à prendre le soleil pendant que nous passons 1h à choisir les cartes postales les plus pourries.

Il s'avérera plus tard que Flavien en rachètera une douzaine. Oui, ça fait peur. Ca pourrait faire le titre d'un film d'horreur "Flavien et le retour des cartes postales".

Bon, le camping n'était pas à Morzine même (et Morzine est une ville de vallée, donc trèèèès longue), mais à Montriond. Nous avons fait une graaaande boucle pour y accéder, et alors le camping... imaginez le camping le plus beauf possible. 10 emplacements, une salle commune d'un autre siècle, un musée de l'électroménager des années 50, une tonne de moustiques et des voisins adaptés à l'environnement.

Nous en avons profité pour faire atelier couture et recoudre les quatre coins de la tente qui s'étaient arrachés. J'ai impressionné mes deux amis en recousant de fil blanc les attaches. Je dois avouer que je n'ai aucun talent de couture particulier (???) que je n'ai jamais pris de cours, que je fais au feeling en faisant des gros noeuds pour que ça tienne. Ben les deux autres étaient épatés. Comme quoi la gloire tient à peu de choses.

La soirée s'est déroulée tranquillement, dans une ambiance moustique et dernier siècle, à manger du saucisson et du fromage de pays en écrivant les cartes postales et en imaginant ce que serait notre texte pour gagner le concours du magazine Public. J'ai également pour principe de toujours me coucher la plus propre possible, donc contrairement aux autres... j'ai pris une douche :D Oui, j'insiste sur le côté crade d'Hélène et Flavien qui préféraient se laver le matin, pour suer deux heures plus tard dans leurs affaires crades de la veille. Je ne comprends TOUJOURS PAS.

08/09/2008 : On marche, on marche, ça marche.

Nous repartons sous le soleil, tôt dans la matinée très froide (la vapeur nous sortait de la bouche, imaginez ce qu'a été la nuit... heureusement que les duvets "-11° limite" étaient là). Nous plions la tente et les limaces, tout en discutant avec les aimables campeurs du coin. Une bonne dame vient prendre des nouvelles, repart raconter à son mari qui revient pour discuter... mais je vous rappelle que nous sommes encore dans le camping beauf. Le monsieur était... beauf. Type... mafieux italien? Mais pas la version classe, la version beauf... avec la chemise ouverte sur les poils gris du torse, la petite croix autour du cou et tout...

Il est venu s'étonner que nous n'ayons pas les foulards des scouts. J'entendais presque Flavien s'étouffer en répondant que non, nous n'étions pas scouts. Par contre, il nous a donné un truc que nous n'avons pas encore essayé, à savoir mettre des bas dans les chaussettes pour ne pas avoir d'ampoules. Ca me semble plausible... ce sera à essayer la prochaine fois !

Nous trouvons un Champion (c'est fou la civilisation, ça se trouve parfois en montagne aussi :p ) et achetons une batterie de pains au chocolat que nous dégustons en apprenant par coeur les quelques questions de Trivial Pursuit que j'avais ramenées. Et nous marchons, nous marchons... quand je vous dit que cette partie là de la rando était moins sympa? Vous êtes d'accords non? On s'accordait des petits pauses au soleil... fin c'était cool quand même hein, vous inquiétez pas :D

Mais du coup, il n'y a pas grand chose à raconter.

Le midi, nous pic niquons (:-°) dans un pré, dans un petit village dont je ne me souviens plus le nom. Hélène passe bien 15 min à trouver les toilettes publiques à cause d'une envie pressante qui ne saurait attendre, puisqu'elle est pressante. Puis nous dégustons notre repas (pain, fromage, chorizo, carottes... oui oui, j'ai bonne mémoire !). Ensuite, nous nous reposons tranquillement pour digérer en faisant coucou aux automobilistes qui nous dévisageaient comme si nous étions des bêtes curieuses. Puis nous repartons.

Hélène refuse de nous dire où sont les toilettes. Je manque me pisser dessus.

photo-289294-M.jpgL'après midi est entrecoupée de pauses (et de poses) pour finir sur un chemin de balade de la vallée d'Aulps. Il y avait plein de grands panneaux avec de grandes photos de familles du monde. Dessous, quelques mots sur cette famille, qu'on avait aucune raison de connaître et qu'on ne connaîtra jamais autrement que par l'intermédiaire de ce panneau. Nous faisions la lecture de chacun d'entre eux... et on en a vu pas mal.photo-289301-M.jpg

Cette exposition a été une bonne surprise. J'ai pris beaucoup de plaisir à marcher en découvrant le monde alors que nous ne quittions pas les Alpes... mine de rien, on en apprenait beaucoup. Les priorités, la propention à raconter sa vie, le caractère...

Finalement nous arrivons à Biot, une ville charmante. Une ville qui a une boulangerie, et une sorte de ... bar supérette. Flavien refuse que nous achetions du Nutella.

Nous plantons la tente dans la ville-même, sur un petit carré de pelouse à côté d'un terrain de basket. Super bien pensé. A cause des lampadaires juste au dessus, qui éblouissaient, personne ne voyait la tente. Enfin, on nous regardait bizarrement. Et moi je regardais bizarrement ceux qui promenaient leur chien à 21h. Juste retour des choses. (Pis franchement, qui veut promener un chien à 21h? L'heure où commencent les films! Je le dis, ils étaient louches ceux-là).

Ah, et j'ai passé bien 30 min à chercher des toilettes publiques. Toilettes qui étaient fermés dès 18h30. Ca... oui, parce que "on ne vous dit pas tout !" mais en rando, dès qu'on peut éviter d'aller faire ses besoins dans la nature (qui plus est sur un terrain de basket), bah, on s'en donne les moyens. Ca aussi, c'était drôle. Comme vous le savez tous (enfin nan, pas tous), je déteste aller aux toilettes en même temps que qqun d'autre, je n'aime pas beaucoup montrer que je vais faire mes besoins... bref, je suis un animal qui se cache. Comme vous vous en doutez, l'hygiène était douteuse, pendant ces 10 jours (non non, je ne rentrerais pas dans les détails, et n'imaginez pas le pire). Alors quand vous vous rendez compte qu'il n'y a pas de toilettes publiques, vous vous résignez à trouver un petit coin de forêt, et vous demandez du PQ à Flavien. Flavien, qui vous sort des trucs du style :

"Du papier? T'es sûre que t'en as besoin?

- ...o...oui...

- Ah bah dis donc, c'est pas la petite commission..."

Et bah ça... c'est la reflexion type qui me met super mal à l'aise ! SUPER MAL A L'AISE! LE type de reflexion dont je me souviens trèèès longtemps parce que ça me traumatise ! Vous ne vous rendez pas compte >.<

Vous ne vous rendez pas compte non plus à quel point faire ses besoins est périlleux en montagne. Quand faut faire de l'escalade pour trouver un coin abrité et se retenir aux arbres qui poussent quasiment à l'horizontale en raison de l'inclinaison du sol, et tout ça pour un malheureux petit pipi.

Vous ne vous rendez pas compte d'à quel point c'est FRUSTRANT d'avoir une envie de pisser qui vous taraude depuis plusieurs minutes, et que Flavien va pisser quelques mètes plus loin. Ca, Hélène le pensait comme moi ! Nous, on doit chercher le coin propice, avec la couverture végétale suffisante, ne pas craindre les serpents, les orties et les ronces. De quoi vous faire regretter de pas avoir un arosoir, vous aussi.

Bon, pour en revenir à Biot, nous dormons étrangement bien. Ah, Hélène et Flavien ont le sommeil léger... ils ont été réveillés tous les matins par les camions poubelles, surtout ceux de cette nuit là, car les poubelles étaient 5m au dessus de nous. Moi... sommeil de plomb. Toujours. Conditionnée. Je ne me réveille que quand j'en ai besoin!

09/09/2008 On touche au but ! On ne fait que le toucher du doigt d'ailleurs....

Nous n'avons jamais été aussi prêts de Thonon ! Nous attaquons la route avec entrain, Flavien et Hélène. Nous n'achetons rien dans la superette-bar, en fin de compte.

On le regrettera.

Nous marchons et marchons le long de la route macadamisée, sous le soleil. photo-302125-M.jpg Nous suivons le cours d'eau de plus ou moins près... finalement nous marchons sur la nationale qui longe le lac du jotty, que vous pouvez voir à gauche (bien que nous n'ayons jamais pû profiter d'une telle vue... de la route on voit pas grand chose...)

Au fond, il y a le barrage, qui a été un passage assez critique. Il n'est pas conseillé de marcher sur une route à flanc de falaise, qui tourniquote en prime.

Plus loin, nous aurions pû visiter les gorges du diable, mais c'était payant (!), et nous voulions arriver à Thonon avec suffisament d'avance pour se faire plaisir en ville; Hélène n'avançant qu'avec la bouffe, on avait cherché toute la matinée une superette pour acheter du fromage. Nous avons ainsi réalisé que là bas, il est indispensable d'avoir une voiture. La superette la plus proche était à Biot (d'où nous étions partis le matin tôt). Impossible de trouver le moindre aliment avant Thonon. Nous avons donc mangé nos restes sur une petite pelouse derrière l'office du tourisme et les toilettes publiques. Je vais vous raconter une petite anecdote... juste pour la postérité.

Contexte : Je suis assise dans l'herbe verte à rougir en lisant l'Ethique aujourd'hui -qui énervait tant Flavien, et que je n'ai toujours pas fini-quand Hélène revient des toilettes où Flavien est encore. Elle ricane sous cape.

"Qu'est-ce qui t'arrives? lui demandai-je

- Ah ah... j'ai été dans les toilettes handicapés, donc il y avait une cuvette de toilettes. Dans tous les autres, c'étaient des chiottes à la turque.

-Ah...?"

Hélène se met carrément à rigoler.

"Je suis sûre que Flavien a eu des chiottes à la turque ! "

Pendant le temps qu'a mit Flavien à revenir, Hélène n'ARRETAIT pas de se marrer, comme si elle venait de réaliser (enfin!) que Coluche s'était réincarné en elle. C'est difficile à croire, mais elle était vraiment pliée en deux (j'avais du mal à trouver ça amusant moi). Quand Flavien revient, on lui demande donc comme c'était.

" - ?

- Bah, c'était bien?

- Euh...

- T'as eu des chiottes à la turque ?

- Non..."

Et non. La réincarnation, ça n'existe vraiment pas. Ou alors Coluche n'était pas drôle.

En repartant, notons tout de même notre rencontre avec des petites vieilles à qui Flavien a réussi à sortir :

"Vous ne faites vraiment pas votre âge."

75 ans. Pour un peu, elles en auraient rosi d'émotion.

Le temps qui était jusqu'à présent radieux se ternit de lourds nuages gris dans l'après midi. Nous arrivons à la Vernaz, où les premières gouttes d'eau s'écrasent tristement sur nos sacs à dos. Nous nous écroulons aussitôt à même le macadam au milieu de la route pour déguster nos barres de céréales à l'abricot, en discutant avec l'âne et le cheval du champs d'à côté, sous la bruine. Il est question d'aller jusqu'à Reyvroz (jackpot au scrabble ça), mais c'est méchamment discuté, parce que les 2/3 du groupe manquent de motivation, ce que l'âne comprend tout à fait. Finalement, nous nous rendons à l'évidence : il n'y a aucun lieu pour dormir à la Vernaz, il faut partir même si le goudron encore chaud est d'une mortelle attirance.

Nous empruntons donc un petit chemin de balade botanique à visée pédagogique, avec des petits panneaux pour reconnaître les plantes. C 'est ainsi que nous avons pû admirer des cyclamen en fleur le long du chemin. Enfin "nous"... moi, je les ai admirés, ces cyclamen, les autres je sais pas trop. Hélène était surtout préoccupée par l'inclinaison quasi-verticale de la pente et l'aspect boueux du sentier, tandis que Flavien s'appliquait à lui choisir des chemins qui n'en étaient pas. C'est une constante : Flavien aime bien suivre le chemin, mais il adore surtout le tracer.





La première fois, c'était au col du brévent, dans la caillasse qui faisait un peu paysage du jurassique, juste avant les échelles. Ca commençait à être méchamment vertical, le chemin. Flavien était devant et s'est mis à nous descendre un truc particulièrement flippant... Hélène et moi on s'est regardé en ricanant d'angoisse en voyant la chose à descendre. On s'est mit à chercher fébrilement des yeux un petit chemin parallèle qui serait envisageable... ah bah oui, on en a trouvé un. Il était même balisé de notre rando, ce chemin parallèle!

Mais revenons-en à notre chemin botanique. La descente a été longue et bien casse-gueule, c'est pour ça que j'en parle. On a vécu des descentes normales, rassurez-vous, mais on se souvient que des choses marquantes. Nous avons dégusté quelques mûres acides en glissant sur l'humus noir et riche de la forêt tout en apprenant que cette partie de la vallée est faite de marbre rose, qui a servi à faire je ne sais quelle fontaine à Thonon que nous nous promettons de trouver une fois arrivés. Au final... on a oublié de le faire. Finalement nous avons débouché sur une route de goudron bien plus rassurante mais un peu plus chiante, parce que pour le coup les panneaux étaient moins intéressants, et sans doute plus à visée pédagogique. Pu de cyclamen non plus.

Lorsque nous sommes arrivés en bas de la vallée, les 2/3 du groupe commençaient à ne plus vouloir même seulement envisager de remonter sur Reyvroz. Après marchandage, nous plantons la tente sur un bas côté de la route, nous cherchons de l'eau et jouons un peu aux cartes. Vient l'heure de la tambouille.

LE repas.

Il faut que vous réalisiez bien que Flavien me parle de ses talents de cuisinier depuis belle lurette.

"tu verras quand tu viendras à Paris, je te ferais un truc super bon à manger".

Ben... :-X

Si ça ressemble à ce qu'on a mangé ce soir là, on ira au resto *

La dernière fois que nous avons dû faire les courses, c'étaient Flavien et Hélène qui s'en étaient chargé. Flavien voulait apparemment faire de la semoule un soir, ce qu'Hélène déteste. Ils avaient donc acheté une boite de sauce tomate pour mélanger et donner un peu de goût (exactement ou presque le repas que Kmi, Jules et moi avions fait en angleterre, sur une colline de bruyère magnifique, dans le vent froid, assis au milieu des crottes de lapin...mais ceci est encore une autre histoire...)

Lorsque j'ai vu de plus près ce qu'était la semoule, j'ai commencé à douter des talents de Flavien. "Semoule" pour nous tous, c'est la semoule qu'on mange salée, avec du couscous par exemple... mais quand c'est marqué "semoule" sur un paquet, c'est la semoule à gateau. Sisi, souvenez vous : le dessert du self du lycée, à la texture si particulière... une sorte de bouillie où on sent quelques grains sur la langue. C'était fait avec du lait et du sucre...

Ben du coup, nous, c'était avec de l'eau, du sel et des tomates coupées (pas de la sauce tomate cuisinée ! des tomates coupées non assaisonnées). On a salé à bloc. Pour donner du gout. C'était le clou du spectacle : Hélène avait déprimé toute la journée parce qu'elle n'avait pas eu son fromage de pays quotidien (souvenez vous, on a pas trouvé de superette de toute la journée). Ben avec en prime un gateau de semoule aux tomates coupées... imaginez sa tête XD ! Heureusement, on a mangé des céréales au chocolat en dessert, pour redresser le niveau du repas !

Le dodo a été tranquille... comme toujours. Quand on est crevé, la nuit paraît toujours trop courte... le soir, c'était mon moment préféré : l'instant béni où on enlève ses chaussures qui meurtrissent le pied ...(et non, les ampoules ne me lâchaient pas. Nous sommes le 7 octobre, ça fait un mois ou presque que nous avons fait la rando, et bien j'ai encore le reste des ampoules qui ne cicatrisent pas...). C'est le moment où on se remplit le ventre d'un aliment chaud, c'était le seul avantage vite évanoui du gateau de semoule à la tomate... c'est le moment où on discute dans la tente... fin ça, ça dépend des soirées. Je me souviens de deux soirées dans la tente :

- la soirée où Flavien nous a chanté toutes les chansons de son répertoire (Hélène choisissait le chanteur, lui chantait les chansons les plus connues, moi je disais si je connaissais ou non). Et il chante rudement bien le bougre ... moi, j'ai pû constater que mon répertoire personnel était extrêmement maigre ... Les deux autres se retenaient de me foutre des claques quand je disais que je ne connaissais pas toutes les chansons de Balavoine ou de Ferrat... est-ce vraiment grave? C'était une soirée agréable, je me suis endormie avant la fin du CD je crois...

- la soirée où nous avons entamé un débat d'opinion politique. Love Hélène. Elle me ressemble beaucoup plus que ce que j'imaginais... nous avions exactement la même position! Nous ne sommes pas vraiment orientées à droite, mais de là à la fustiger dès qu'on en a l'occasion, non ! Que ce soit à droite ou à gauche, certaines idées sont bonnes à prendre, sans doute plus à gauche, mais à quoi sert donc de refuser en bloc toutes les initiatives de la droite, même si elles ne sont pas mauvaises? Je déteste cette propention de certains à s'enfermer dans un parti sans réussir à apprécier ce que font les autres. Depuis quand ce mode de pensée est-il source d'amélioration? Pourquoi ne pas rester objectif et savoir apprécier ce qui est bon là où il l'est vraiment? Flavien a dit "ah bah, c'est confortable comme position, c'est sûr" sur le ton du reproche. C'est confortable, oui et non... ce n'est pas confortable, car on s'entend dire après qu'on est des personnes manipulables et manipulées, qu'on est des girouettes qui nous tournons vers le vent le plus profitable. Il est sans doute plus confortable de s'endoctriner doucement dans un seul axe de pensée sans jamais chercher à se remettre en question. C'est en tout cas ce qu'on m'a toujours dit de fuir, l'endoctrinement. C'est le principe de la religion, du créationnisme, du rationnalisme, et de tout courant de pensée, de science, de politique qui refuse de s'améliorer au contact des autres. Ces constructions s'écroulent d'elles-même lorsqu'elles ne sont plus adaptées...Open your minds, my friends, it's -maybe- the best way !

* Meuh non, je plaisante Flavien, hein ! J'accepterais avec plaisir que tu essaies de me cuisiner quelque chose de bon ! Dans le pire des cas, c'est moi qui te le paierai ce resto ! =D

10/09/08 THONOOOOON

photo-311614-M.jpgBon, certes, on a passé la grosse majorité de la journée à marcher pour l'atteindre. Et la grosse majorité de la journée, c'était sous la pluie... La montée vers Reyvroz ("ce rêve rooooose") a été longue, au milieu de prés et de forêts... là, à ce stade, on a réalisé qu'on puait vraiment. Faut dire que 10 jours de marche, avec 3 pantalons et 5 T-Shirt, on pouvait pas espérer sentir la rose tous les jours.

D'ailleurs, en parlant d'odeurs, nous n'avons pas résisté à l'envie de passer voir les hommes et les femmes d'Urine. Un charmant petit village qui ne cesse de croître, rejoint par des gens qui ont sans doute le sens de l'humour. Nous avons fait quand même un crochet de 10 min ! Nous nous sommes pris en photos en train de faire semblant d'uriner sur le panneau d'Urine. Flavien était pas du tout d'accord... d'ailleurs sur la photo, on y croit moyen :-° il est juste debout à côté du panneau. Ma hantise était de voir qu'un habitant nous regardait faire...

Dans cette région, les villages se divisent en deux catégories : les bourgs aux noms avec plein de "x", "z" "y", (reyvroz, forclaz, la vernaz...) et ceux avec des noms tendancieux... Nous avons trouvé sur la carte IGN des villages comme "Seytroux" ou "Mouilles", "Sous-le-seix", "Sur-le-seix", "Urine" dans un périmètre de 20km... nous n'avons malheureusement pas pû tous les visiter, mais c'est pas l'envie qui manquait ! Quoi, "gamins"? Oui, nous sommes des gamins, et bien nous assumons !!!

"Mamma mia, here i go again...! My mind, how can i resist you !" oups. Désolée, j'avais envie de chanter ! J'y reviendrais !

Nous repassons juste avant de manger dans une petite forêt. Dans les forêts, c'est dur parfois de trouver le chemin balisé... rebelote avec Flavien. Embranchement de deux sentiers. Un horizontal, un qui descend. L'horizontal n'a pas de balisage, le vertical non plus... donc finalement on suit Flavien sur le sentier vertical. Ne me demandez pas pourquoi on écoute toujours Flavien.

Donc Hélène s'est mise à grogner à cause de la descente. Même Flavien et moi, sans patte folle, nous avions du mal à faire le chemin, qui n'existait pas en réalité, vous l'avez deviné. Lorsqu'enfin nous sommes arrivés sur un semblant de sentier plat... nous avons réalisé que nous étions en réalité arrivés dans une cuvette. Il fallait remonter une pente encore plus ardue, sur roooo ... allez... 3/4m de hauteur? C'était quasiment un mur de boue, que surmontait le chemin que nous étions censés avoir pris.

Flavien grimpe sans problème (ou presque). Moi... j'avais des problèmes =D Il me tend un bout de bois pourri... je rigole un peu de la maigre aide que cela pourrait m'apporter (j'étais en équilibre sur une racine, un arbrisseau dans chaque main), mais comme il insistait en me disant qu'il voulait vraiment m'aider et que le bois était solide, je me suis dit : "ah! Bah, je vais pas le contrarier, pour une fois qu'il est gentil..."

"A la une, à la deux..."

Crac, à la trois, le baton pourri nous reste dans les mains à tous les deux, je perds l'équilibre et fais un virevolté en arrière en rotation sur le côté droit,en parvenant à me rattraper à mon arbre d'origine tout en perdant ma racine de soutien, je dérape, je dérape, je finis à quatre pattes dans la boue, les jambes dans les ronces...à glisser...

Bien évidemment, Flavien : plié en deux de rire, Hélène : dans le même état.

Moi j'ai eu une poussée d'adrénaline à 100UI. Et j'ai décidé que c'était la dernière fois que j'acceptais de me servir d'un baton. Dernière fois que je faisais confiance à Flavien. Dernière fois que je le suivais dans ses plans pourris !

:-°

La faim au ventre, plus rien à manger dans le sac, nous arrivons à une petite bourgade de la "banlieue" de thonon où nous savions pouvoir trouver une supérette.

Pas de bol, il est 13h05, la supérette ferme à 13h. Pas de fromage. Hélène ne se plaint même plus. Elle déprime.

photo-322478-M.jpgMais Hélène a une chance de cocue : le vendeur sort et accepte par pure charité qu'on fasse rapidement nos courses. Hop... FROMAGE ! On le déguste à même le palier du magasin avant de repartir sur les routes.

J'arrive enfin à arroser Flavien lors d'un remplissage de gourdes à une des nombreux abreuvoirs traditionnels de là-bas. Oui, ils ont tous leur petit abreuvoir personnel...

L'eau glougloute d'un côté, et s'écoule de l'autre. Elle est sans cesse renouvellée, donc potable. Théoriquement. Nous n'avons jamais été malades, mais alors des fois... on se posait quand même la question.

L'après midi nous a semblé loooongue... nous sommes rapidement arrivés dans la forêt qui jouxte Thonon, mais elle est assez grande. En son centre : un parcours du combattant, que nous nous amusons à faire épuisés et avec (ou sans?) les sacs à dos. J'avoue tout de suite qu'aucun de nous trois n'a été capable de faire de traction avec son sac à dos. Mauviettes !

Là, il était 17h, je m'en souviens. Nous sommes arrivés sur un petit promontoir qui dominait la ville de Thonon, et on était contents d'etre arrivés; la journée du lendemain devait être du shopping et du farniente. Comme nous aimons ça tous les trois... l'ambiance était guillerette.

Bon le problème c'est qu'il a encore fallu marcher une heure avant de trouver l'office du tourisme. Que c'était long !!! Nous qui pensions être arrivés, nous en étions loin. Les dames à l'office du tourisme de Thonon était charmantes. Vraiment. Elles ont bien voulu être patientes et nous expliquer comment / où / quand nous pourrions aller au camping le moins cher/ le plus proche de Thonon avec quel bus qui part à telle heure et à tel prix. En prime... elles ont accepté de garder nos sacs le lendemain pour nous éviter de nous les trimballer... ok, ok, Thonon c'est pas Limoges, mais faire du shopping avec 15kg supplémentaires dans le dos... c'eut été dangereux.

Nous avons encore quelques minutes pour nous dire que nous n'avons pas envie ni de quoi nous faire à manger le soir. On commandera des pizzas dans le pti bouiboui à pizza dont nous gardons le numéro, qui est à côté de l'office du tourisme.

Nous choppons notre bus au vol, Flavien arnaque la société en ne compostant pas son ticket de bus. Il servira le lendemain. Hélène et moi lui faisons un sermon, mais il s'en fout pas mal :-° Grand bien lui fasse.

Le camping... ah, je rigole d'avance de la soirée que nous avons passé. Dans le style beauf, c'était pas mal non plus. J'arrive pas à savoir si c'était plus beauf que le camping de Montriond... c'était différent voilà tout. Là, pas de salle commune d'un autre siècle, mais caravanes aux jardinets proprets dont émergent quelques flamands roses en plastique de bon goût. L'auvent représente des planches de pin, la table de camping est en bois massif, l'arche du chemin gravilloné est couverte de rosiers. Oui. Nous parlons bien d'un emplacement de camping municipal... aménagé.

Nous, notre emplacement semblait bien fade, avec son herbe toute conne. Enfin "herbe". On avait plutôt de la terre avec quelques graines de gazon en train de germer ("ne marchez pas dessus!"). On a pû profiter d'1/3 de notre terrain... juste de quoi planter la tente et nous asseoir dehors. Ca suffit, remarquez.

Nous avons commandé les pizzas, livrées gratuitement avec une bouteille de coca en bonus. Notez de suite que le voisin du vendeur de pizza, à Thonon, nous avait méchamment déconseillé de manger de leurs préparations. Mais la flemme a vaincu les ragots.

Ca ne nous a pas empêché de ricaner jaune quand on les a goûtées, ces pizzas...

Moi : "C'est... bizarre..."

Hélène : "Quoi?"

Moi : "Ma sauce tomate a un goût de bière"

Flavien : "Tu dis ça parce que le voisin de la pizzeria nous a raconté des trucs..."

Moi : "Ouais... têt bien... " - reprend un bout de pizza - "N'empêche que ça a un goût de bière"

Flavien goute sa propre pizza (à la sauce tomate aussi)

Flavien : "Tin c'est vrai, elle a un goût de bière ! "

Hélène : " Je suis en train de m'imaginer comment ils ont fait pour que votre sauce tomate ait un gout de bière...Mais arrêtez, n'en mangez pas ! On a qu'à manger de la mienne tous les trois, elle est à la crême fraiche."

Moi : "Si ma sauce tomate a un goût de bière, j'ose même pas imaginer le goût de ta crême fraiche !"

Flavien : "Moi j'ai des oeufs en plus..."

Moi : "Risqué."

Hélène : "On a qu'à boire du coca, ça facilitera la digestion."

Moi : "Il est pas avarié le coca? Pour qu'ils nous le filent gratis, c'est louche..."

Flavien : "Du moment que la bouteille n'était pas ouverte... elle n'était pas ouverte hein?"

Hélène : "Je sais plus"

Moi : "Vous imaginez? On nous retrouve morts tous les trois dans la tente d'ici quelques jours, quand nos parents se seront inquiétés suffisament pour lancer des recherches. Ou pire : demain matin, puisqu'elle est la seule à ne pas avoir mangé de sauce tomate à la bière, il n'y a qu'Hélène qui se réveille vivante..." (elle était au milieu de Flavien et moi dans la tente)

Hélène : "On va laisser le PQ près de toi cette nuit, Marion, comme ça si il y a urgence chiasse pas besoin de chercher à la lampe torche..."

Moi : "Ou alors on garde chacun notre petit rouleau personnel avec nous !"

Hélène " En tout cas, j'ai vraiment pu faim..."

Flavien : "Attends, on les a payées ces pizzas, on va les finir ! "

Hélène : "C'est ça, pour être malade à crever pour le dernier jour de la rando? Moi je laisse tomber, je vais boire du coca. Pis on a en plus de la tartelette aux abricots à manger..."

Moi : "Tartelette aux abricots que vous avez eu en promo parce que date de péremption limite."

Flavien : "C'était moins cher ! "

Moi : "C'était presque périmé ! "

Flavien : "Bon je vais la finir ta pizza, Hélène"

Hélène : "Bah, laisse tomber la tienne, et mange la mienne si tu veux."

Flavien : "Mais non, je vais manger la mienne aussi".

...

 

Bon rassurez vous, Flavien n'a pas non plus fini sa pizza.

Après ce repas copieux, nous avons décidé d'aller voir le lac Léman. Merde, on avait pas fait toute cette route pour passer à côté ! Bon, certes, ce serait dans le noir à la lueur de la lampe torche, mais on l'aura vu !

Nous nous sommes assis sur le chemin de promenade sous les étoiles à discuter de notre rando et à regarder les lueurs des villes de Nyon et Rolle (ou était-ce Lausanne?) de notre proche voisine la Suisse. Nous avions atteint notre but, envers et contre tout, la rando était finie ! Nous baigniions dans une douce torpeur de contentement (ce qui n'empêchait pas Flavien de tressaillir quand on entendait le bruit d'un animal se désalterant dans le noir).

Finalement, peu sûrs de se réveiller en bonne santé le lendemain (voire même vivants), nous sommes allés rejoindre nos pénates pour notre ultime nuit en tente.

Excellente nuit ; Flavien et Hélène avaient trouvé amusant de chercher à rentabiliser le port du "Moustifluid" et du déo de Flavien en en barbouillant sur mon duvet, précisément à l'endroit où je posais ma tête. Ils ont beaucoup rigolé à mes dépends, puisqu'il était impossible de s'endormir avec cette odeur écoeurante et très très -très- forte. Eux-même ont avoué avoir failli mourir asphyxiés dans la tente lorsqu'ils ont préparé leur petite blague...

J'ai dormi la tête en dehors de la tente. Ils voulaient vraiment ma mort ou quoi?

11/09/2008 SHOPPING, MAMMA MIA, FONDUE

photo-326843-M.jpg Ah, paradis de civilisation ! Nous nous étions préparé une journée chère mais pleine de rebondissements

... Bon, tout d'abord nous avons quitté le camping et sommes repartis vers Thonon.

Flavien a cherché à réutiliser son ticket de bus de la veille, mais s'est fait chopper. Ah ah, j'en rigole encore!

Le matin, nous avons fait le marché en remplissant nos sacs de produits de là bas à ramener pour nos chères familles qui ne verraient la Savoie que dans leurs assiettes : saucissons et fromages (reblochon!). Pour ma part, j'ai trouvé que la myrtille avait été le plus représentative de notre rando en Savoie (il y en avait partout en montagne !)... donc j'ai pris un saucisson aux myrtilles qui s'avérera un peu fadasse...

Le midi, dernier pic nic au fromage (Beaufort !) sous la pluie et sous une sorte d'abri en plastique aux côtés de lycéens en mal d'occupation. Ah ça, ça nous a rappelé brièvement que les vacances étaient bel et bien finies, et depuis quelques temps pour ces chères petites têtes blondes...

Nous avons ensuite passé l'après midi à errer dans les rues de Thonon, à faire les magasins de souvenirs sans aucun complexe. Flavien a racheté des cartes postales pendant qu'Hélène achetait son propre topoguide de la rando que nous venions de faire, à titre de souvenir. C'est vrai que pour s'en rappeler, c'était le mieux... ces bouquins sont vraiment bien faits. Moi j'ai acheté un parapluie, comme souvenir.photo-326863-M.jpg

Le soir, nous avons été manger une fondue, LA fondue savoyarde qu'Hélène réclamait depuis Morzine... et bien figurez vous qu'elle ne l'a pas aimée ! Trop de vin blanc paraît-il... pas assez le goût de fromage. Moi j'adore ça, la fondue, alors comprenez bien que j'étais particulièrement heureuse qu'elle pioche allègrement dans l'assiette de Flavien qui avait pris du Berthoud.

Le Berthoud, c'est une spécialité à mi-chemin entre la raclette et la fondue, sans vin blanc mais avec de la Madère! Et le fromage, c'est du fromage d'Abondance, une petite ville pas très loin. Le fromage est servi dans un petit ramequin, après avoir été passé au four, et on trempe la charcuterie et les pommes de terre dedans.

Excusez l'image, elle ne met pas en valeur le plat qui est pourtant très appétissant!

En dessert, gateau au chocolat avec une boule de glace au Génépi (vous ne connaissez pas? Nous non plus... on pense que c'est une plante de montagne).

Et ensuite... on a été voir Mamma Mia. Juste avant que le film ne commence, j'expliquais à Hélène que je n'étais pas sûre que ce soit une comédie musicale... hop, nous voilà dans le noir et le film commence... sur une chanson. Nous explosons de rire. Si ce n'est pas une comédie musicale, ça y ressemble beaucoup ! Pendant tout le film, nous n'avons cessé de rire toutes les deux, parfois accompagnées de Flavien (sisi ! on t'a entendu !).

J'ai peu d'attirance pour les comédies musicales en temps normal -sauf pour Grease- mais là, je n'avais jamais autant rigolé au cinéma. Comédie à prendre au second degré, je pense... depuis j'écoute la BO qui est faite de chansons reprises d'Abba , et ce très souvent. Ca restera le meilleur moyen pour moi de me rappeler les moments cultes de la rando.

Et figurez vous que depuis, Max écoute aussi les chansons d'Abba ! (pas les reprises, il a du mérite quand même). C'est que j'ai bon goût non?

Quant à Flavien, il avait beau dire en sortant qu'il n'avait pas beaucoup aimé, il s'est quand même bien marré ! Na !

Ensuite, nous avions prévu d'aller dans un bar de nuit, contre ma volonté. Mais l'avantage (ou l'inconvénient ?) d'être à 3, c'est qu'il n'y a jamais égalité démocratique... donc nous avons été dans ce bar de nuit à 2 contre 1. Le prix des consommations était doublé, et il n'y avait personne. Pour parfaire le tableau, l'orage s'est mis en place rapidement, donc on a dû décamper sous des torrents de flotte. Je l'avais bien dit qu'il aurait mieux valu ne pas y aller !

Ensuite... nous nous sommes réfugiés sur les quais de la gare de Thonon, comme trois petits sdf. Flavien n'a pas eu honte, et s'est carrément allongé par terre... avec Hélène, nous nous sommes contentées de discuter jusqu'à l'arrivée du train, à 5h du matin.

Dès lors, nous n'avons cessé de changer de train, en passant par Paris pour finalement arriver à Redon le lendemain, sur le plancher des vaches prim'holstein.


Finies les vacances. Nous étions vendredi, nous reprenions tous les trois le lundi 15 Septembre 2008 dans nos écoles et facultés respectives aux trois coins de la France : Hélène à Vannes, Flavien à Paris, moi à Rennes.

Certains d'entre vous se demandent quel est l'intérêt de faire une telle rando, avec toutes les galères et inconvénients que nous avons enduré... en effet, pourquoi ne puis-je vous relater au jour le jour les points positifs comme je le fais des points négatifs? Je n'ai pas vraiment tenté de vous motiver à faire de la rando, ni de vous en dégoûter par avance. Je vous ai juste raconté ce dont je me souvenais, car ce texte a valeur de réserve à souvenirs, même si on ne peut jamais être exhaustif ou même objectif.

Même si j'ai du mal à vous dire pourquoi ces 10 jours de randonnée ont sans doute été mes meilleures vacances, je peux au moins vous expliquer que ce n'est que dans ce genre de plans qu'on peut véritablement connaître ses amis; et c'est peut-être le point positif majeur de cette randonnée. On peut connaître des gens en discutant avec eux sur msn, ou même en les fréquentant plusieurs années fréquemment ou occasionellement. On peut savoir d'eux qu'ils aiment les peluches avec des petits grains dedans ou leurs fantasmes les plus fous (!) mais ce n'est que dans les situations de fatigue quotidienne, de difficultés, d'énervement, et tout simplement en étant avec eux 24h/24 7j/7 qu'on réalise leurs qualités et leurs défauts véritables, les caractères qu'on ne peut cacher ou mimer tout le temps. J'ai été heureuse de découvrir que mes amis étaient dignes de leur statut, que j'avais de la chance de les connaître. Plus nombrilistement, je suis heureuse de me savoir supportable même dans les situations les plus difficiles. Si ça se trouve, je serais capable de ne pas casser la gueule à Bush si je me trouvais devant lui...?

A titre plus personnel, le fait d'avoir douté quotidiennement de mes capacités, et d'avoir découvert que j'étais capable de bien plus que ce que j'imaginais m'a sans doute permis de vivre cette randonnée avec satisfaction. Non, je n'étais pas la "meilleure" et je n'aurais sans doute pas tenu toute la randonnée que nous avions prévu au début; mais je sais ce dont je suis capable. Ce n'est peut-être pas un critère de bonheur pour tous, mais pour moi c'en est un.

 

Cet article a été exceptionnellement long. Il tient plus du roman que de l'article de blog, je m'en excuse... surtout que c'est drôle à lire quand on a vécu les faits, pas trop quand on est lecteur anonyme. Pour remédier à ce problème vous n'avez qu'à vous joindre à nous pour une rando l'année prochaine dans le pays Basque !

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 20:12

http://www.themarysue.com/wp-content/uploads/2011/09/walking-dead-vatos-zombie.jpg

Car oui, je commence à flipper grave, la fin du monde est prévue pour le 21/12/12 et j'ai encore rien préparé! Et dans "préparé" j'entends les réserves de nourritures, d'armes, de blindages d'appart et d'antibiotiques et autres désinfectants! Je cherche donc à constituer ou rejoindre un groupe pour m'assurer une survie la plus longue possible. Voici mon profil.

 

ELLIS LYNEN

âge : 24 ans au D-Day

sexe : femme (pratique pour la procréation et assurer éventuellement la survie de l'espèce)

profession : sage-femme (pratique pour encore une fois assurer la survie de l'espèce en m'accouchant moi-même ou en accouchant les autres femelles - car oui, nous en serons réduit à ce genre de considérations.), petites compétences en infirmerie et bobologie, sait faire des intraveineuses et préparer des médicaments. N'est pas dégoutée par les trucs gores, est habituée.

experience en zombie: malgré de nombreuses demandes de stage, pas d'expérience de confrontation directe. En revanche, a regardé les 3 saisons de The Walking Dead, a vu 3 fois le film Bienvenu à Zombieland et fait tous ses cauchemars actuels sur des zombies dans un immeuble où elle est coincée dans un ascenseur qui forcément s'arrête à tous les étages et réussit à ne JAMAIS SE FAIRE MANGER.

pourquoi me prendre moi dans votre groupe et pas quelqu'un d'autre : tout d'abord, parce que je suis maligne et pragmatique. Bien entendu je tiendrai le poste de leader; je suis parfaitement capable de sacrifier le plus faible pour sauver le groupe, avec moi vous êtes sûrs de survivre - à condition de ne pas être le plus faible, vous avez bien compris l'idée. Je suis plutôt douée à la carabine à plomb et au tir à l'arc. Je me suis entrainée au paintball.

mes aptitudes physiques certificat d'aptitude à la lutte contre les zombies en poche. (à sa place dans les certifalacon) Je ne suis pas une grande sportive mais je sais courir, marcher, nager et c'est bien plus que la majorité des autres survivants.

mes défauts : j'ai les défauts de mes qualités (merci les entretiens d'embauche.)

 

En vrai en ce moment je mange, pense, dort ZOMBIE. Je ne sais pas pourquoi ni d'où ça vient cette passion, ce cauchemar. Il n'y a que moi à m'inquiéter sérieusement sur les zombies? Personne ne flippe?

Donc concrêtement, pour ceux qui sont intéressés, je propose déjà un bon mois de remise en forme physique; sport bi à tri-hebdomadaire, on apprend à faire du feu sans briquet, à nager dans un eau à 3°C, à porter des sacs de 15 kg. Note personnelle : profiter d'avoir le temps pour apprendre à démarrer un moteur diesel à la main.

Faire des réserves de nourriture à longue conservation, on ne prend RIEN en dessous de décembre 2018. On s'autorise un peu de crème Mont Blanc pour les Noel.

Concernant la base fortifiée, je propose que quitte à ce que ce soit la fin du monde, on se fasse pas chier avec le temps pourri de cette région. Direction la ville de Bayonne, bon rapport qualité de vie/habitants-zombies. Présence d'un hôpital sur place pour se pourvoir en soins d'urgence, et excellente position stratégique du fait des ponts qui séparent la ville en deux. Enfin, avantage hyper important, existence d'Espelette à proximité, car je vous le révèle ici (ils ne l'ont pas encore dit dans la série TWD, mais les zombies guérissent si on leur fourre du piment d'Espelette dans le gosier. Mais chut, c'est encore un secret d'état, moi je le sais parce que faisant partie des professions de santé on passe prioritaire sur les traitements aux épidémies telles que celle-ci).

 

De mon côté, je me charge de trouver un couple de lapinous, de poule/coq et de petites chèvres pour assurer pitance au long terme. Si quelqu'un va sur Bayonne bientôt, qu'il se charge de trouver l'appart idéal stratégiquement, mais qu'il garde l'adresse secrète. On sait jamais qui pourrait trainer ici.

 

 

 

Halloween approche et Dieu Merci, a priori on ne le fêtera pas, on aura suffisament à faire en décembre.

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 20:24

P1070949   P1070946         

 

Aujourd'hui, en mode malade-rhume-mal à la tête, j'ai décidé de cuisiner des paupiettes. Oui, ça peut sembler bizarre, mais j'adore les paupiettes et ça fait partie du registre des plats on ne peut plus français que j'aimerai savoir bien cuisiner. Rien qu'au nom "paupiette" on imagine la grand mère, dans sa ferme du fond terroir normand, qui cuisine pour ses petits enfants. Elle a fait revenir les oignons, l'ail, la tomate. Il y a quelques carottes dans le fond de sauce de viande. Bon, ok, c'est franchement inspiré de mon enfance.

La différence avec ma grand-mère, c'est qu'elle ne met certainement pas de HEINEKEN (CUL SEC OUAIIIIIIIIIIIS * burp*) dans sa sauce à paupiette. Ca, c'est de moi ** petit air fier **. Ma grand mère ne cuisine jamais avec ce qui traine dans sa maison. Elle a tout acheté en prévision de cuisiner les paupiettes à sa petite fille. C'est le fossé qui nous sépare : moi je cuisine que pour moi (allez savoir pourquoi on mange jamais des trucs cuisinés quand je vous invite, j'crois que ça vous botte pas de manger des paupiettes, on se contente des batonnets de carotte trempés dans le st moret, avec du saucisson), et je cuisine avec ce qui traine; pour le coup je n'avais pas de vin blanc, mais énormément de bière. Ca traine depuis ma pendaison de crémaillère d'aout; les bonnes bières sont parties depuis belle lurette, ne me restent que les kro et les heineken, qui sont difficiles à avaler sobre et seule.

Mais j'ai trouvé la solution. Je vais cuisiner avec.

Car oui, la cuisine à la bière, ça existe. La carbonade, par exemple (prochaine chose que je tente!), un plat délicieux de mon père. Bon, on est sensé mettre de la bonne bière belge. La Heineken suffira.

 

Sur ce, à table !

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 16:55

http://juicy.tuxboard.com/wp-content/uploads/2012/07/HM-fall-winter-campaign-2012.jpg

 --> Je sais qu'on a du mal à me reconnaître, j'ai beaucoup changé en 2 semaines.

D'habitude, je hais les magasins de vetements. Surtout les petites boutiques, où on vous assaille à peine le pied posé sur la moquette grise par un "On peut vous aider?" d'une voix stridente et ultra féminine qui vous fait d'emblée douter du bien fondé de votre après midi shopping. Shopping, soit dit en passant, qui ne rime pas avec "plaisir" mais avec "quelque chose, votre mère, votre garde robe vide depuis que le dernier jean s'est déchiré, ou une occasion particulière comme un diplôme d'état ou un repas de gala vous ont forcé la main". A cette question, il convient donc d'ordinaire de répondre d'un ton affable et poli "non merci, je regarde juste" même si au fond de vous même NON, VOUS NE REGARDEZ JUSTE PAS puisque vous êtes venus précisément dans l'intention de trouver votre jean en temps record pour se barrer le plus vite possible.

Dans l'idéal, le scénario se passe ainsi : vous trouvez des jeans à un prix abordable, vous en prenez 4 parce que le magasin vous limite à 4 articles en cabine, pour permettre à la vendeuse de vous proposer aimablement son aide. Elle ira vous chercher 6 autres jeans bien plus chers mais qui vous éviteront de vous rhabiller et de retourner dans les rayonnage prendre le jean en taille 46 au lieu du 44 qui taille petit.

Car oui, je fais du 44 en pantalon. Ce fut longtemps une de mes petites hontes mensuelles, quand le malheureux hasard faisait que l'après midi shopping se transformait en transhumance de troupeau de filles qui broutent les rayons. Généralement, il y avait ce genre de petites phrases anodines : "Oh là là... le 34 taille grand." Là, vous vérifiez rapidement la taille de votre jean que vous aviez hésité à prendre, du 44, donc, et vous réalisez qu'il existe 5 tailles de différence entre votre amie et vous. Et que sans doute que le 44 taillera, lui, petit. Vous reposez votre jean, prétextez n'avoir rien trouvé, et achetez plutôt des kleenex pour pleurer dans votre lit le soir de vos grosses fesses et de vos grosses cuisses.

Maintenant je me dis juste que je suis grande.

Tant que cela reste du basique, comme un jean ou un haut, il est tout à fait envisageable de se passer de vendeuse. Je suis prête à me rhabiller et me déshabiller 3 fois pour essayer des choses sans l'aide de personne pour me matter avec mes grosses fesses, mes grosses cuisses, mes gros seins, mon ventre, mes bras et mon nez.

En revanche, lorsqu'il est de bon ton d'avoir du goût pour l'occasion qui vous a fait aller faire les magasins - tel que ce fut le cas aujourd'hui - il a fallu que je prenne sur moi. Il allait falloir que je demande de l'aide à la vendeuse.

Tadam. Et je l'ai fait.

Il n'y avait personne dans le magasin à mon arrivée, et j'ai bénéficé du savoir faire bien réel de ces vendeuses qui ont le savoir des associations de couleur, de forme, et tant pis pour les sous, la paye vient de tomber. Et après avoir essayé 10 robes, avoir constaté par moi même qu'elles m'allaient bien, confirmé par les vendeuses (qui pourtant n'espéraient pas une seconde m'en vendre 10), j'ai constaté que ça me remontait le moral plus qu'autre chose. Oui, je suis grande, c'est également une galère que les petites femmes ne réalisent pas. Les robes qui arrivent généralement au genou me remontent mi-cuisse (et quelles cuisses !). Les robes courtes me font des tee-shirt. Mais les vendeuses m'ont fait découvrir LE truc que je ne connaissais pas pour arranger ce défaut : le jupon. Le jupon qui permet de rallonger la robe de 10 cm avec une épaisseur supplémentaire. Et tout de suite, en quoi, 2 minutes? Elles ont trouvé la solution à un de mes problèmes vieux de 10 années. Elles m'ont même parlé de me prendre en photo tellement les robes m'allaient bien, peut-être que contrairement à zara et d'autres magasins qui ne taillent pas au dessus du 40, et bien ce magasin avait une ligne pour les femmes qui ont un peu de formes. Le hasard m'a donc bien conduit.

Forte de ma robe et de mon jupon, le moral en hausse sur l'estime que j'ai de moi (et moins riche d'une centaine d'euros), j'ai enchainé avec H&M pour simplement chercher un boléro.

Et là... une super robe grise. Et pourtant, H&M, c'est un peu comme l'antre du mauvais goût selon mes goûts. Des couleurs criardes, des matières pauvres, des coupes passablement douteuses, et ne parlons pas du fait qu'il est difficile pour moi de trouver ma taille, j'avais l'habitude d'éviter ce magasin sauf pour les accessoires. Cette robe simple, qui m'a fait de l'oeil, détonnait avec le reste du magasin. Que faisait-elle là? Quelqun l'avait-il déposée par erreur sur un cintre? Non, je vérifie, il en existe bien plusieurs modèles. Déjà amoureuse, mais comme toujours en amour, suspicieuse et peu confiante sur le fait qu'elle m'aille, je l'essaye en cabine. Et bien elle m'allait parfaitement. Elle taillait juste, elle avait une forme, une couleur et une texture parfaite. Je n'en reviens toujours pas. H&M a décidé de tailler pour les grandes et les fortes? Je cherche un détail de malfaçon, un fil qui dépasserait, mais rien.

Je suis repartie avec ma trouvaille, des étoiles dans les yeux.

Je suis devenue l'égérie de H&M.

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 23:31

 

http://assas.files.wordpress.com/2007/10/td-a-tournuit-56.jpg?w=655

**ting**

Au hasard de ses battements d'ailes erratiques, un moucheron volant vient de se cogner à un de ces brûlants miroirs lumineux qui éclairent le ciel de la rue.

«  Oh là jeune homme, doucement! le hèle un autre moucheron qui tourne inlassablement dans la douce chaleur qui environne le lampadaire, tu vas te faire mal, calme toi.»

Un peu sonné, le jeune moucheron met quelques temps à réaliser d'où vient la voix, puis repère le vieux moucheron qui fait des symboles bien dessinés dans l'air un peu plus loin. Soulagé de trouver quelqu'un, il s'approche.

« Bonjour, je suis un peu perdu... vous pourriez m'aider?

-Perdu? Que cherches-tu?

-Et bien... à vrai dire je ne sais pas trop.

-Si tu ne sais pas quoi chercher, tu n'es pas perdu. Quel est ton problème? »

Le jeune moucheron décide de se mettre à danser avec le vieux moucheron, car le vol stationnaire le fatigue.

« Tu me perturbes encore plus l'ancien, mais tu as raison, ce n'est pas que je suis perdu, c'est juste que je suis là depuis quelques heures et ma foi, je ne sais pas pourquoi. Ni ce qu'on attend de moi.

-Tu penses que tu as un objectif?

-Et bien... je ne vois pas pourquoi je serais là sinon. Peut-être que je dois aller de lampadaire en lampadaire jusqu'en haut de la rue?

-Ah, l'aventure... »

Alors qu'ils parlent, d'autres moucherons accourent, se mettent à danser avec eux dans la lumière dorée du lampadaire. De loin, on dirait mille cendres incandescentes se balançant au gré du vent, mais qui jamais ne s'éloignent ni ne s'éteignent.

Le vieux moucheron reprend:

« Avant de partir, regarde en bas, là, que vois-tu? »

Le jeune moucheron jeta un regard vers le lointain. Là bas, à plusieurs mètres au moins, il vit une jeune femme assise sur sa terrasse qui tapotait sur le clavier de son ordinateur et qui de temps en temps leur retournait un regard. Elle avait des lunettes, et le visage étonnamment rouge, comme si elle avait prit un coup de soleil. Elle n'était pas très jolie, son visage n'était pas très harmonieux, et elle semblait presque mélancolique quand elle les regardait voler.

«  C'est une femme.

-Pourquoi est-elle là à ton avis?

-Pour écrire? Elle a l'air d'avoir de l'inspiration, tenta le jeune moucheron d'un ton hésitant.

-A vrai dire, je la regarde depuis tout à l'heure, et je ne comprends pas vraiment ce qu'elle fait, fit le vieux moucheron. Figure toi qu'elle écrit sur nous autres, les habitants de ce lampadaire. Sur toi aussi. Et sur moi. Je me demande bien ce qu'elle nous trouve d'intéressant, après tout nous ne sommes que des moucherons. Peut-être qu'elle, elle sait pourquoi nous sommes là, et si elle écrit sur nous c'est peut-être ici que nous devons être, ne penses-tu pas? »

Le jeune moucheron ralentit sa danse, pensif.

« Donc je suis ici pour elle. C'est beau. Tu crois qu'elle se rend compte de cette partie de ma vie que je lui offre?

-Je ne pense pas...

-Si je suis ton raisonnement, elle est là pour moi aussi. Elle m'offre sa vie. Sinon elle serait ailleurs.

-Exact.

-C'est beau. J'en suis touché. »

Ils la regardèrent écrire encore quelques minutes.

« C'est une écrivaine à ton avis? Chuchota le moucheron pour ne pas la déranger.

-Non non elle écrit pour son blog.

-Je me demande aussi pourquoi elle fait ça. Tu crois que nous, moucherons, intéressons les autres?

-Il faut croire, sinon elle ne serait pas là. Ou alors peut-être qu'elle écrit pour elle, pour son bonheur personnel.

-Peut-être qu'elle imagine aussi que l'écrire sur son blog lui permet de partager son bonheur à d'autres?

-Ce serait bien prétentieux. Gentil, mais prétentieux. Ce n'est pas facile de partager le bonheur, et puis, il vaut mieux le garder tout pour soi de peur qu'on ne le vole.

-Je ne sais pas. Moi je trouve que c'est un bel objectif. C'est d'ailleurs pour ça que je ne suis pas allé au prochain lampadaire, ajouta le jeune moucheron qui n'était plus si jeune. Si son bonheur tient à écrire sur moi, alors je reste. »

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 12:46

http://recherche.univ-montp3.fr/crises/images/stories/villa%20d%27Aspiran.JPG

Le plus doucement possible, je transpose mon poids d’une jambe sur l’autre en réassurant ma prise sur la truelle, puis recommence à gratter la terre autour de la tuile surcuite qui me nargue, à demi-enfouie. Lorsqu’on fouille, on déconnecte son cerveau, puisque le corps n’est plus qu’une somme de douleurs : le manche de la truelle qui s’enfonce dans votre paume, les ampoules entre vos doigts, la position accroupie qui vous lime les genoux, le soleil qui vous brûle le dos, la soif qui vous parchemine la bouche… donc on ne réfléchit pas, on ne fait qu’agir. L’obsession est de retirer cette putain de motte de terre sans faire un trop gros trou et sans faire voler la tuile avec, sans quoi on replacera la tuile dans son trou en regardant alentour pour vérifier que personne n’a rien vu. Limite on recolmatera avec un peu de terre, discrètement.
Non, à vrai dire il me vient le souvenir d’une deuxième obsession : la temporalité. Une journée de fouille est rythmée par la volonté irrépressible de regarder l’heure, pour plusieurs raisons :
1/ l’envie mortelle qu’il soit 13h55 - et non pas 07h05 comme il s’avère être le cas –
2/ la faim qui te fait te demander quand est-ce que la pause et son sandwich paté/fromage national vont finir par arriver.
3/ les objectifs irréalisables des chefs de secteur : « ce serait bien que dans 1h tu aie fini de balayer le chantier, soit une surface équivalente à dix terrains de foot. – euh… blague ? – non. – sans dec ? – ouais. – ah merde alors. »

Alors que j’étais en train de penser que le petit vent est vachement agréable, je redresse la tête pour voir où en sont les autres et là, drame quotidien, mon regard s’accroche à mes deux seaux remplis aux 80%. Gros dilemme ! Soit la flemme de les porter va me faire continuer à trueller et les remplir à 99%, ce qui provoquera immanquablement l’amputation de mes 5 doigts pour les porter jusqu’au tas de terre de l’autre côté des dix terrains de foot, soit je me motive pour porter 80% plus souvent que si je remplissais à 100%. Il n’y a aucune bonne solution. Je décide d’emmener 95%.
En allant au tas de terre, en soufflant comme un bœuf, je regarde les autres âmes en peine qui flottent au dessus de leurs trous, silencieuses et douloureuses. Au loin je reconnais la pierre de Sisyphe qui est parti vomir à cause de sa cuite d’hier, Tityos, Tantale et Ixion. Je leur fait un rapide salut de la tête qu’ils ne remarquent pas. Perséphone avec ses éternelles paires de lunettes de soleil est assise sur une berme, en train de discuter avec Hadès sur les post-fouilles de l’après midi. J’espère tout de même qu’on aura pas. Qu’on puisse aller se baigner avec Prométhée dans le Styx comme la semaine dernière… fin seulement si Charon veut bien nous emmener.
De l’autre côté de la route j’aperçois à peine le deuxième secteur du Tartare et ses pauvres âmes à la recherche de fibules et de clochettes qui n’existent peut-être pas. Alors que je reprends ma place, Minos, Eaque et Rhadamante vont chercher des bidons d’eau aux champs élysées pour humidifier la terre et qu’elle soit moins sèche sous la truelle.

En grinçant, mes genoux acceptent de replier pour me remettre accroupie. Je reprends la truelle et attaque le bloc de basalte qui coince la tuile surcuite sous son poids. Il est 07h10.

En vrai, c'était tellement bien ! Des gens juste parfaits, rigolos, et en archéo, ce qui en soit consiste en une qualité pour moi... un temps merveilleux, des paysages féérique, des accents qui rayonnent de soleil, d'autres qui font marrer -n'est ce pas Gege. Je suis très heureuse d'avoir apprit toutes ces choses inutiles pour une sage-femme tel que faire une coupe de four à sigillée ou mesurer des ornières de roues de charrettes sur un état 4 de voie romaine... comme tout le monde le sait, je recommencerai. Si on ne me reprend pas ici, ça sera ailleurs! Et pour tous les étudiants qui veulent essayer d'accoucher qqun, je vous accueille avec plaisir en maternité en échange! =D 

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 09:43

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Bon ça fait 2 articles que j'écris, et j'ai eu 10 idées au moins pour d'autres mais bizarrement ça ne donne rien; PROMIS Rosemarie, je n'oublie pas le tien.

Ce matin quand je me suis levée, j'ai zoné en nuisette les cheveux singulièrement disposés en botte de foin jusque dans la cuisine pour me faire un café. Le regard aussi aimable qu'il est possible, j'étais en train de me faire la remarque que la journée allait sans doute être aussi peu productive que les 5 précédentes. Machinalement, j'ai regardé mes plantes par la fenêtre qui dorent au soleil toute la journée. Et là Hiiiiiiiii!!! Les fleurs sont sorties !!!

Ni une ni deux hop, en nuisette sur le balcon pour m'extasier de leur beauté et de leur magnifique couleur. J'étais persuadée qu'elles allaient être jaunes !

Pour mieux comprendre cet emerveillement de gosse, vous devez savoir que je n'ai jamais eu la main verte. Les plantes meurent avec moi, par manque d'eau et d'amour parce que rien n'est plus con qu'une plante. Pourtant, là je m'étais lancée un peu désespérée, sous les railleries de mon frère - qui lui par contre serait capable de faire pousser un cactus en Antarctique- dans la culture de plantes aux fleurs comestibles. Au départ peut-être une centaine de graines réparties en 10 pots, aujourd'hui ne subsistent que 9 pieds triés au hasard : 4 pieds de bourrache que vous avez ci dessus, deux pieds de capucine trop mignonnes, deux pieds de roquette  et une plante que je ne sais pas ce que c'est.

Peu de temps après avoir prit cette photo, j'ai mangé une des deux fleurs, parce qu'il paraît que ça  a un goût d'huître. Et bien ... j'ai jamais mangé d'huître. Les feuilles auraient le goût du concombre. C'est tellement plus joli, un concombre avec des belles feuilles vertes et des pétales huîtrées avec un petit cône violet au centre.

Je me suis un peu renseignée sur l'éminente source Wikipedia : la bourrache contient une molécule toxique si elle est consommée en trop grande quantité. Pourtant la bourrache est belle et bien comestible : c'est même une plante médicinale. Elle servirait à guérir des gastrites, des atteintes de la peau, soigner la gueule de bois !!!,  serait un diurétique, adoucissante ET surtout... aphrodisiaque.

Flavien, tu peux venir avec ta verrue, je te ferais un petit cataplasme.

Victoire, j'suis trop fière d'avoir amené mes petits pieds à floraison !!! Ne reste plus que la récolte des graines !

 

J'attaque les Ipomées à grande fleur bleue !!!! =D

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 19:40

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6 minutes 46 secondes. C'est le temps qu'il m'a fallu pour fumer ma cigarette.

Je sais, ce n'est pas bien de fumer, et je ne dis pas l'inverse. Je pense aussi que ne jamais fumer de cigarette, ce n'est pas bien. C'est une expérience comme une autre, dont l'acte unique ne nuit pas. Ce n'est pas comme tuer quelqu'un. Enfin je pense.

Je suis assise en tailleur sur mon canapé, j'ai commencé à boire une bière tout à l'heure, et il est temps de fumer. Ce moment, j'y réfléchis déjà depuis une demie-heure, j'attendais que l'épisode de ma série soit fini.

Je regarde mon paquet, convenablement détruit d'avoir été fourré dans une poche de jean à la dernière soirée, et avec deux doigts je prélève délicatement un exemplaire parmis la dizaine que contient la boite bleue. Je repose le paquet, et pour la première fois depuis longtemps le message inscrit dessus me frappe. C'est le message le plus bateau qu'il pouvait y avoir, "Fumer tue". Il me fait arrêter mon geste un dixième de seconde, et alors que je me saisis de mon briquet, je me dis que j'organise mon suicide en fumant cette cigarette. Si fumer tue, pourquoi est-ce que je fume, hormis pour vouloir me tuer?

J'ai choisi la musique que j'allais écouter, ne riez pas, c'est "En apesanteur" de Calogero, et je pousse le son à fond dans mon casque. Je sais déjà l'effet que va me procurer cette cigarette, et lorsqu'on le sait, on prépare l'instant. Je sais déjà à quoi je vais penser pendant ces 6 minutes et 46 secondes.

J'approche le briquet du bout de la cigarette que j'ai déposée entre mes lèvres, bien consciente que le goût de ce petit bout jaune ne me plaît pas. C'est sec, rapeux, et je me garde d'y approcher ma langue car cela me provoquerait un profond dégoût. Mon pouce roule sur la roue à cran du briquet violet vif, et une flamme naît au milieu des étincelles. C'est beau une flamme, c'est une danse sensuelle au rythme des courants d'air, c'est l'Amour aussi; ma cigarette vient frôler les courbes ondulantes et j'aspire l'air à travers la cigarette, on a l'impression que j'aspire le feu dans ce batonnet blanc.

Alors que les braises ornent comme une couronne l'extrémité du cylindre, j'éteint le briquet. La flamme disparaît, ne reste que des braises qui invariablement finiront par s'éteindre sous mes doigts.

J'aspire la fumée dans ma gorge, je la sens qui descend dans mes poumons, du carton rapeux et amer qui assèche ma bouche et la rend pâteuse. Puis je souffle en un long nuage la fumée qui reste.

J'ai 6 minutes et 46 secondes pour penser à quelque chose. Et je repense à ce que j'ai fait de ma vie, ce qui compte pour moi, ce qui est passé et ce qui reste. Je me revois au collège, en train d'écouter Calogero, au lycée puis en médecine. Finalement, les années de sage-femme, les stages, l'hôpital, ma ville. En quelques secondes j'ai retracé ma vie. Je n'ai pas pu y voir tous les instants, ni tous les gens qui les ont marqués, mais j'arrive assez vite à la conclusion : qu'est ce que j'ai gardé sur toutes ces années? Ni mes amis, ni mes convictions politiques, ni mes activités, ni mes plaisirs. Tout cela passe, puis s'efface, devenant des pages jaunies de ma vie que je feuillette quand l'humeur mélancolique me prend de pleurer sur ce que je passe ma vie à perdre.

Arrivée à la moitié de la cigarette, les choses se brouillent dans un léger flou; mes pensées sont claires, les choses aussi, mais le lien entre les deux perd de sa netteté. Je dis souvent que la tête me tourne, mais ce n'est pas tout à fait ça. J'ai l'impression que ma tête pèse vers l'avant, que mes yeux peuvent tout et rien voir à la fois, que mes oreilles entendent calogero mais ne l'entendent pas non plus. Les sensations du toucher sont décuplées, je n'ai jamais aussi bien senti le papier du filtre sur mes lèvres sensibilisées, ni la chaleur poudreuse dans mes poumons, ou la cigarette entre mes doigts.

Je regarde les braises lécher doucement le papier noirci et les volutes de fumée s'envoler. Je repense à 500 days of summer, à cette image où sur un dessin à l'encre tout le paysage s'efface autour de la silhouète.

Ma vie c'est ça. Un dessin au crayon gris où je suis la seule tâche d'encre. 

Peu à peu, mon coeur s'accélère, fumer me fait toujours ça. J'ai l'impression que lui aussi veut accélérer ma mort en disséminant les produits de la cigarette dans mon corps le plus vite possible. Je reprend une bouffée. De toute manière on meurt tous. Je n'ai pas envie de vivre trop longtemps.

Ca y est. Les braises font disparaître les lettres d'or de la marque de la cigarette. Puis s'éteignent.C'est beau une cigarette qui s'éteint. Vite, une photo !

  Et merde. J'ai renversé ma bière.

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