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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 22:58

 

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Nous sommes assises toutes deux sur le lit. Je la regarde en silence depuis de longues secondes alors qu'elle contemple le vide devant nous.

"Vous comprenez, j'ai dormi de 3 à 5h et... et je panique parce que je ne sais pas ce qui s'est passé pour Eleonore pendant ce temps là."

Elle se lève brutalement et va voir, paniquée, la petite qui dort paisiblement dans son berceau. Elle s'arrête brusquement et la contemple, figée. Les yeux dans le vide, elle ajoute: "Elle s'est griffée le visage. C'est grave?". Tout doucement, je dis que non, ce n'est pas grave. Tous les bébés se griffent le visage. 

Un silence passe.

"Vous comprenez, j'ai dormi de 3 à 5h et je ne sais pas ce qui s'est passé pendant ce temps là.

- C'est normal, il faut dormir. Vous n'êtes pas trop fatiguée?"

Elle me lance un regard furtif puis détourne aussitôt le regard.

"J'ai mal à la cuisse. Vous croyez qu'on va m'opérer?

- Non. C'est les ligaments, c'est dû à l'accouchement. Tout va bien, j'ai regardé.

- Vous êtes qui?

- Je suis Ellis. Je suis sage-femme."

A mon tour je me lève, et vais contempler sa fille avec elle. Je souris, elle est mignonne comme tout. Elle porte un pyjama jaune canari du plus bel effet qui fait ressortir ses bonnes joues roses à bisous. Elle lui a laissé son bavoir, un peu taché de lait. Elle dort, totalement inconsciente de ce que la vie lui réserve, alors que moi je commence à entrevoir des choses compliquées pour un si petit être. Pour l'instant, Eleonore ne connait que la voix de sa mère et les battements de son coeur. Elle connaît son odeur et se doute sans doute déjà de l'amour que cette femme lui porte. Un amour très fort et désespéré. Car sa maman panique, je le sais, je le sent. Sa maladie la rattrape et elle sait ce qui va se passer si la maladie gagne.

Après un temps contemplatif, brutalement la femme retourne s'asseoir et regarde dans le vide.

"Son dernier biberon date de quand?"

Silence. Et le silence traine.

"Madame?"

Elle ne me répond pas. Elle est emmurée dans sa tête, où les choses tournent et tournent sans cesse à une vitesse vertigineuse. Après une minute ou deux, je repose la question et elle me dit que cela doit dater de la veille au soir. Mais je sais déjà qu'elle lui a donné le biberon 2h auparavant. Elle ne s'en souvient juste pas.

Ce sont mes collègues auxiliaires de puériculture qui sont venues me chercher à peine les transmissions finies à 8h30 pour me dire que ça n'allait pas. Les unes après les autres, elles sont venues, inquiètes, parce qu'elle n'était pas comme d'habitude. Cela fait 3 jours qu'elle a accouché, et alors que tout se passait bien, elle décompense brutalement sa schizophrénie là où d'autres font un simple baby blues. Oh, elle est connue sa schizophrénie. Mais alors qu'elle, elle s'inquiète d'avoir trop dormi, moi je m'inquiète qu'elle ne l'ai justement pas assez fait.

"Vous êtes qui?

- Ellis, je suis sage-femme.

- Ah. Vous savez, j'ai dormi de 3 à 5h cette nuit et je ne sais pas ce qu'Eléonore a fait pendant ce temps là.

- Ne vous inquiétez pas, elle va bien. Je vais vous laisser. N'hésitez pas à m'appeler dans la journée si ça va pas. D'accord?"

Le silence me répond. J'insiste.

"D'accord?

- D'accord."

Je hoche la tête, et tout doucement je sors.

 

Peut-être qu'elle va oublier de me rappeler.

Pour l'instant, elle ne délire pas, elle n'est pas dangereuse.

La seule vraie question est : où est mon téléphone? Parce que moi je ne vais pas oublier d'appeler son psychiatre.

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 18:01

http://farm4.staticflickr.com/3070/2404047194_bd8b47411c_z.jpg

 

Une belle courbe dessine le profil

Doux et pâle, de ce fruit interdit

Que l'enfant malhabile

Porte à sa bouche, ravi.

 

Passé le premier émoi

De ces sensations merveilleuses

La femme étonnée découvrira

Sa poitrine douloureuse:

 

Car l'angelot a ravagé le mammelon

Transpercé de crevasses et de phlyctènes,

Il a arraché la fine peau marron

De l'aréole qui maintenant saigne.

 

On a l'impression de voir Beyrouth

Le lendemain d'un bombardement

Sauf que c'est un enfant qui broute

De bon coeur, le sein de sa maman!

 

Femmes qui devenez mères,

Sachez que l'allaitement à la maternité

Rime moins avec sucré qu'avec doux-amer.

Donc n'oubliez pas de remercier

Sages-femmes et auxiliaires

Qui pansent les coeurs et les plaies

Eloignent les belles-mères

Et vous aident, malgré tout, à réussir votre projet.

 

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 02:05

http://farm8.staticflickr.com/7152/6809471143_a8151b9dbe_z.jpgQuand ils sont arrivés, je n'y ai pas cru. C'était un troisième enfant, elle avait une contraction douloureuse toutes les 30 minutes depuis 3h. Rapide calcul : elle en avait eu 6.

 

Il y a deux manières d'envisager le travail de sage-femme, ou de professionnel de santé en général. La première, c'est celle à laquelle on est formaté, parce qu'on doit forcément passer par là dans notre développement : protocoles médicaux, réponses catégoriques, et mine de rien, un peu de paternalisme car finalement, nous, après plus de deux cent accouchements, on sait ce que c'est d'accoucher. Certains se contentent de cette option toute leur carrière.

La deuxième manière d'envisager la santé et l'accouchement, c'est d'écouter, faire confiance et laisser choisir les gens sur ce qu'ils veulent faire de leurs vies.

 

Vous allez vous dire que je me la pète tranquillement en me plaçant tacitement dans la seconde catégorie. Non, honnêtement je n'y suis pas encore, on va dire simplement que j'y aspire, et de plus en plus. Je me rends compte que plus je me fais confiance, et plus je fais confiance à ces femmes, moins j'ai de "merdes". Appelez ça comme vous voulez, une "merde", c'est dans le jargon professionnel "un travail foireux", un accouchement "boucherie", une "fessectomie" (comprendre : une épisiotomie large et franche voire trop.) etc.

Encore une fois, je ne dis pas que je bosse mieux que les autres, et heureusement, car dans mon équipe j'ai des collègues formidables à qui je demande très souvent leur avis. 

Mais je sais maintenant où je veux aller.

 

Ainsi, j'ai pris l'habitude d'expliquer quasiment tout ce que je fais comme soin ou comme médicament, sur pourquoi et comment. Et généralement, je demande aux femmes si elles sont d'accord.

Ca les perturbe énormément.

" C'est vous qui savez." ressort souvent, ainsi que  "C'est votre métier, faites ce que vous voulez." ou bien encore "Ben j'ai pas le choix de toute manière!" Et moi de répondre que si, bien sûr, qu'elles ont le choix. On a toujours le choix, et jamais je n'obligerai une femme à subir quelque chose en outrepassant son avis, sauf si cela met en jeu sa vie et celle de son enfant. Car quand on prend un peu de distance, en quoi ai-je totale impunité sur ce que je fais aux corps et aux vies des femmes et des enfants que j'accompagne? Existe-t-il une loi qui les oblige à se soumettre à la sage-femme ou au médecin qui est de garde le jour où elles accouchent? Doivent-elles signer lors de leur inscription à la maternité un contrat avec moi qui me donne tous droits sur leurs vies?

Non. Bien sûr que non.

 

Aujourd'hui, notre époque vit un bouleversement sur ce rapport de force qui s'était installé entre le professionnel soignant et le patient. La notion de droit des patients a commencé à s'insinuer dans nos pratiques depuis la loi de 2002. Avant, cela n'existait pas. Et pour certains, cela n'existe toujours pas.

 

Pour illustrer un peu le propos, voici une anecdote qui s'est déroulée il y a quelques mois.

Dans ma maternité-chérie, alors que tout se passait très bien pour le travail d'une femme dont c'était le 4eme enfant (je vous trace brièvement l'histoire, elle était dépendante au cannabis, et certains professionnels l'avaient flippé/culpabilisée sur la santé de son enfant qui en patirait sûrement à la naissance alors qu'en cherchant un peu plus loin, ce fameux enfant ne risquait rien de grave), un médecin que je n'aime pas trop a mit son nez dans la salle, comme ça, pour voir. Sans frapper, il a ouvert la porte alors que la femme avait les cuisses ouvertes pendant que je l'examinais (allelujah, je met toujours un drap sur la femme au cas où). Il n'a pas non plus dit bonjour.

Il y a certains gynéco-obstétriciens que j'aime bien (une majorité), en qui j'ai totalement confiance et que j'aurais été ravie de voir rentrer, d'une parce qu'ils auraient frappé, de deux parce qu'ils auraient dit bonjour et se seraient présentés. Mais pas celui là.

"Elle est à combien?" il me demande, en regardant le tracé du monito.

Je n'ai pas répondu. Il a du coup été contraint de me regarder, et quand j'ai annoncé la dilatation et la présentation, j'ai regardé la femme. Car ce médecin, je ne lui doit rien.

"On est à dilatation complète, et le bébé est bien engagé maintenant. Félicitations madame!"

Oh, la femme, elle ne me regarde pas. Elle regarde le médecin, et je vois la panique dans ses yeux. J'arrive à lire dedans, elle pense forceps, césarienne, elle pense tout alors qu'il n'y a aucune raison.

"Ben fait la pousser.

- On s'installera quand elle en aura envie."

Il rigole.

" Des bêtises ! Depuis quand on leur demande leur avis?"

En cachant soigneusement la dame, je retire ma main, enlève le doigtier et nonchalamment, le lui balance dans la gueule, l'aspergeant de sang, de liquide amniotique et d'un peu de glaires vaginales.

Ah non merde, c'est ce que j'aurais aimé faire.

Je retire le doigtier et le met à la poubelle, sans répondre. Je me retourne vers la femme, qui me regarde en silence, prête à se remettre entièrement à nous, et j'ai honte. Honte qu'il ait dit ça. Honte de ne pas avoir le culot de le foutre dehors avec un coup de pied au cul. Mais mon devoir de confraternité m'en empêche, un devoir que visiblement lui ne se sent pas le devoir de respecter.

"Vous voulez qu'on s'installe pour la naissance?" fais-je en regardant la femme.

Le médecin prend un air ahuri en me fixant. Et je prie de ne pas avoir besoin de l'appeler pour une ventouse car je suis persuadée qu'il prendra son temps pour venir.

"Oui?" fait-elle en regardant le médecin.

Il est sorti. Et on s'est installé pour la naissance.

 

Mais l'histoire ne s'est pas arrêtée là. Le bébé a effectivement un peu faibli sur la sortie, mais elle poussait super bien son bébé et je savais que dans quelques secondes, il serait là, avec nous, et qu'ils ont bien le droit de faiblir un peu les bouts de chou, du moment que ça ne dure pas 10 ans. Les monitos sont retranscrits sur les ordinateurs de notre bureau, et ce fameux médecin est rentré, sans frapper, au moment d'une contraction et où la femme allait enfin sortir son bébé toute seule. J'ai sû, après, que l'interne avait interdit à son chef de venir, (on a une interne qui dépote) car je ne l'avais pas appelé. Il est venu quand même. La femme a arrêté de pousser. A commencé à pleurer car elle a vu forceps, ventouse. Le médecin ne l'a pas regardé, a regardé la tête qui était en train de sortir.

"Ah, il est là!

- Oui. Je n'ai pas besoin de vous."

Il est ressorti. J'ai passé 2 minutes à recadrer la femme qui était maintenant terrorisée, ne comprenait pas pourquoi le médecin était venu (moi non plus je n'avais pas compris), et enfin, elle a sorti son bébé. Elle l'a attrapé et s'est mise à pleurer de soulagement.

 

Quand je suis sortie, j'avais la rage. La vraie rage. Celle qui vous fait aller le trouver et demander d'un ton peu amène qu'il vienne plutôt quand on avait vraiment besoin de lui. Mais il était parti.

 

Le souvenir de cet homme, car oui, rappellons nous que ce personnage est simplement un homme, il va pisser, il va chier et il pigne quand il se cogne le petit orteil au coin de la table, cet homme incarne ce que je ne veux pas être et ce que je ne serai jamais. Il rejoint les rangs des gens que je suis heureuse d'avoir rencontré pour pouvoir dire qu'ils existent, et qu'ils ne me ressembleront pas.

Et bien cet homme me fera devenir une sage-femme qui demandera toujours si une femme est prête ou non à faire naître son enfant. Car c'est le sien. C'est son accouchement. Et c'est sa vie. Et elle poussera toujours 3 fois mieux quand elle l'aura voulu plutôt que pour un homme comme lui.

 

Bref, tout ça pour finir ma première histoire. Cette femme, dont c'était le 3eme enfant, qui avait ses contractions par 30 minutes. Je lui ai demandé si elle pensait que c'était le bon moment. Elle m'a dit oui. Elle a accouché, comme elle le souhaitait, 2 heures plus tard, sans péridurale, en ayant prit un bain, fait du ballon, marché, eu un monito en discontinu. Je n'ai pas rompu la poche des eaux alors que ça n'avançait pas franchement. Elle a accouché debout, elle a elle même attrapé son enfant. On a attendu que le cordon cesse de battre pour que le papa le coupe ensuite. J'ai même cédé en leur donnant un petit bout de placenta pour qu'ils plantent un arbre dessus dans le jardin, comme pour leurs deux ainés.

Avant, je prenais ces femmes pour des hallucinées. Mais je comprends de plus en plus qu'on veuille accoucher comme ça, car après tout qui suis-je pour les juger? Le papa m'a prise dans ses bras après la naissance en me remerciant d'avoir fait en sorte que ça ne se passe pas comme pour les deux premiers. Moi, j'avais eu peur car je les suivais dans l'inconnu en prenant des risques, pour moi, pour mon confort psychologique, et pour un éventuel procès si ça se passait mal.

 

Mais après tout, ça valait le coup.

 

Alors oui, je sais quelle sage-femme je serai. Ce que je ne sais pas, c'est si je veux un jour faire des accouchements à domicile (dans un cadre organisé et sécurisé bien sûr), ou devenir libérale et faire des accouchements sur plateau technique, avec enfin la possibilité de réaliser "une femme, une sage-femme". Un jour, oui, peut-être. On verra.

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 16:13

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  Après le succès qu'a mon article "un accouchement comme un autre" ( je le vois aux stats de fréquentation du blog sur les articles) je me sens obligée de faire le même exercice avec un accouchement sans péri, beaucoup plus rare, mais que je préfère de loin ! A l'époque, des amies avaient commenté que "cela ne donnait pas envie" à cause de la médicalisation. Je vous laisse juge de cette autre forme de naissance!

 

La sonnette des salles de naissance raisonne. On soupire... nous n'avions plus aucune patiente avec mes collègues. C'est suffisament rare pour qu'à 4h du matin on n'aie plus si envie que ça que des femmes viennent nous voir... Eleonore, ma collègue auxiliaire de puériculture entreprend donc de parcourir le long et magnifique couloir de la maternité où je travaille, décoré de sa (célèbre) fresque qui représente le bord de mer et ses cabanes à carrelet pour s'enquérir de qui vient nous voir. Qui sait, peut-être est-ce un problème gynécologique qui ne concernera que l'interne de garde...

Mais pas de bol, elle me ramène un dossier bleu de femme enceinte avec un petit regard désolé et me dit : " Tu veux la prendre? ". Allez. Je me lève lourdement pendant que mes collègues s'empressent de dire "On peut la prendre si tu veux Ellis!", mais non, j'aime encore moins ne rien faire pendant que mes collègues travaillent, donc je me saisis du dossier en demandant à Eleonore qui est cette madame Da Tenas. 

"C'est une petite primi, à terme. Elle a des contractions depuis 2h qui lui font mal, régulières toutes les 5 minutes."

Boah. Une primi, 2h de contractions? Ca sent le retour à domicile ... le col ne sera jamais ouvert. Je me met donc moi aussi à parcourir en long cet interminable couloir à fresque pour finalement frapper dans la salle d'admission 5 où la patiente attend en soufflant. Elle est accompagnée de sa mère.  Elle vient tout juste d'avoir 18 ans - allelujah, les démarches administratives pour les mineures sont fastidieuses - et le papa n'est pas là. Il est parti quand elle lui a annoncé la grossesse. Alors que cette jeune maman souffle, pliée en deux, en appui sur le lit, sa mère me dit aussitôt  que sa fille va accoucher, elle a des contractions douloureuses.

"D'accord. Bon, déjà on va attendre que la contraction se finisse."

Peu à peu, son corps tendu comme un arc se relache. Elle rouvre les yeux. Se remet à bouger. Elle fait si jeune... elle est blonde, les cheveux longs et emmêlés. Elle est toute fine, en jogging. Elle n'est pas très jolie, elle a encore de l'acnée sur tout le visage et sa peau est rendue rouge par l'effort.    

"Bonjour ! C'est la première fois que vous venez nous voir?"

Rapidement je fais un interrogatoire pour savoir exactement le contexte, puis je lui explique le monito systématique que je dois lui faire pour constater les contractions et le rythme cardiaque du bébé. Je vais devoir l'examiner aussi pour savoir si je la garde pour son travail, ou si c'est encore trop tôt - comme je le redoute - et qu'elle doive rentrer à la maison.

"Ah hein? Vous allez m'examiner?

- Oui... je suis obligée, pour voir si les contractions que vous avez agissent sur le col de l'utérus, par là où sortira le bébé.

- Bon d'accord... maman tu peux sortir?

- Tu es sûre?

- Oui !"

Son ton est rendu brutal parce que commence une nouvelle contraction qui la coupe rapidement de la réalité. Elle se tord, ferme les yeux et gémit. Sa main serre fort la table d'examen. Pendant ce temps, sa mère sort à contrecoeur, pendant que j'enfile un doigtier après m'être lavé les mains. J'attends patiemment que la contraction se termine. 

"C'est bon?"

Le bruit du coeur du bébé galope et nous berce.

"Oui." Elle retire son jogging et descend sa petite culotte. Elle s'installe, ramène son bassin à plat, moi j'ai mit du gel écho pour lubrifier le doigtier. Tout doucement j'inserre un doigt, et mentalement je soupire; elle est contractée comme pas deux, je sais que je vais lui faire mal si elle ne se détend pas.

"Je sais que ce n'est pas facile, mais il faut vous détendre au maximum. Je peux faire des pauses si vous voulez, on est pas pressées, mais je dois voir tout ce qu'il faut voir sur le col. Donc soufflez un bon coup. Voilà. Allez j'y vais."

Elle est toujours aussi contractée. Je ramène mon majeur en plus, et j'avance, doucement, doucement. Elle, elle regarde le plafond, s'aggrippant au bord de la table, en serrant les dents. Elle ne demande pas de pause. 

Je trouve le col instantanément, le col est à 4 cm, donc tous les signes qui font dire qu'elle est en travail et que tout va rouler pour elle. La poche des eaux bombe sous mes doigts, prête à se rompre quand ça sera le moment, et derrière je sens la tête du bébé qui appuie bien. Je retire mes doigts avant qu'une nouvelle contraction arrive, je souris.

"Alors? fait-elle après avoir enduré la dernière contraction en serrant les dents.

- Vous êtes à 4 cm, c'est super ! Vous êtes en travail. Qu'est ce que vous souhaitez? Vous voulez la péridurale?" Je l'aide à renfiler sa petite culotte et son pantalon en même temps que je parle.

"Ah non, je veux pas la péridurale !

- D'accord. Vous pouvez changer d'avis à n'importe quel moment. Vous voulez prendre un bain?

- Pourquoi un bain? Je suis propre, j'ai pris ma douche hier soir. "Elle souffle, une autre contraction débute.

Je ris.

"Je sais que vous êtes propre, c'est juste que l'eau chaude ça détend les muscles et que les contractions sont plus facilement supportables dans l'eau." J'attend que la contraction se termine.

"Il faut que vous pensiez à respirer pendant les contractions, madame. C'est normal de faire de l'apnée quand on a mal, on le fait tous en temps normal. Mais là, vous avez un petit bébé dans le ventre et il a besoin d'oxygène lui aussi... donc concentrez vous sur la respiration. Vous comptez le nombre de fois que vous inspirez, et à chaque contraction vous devez respirer autant de fois, d'accord?

- D'accord.

- Je peux vous proposer des médicaments contre la douleur, je vous en donne?

- Non non ça va. Je veux bien prendre un bain.

- On attend que les 30 minutes de monito se terminent et on y va. Vous m'appelez si ça ne va pas? A tout à l'heure.

- A toute à l'heure."

En sortant, je fais un sourire à sa mère qui attend, anxieuse, devant la porte. Je lui annonce que sa fille est en travail et le programme qu'on a convenu. Elle sourit, soulagée, et rejoins la jeune femme.

Je retourne dans le bureau où sont mes collègues pour vérifier que les bilans, les échographies, les papiers administratifs et de suites de couche sont faits. Car oui, le boulot de sage-femme aujourd'hui c'est moitié moitié d'accompagnement et de paperasse. Chaque naissance nous prend facilement une heure de formalités, de création d'étiquettes, d'envoi de bilans sanguins, de création de dossier, d'impression de bilan, de remplissage de dossier, de fouille dans les bilans, de coups de fils, de remplissage de cahier de naissance, de déclaration de naissance, de carnet de santé etc.

Le médecin anesthésiste est justement là pour prendre la température du bloc avant de retourner se coucher.

"Alors, ta dame?

- Elle est à 4 cm. Elle ne veut pas de péridurale.

- Ahaha ça sent la péri dans une heure, quand je serai reparti me coucher quoi. C'est un premier bébé?

- Ouais. ( je suis la tête dans les papiers)

- Elle sait pas ce que c'est d'avoir mal! Ah ces primi... Je te parie que dans une heure tu me rappelle.

- Bah, peut-être, pour l'instant elle en veut pas."

Intérieurement, je me dis que ben c'est bête pour lui, mais c'est la vie, je le réveillerai sans aucun scrupule dans une heure si cette femme le souhaite. C'est son boulot, et c'est le mien de voir souffrir une femme pendant des heures durant. 

 

Après plusieurs allers retours dans cet interminable couloir, la jeune femme est dans le bain pour la durée qu'elle souhaite, je l'ai perfusée avec un petit cathlon avec un bouchon, une sécurité obligatoire pour un accouchement même sans péridurale. On ne sait jamais comment ça se passe. Je suis restée avec elle un bout de temps, je lui donne des trucs pour gérer la douleur, je lui rappelle qu'elle peut changer d'avis n'importe quand pour la péridurale. Toutes les heures, je remet un monito en route pour voir comment va le bébé, et ma foi, il est en pleine forme. On ne sait pas le sexe. Elle me raconte peu sa vie, elle est rendue à un point où la douleur est tellement fréquente qu'elle n'a pas trop le temps de parler entre temps. Je ne l'examine plus.

 

2 heures plus tard, elle m'appelle. Elle est en pleine contraction en train de crier. Et pousser en même temps. Cest un cri très particulier, beaucoup plus profond et rauque, entrecoupé. Un cri particulier. Là, quand vous êtes sage-femme, vous vous dites "et merde, on va devoir faire l'accouchement dans la baignoire, j'aurai dû l'examiner!". Avec ma voix posée et pas stressée du tout alors que je suis déjà en train de me voir appeler mes collègues en catastrophe et que j'ai déjà les boules du scénario, je la calme. Je lui dis de se concentrer, la douleur est là mais c'est elle qui la maîtrise et l'accepte. Ca va s'arrêter, c'est une contraction comme une autre, ça va redescendre et elle ne doit pas perdre de vue ce moment là, et tenir. Elle se recalme et souffle.

J'ai découvert en étant sage-femme le pouvoir que j'ai rien qu'avec mes mots et ma voix. Je suis capable de canaliser ces femmes qui vivent des douleurs inimaginables, en ne sachant pas moi même ce que c'est. Je suis capable de les calmer, de leur faire entendre uniquement ma voix, et de les distraire de cette terrible douleur.

La contraction se termine.

" Ce serait bien que je regarde le col pour savoir où on en est, madame. C'est pour savoir si je peux me permettre de vous laisser dans le bain ou s'il faut que je vous emmène dans une salle de naissance.

- Oui, je veux bien!"

Et aussitôt la douleur revient, elle est toujours dans la baignoire. Dans ces moments là, je boue. J'aimerai qu'elle bouge pendant la contraction, qu'elle aille dans ce putain de lit, que je regarde ce col, que je sois déjà en train d'appeler mes collègues. Une contraction dure 2min, l'intervalle 1 min. Mais pareil, quand on est sage-femme on apprend à être patiente. Les choses se passent bien indépendamment de notre volonté. Et puis oui, elle ne peut pas bouger pendant la contraction et bien tant pis, on fera peut-être l'accouchement dans la baignoire.

Finalement, elle réussit à rejoindre le lit. Avant meme que je lui pose la question, c'est elle qui me dit "c'est bon allez y ". Elle est beaucoup plus détendue, et l'examen lui fait moins mal. J'y vois le résultat d'un début de confiance. Je prend aussi le temps de l'examiner, avec des pauses, comme la toute première fois, mais l'examen me dit très rapidement que oui, il va falloir aller en salle de naissance. Elle est à 7 cm, la tête est très basse et cette poche des eaux toujours intacte. Ca va très vite, pour un premier bébé.

On l'emmène en fauteuil dans la salle de naissance violette, parce qu'elle n'arrive plus à marcher, ses genoux ne la supportent plus, elle doit se mettre à genoux.

"Bon, on doit atteindre 10 cm, et que le bébé descende dans le bassin. Vous avez fait des cours de préparation à la naissance?

- Non, ma mère m'a tout expliqué."

Je grogne dans ma tête. Une mère c'est bien. Mais ça raconte des bêtises des fois.

"Vous avez constaté que pendant les contractions vous n'arrivez pas à rester droite non? Vous vous pliez en deux.

- Euh oui...

- Je vous conseille de vous mettre sur les ballons de gym qu'on a, vous allez voir que vous allez être mieux.

- Mouais...

- Essayez une fois au moins ! Si ça ne vous va pas, remettez vous dans le lit, ou debout.

- Bon d'accord, j'essaie."

Il est 7h du matin. L'anesthésiste est là pour une autre patiente. Je ne peux pas m'empêcher de lui annoncer comme une victoire personnelle que ma "petite primi" est à 7cm et qu'elle ne veut pas de péri.

Je rejette un coup d'oeil dans la salle violette. Retour dans le lit sur le côté. Le ballon n'a pas eu de succès. Si la tête est basse, la position assise ne doit pas lui convenir. Je lui ai proposé le protoxyde d'azote, ou "gaz hilarant" qui déconnecte de la réalité douloureuse d'une contraction. Elle l'a refusé.

Je suis en panne de conseils et d'aide. Sa mère la canalise très bien pendant les contractions. Je lui ai massé le bas du dos pendant une dizaine de minutes tout à l'heure, ça lui avait fait du bien, mais maintenant la douleur est à l'intérieur, sur le col. Je continue malgré tout de le faire quand je peux. Les monitos sont tous parfaits.

A 8h, la femme m'a demandé de réexaminer, elle est à 9 cm. Mes collègues arrivent et je ne l'accoucherai pas. Une étudiante sage-femme décide de la suivre avec Manu, la sage-femme. Alors qu'on rentre tous pour dire au revoir ou bonjour, elle hurle que le bébé arrive. L'étudiante se saisit d'un doigtier, l'enfile et commence à vouloir examiner la patiente en pleine contraction. En même temps que la jeune femme, je crie " NOOON", une réaction un peu trop brutale de ma part, mais je me pardonne après 12h de garde et une nuit blanche à canaliser une femme qui a mal et avec qui on partage confiance mutuelle. Elle n'a pas demandé à ce qu'on l'examine, et maintenant qu'elle est dans la salle de naissance, avec tout sur place, il n'y a plus aucun intérêt à l'examiner. Si elle accouche, on verra la tête sortir.

J'explique tout ça à l'étudiante qui, comme moi il y a quelques années, ne savait faire que des accompagnements de femmes avec une péridurale. Mais là, ce n'est pas la même chose. C'est la nature même qui fait les choses, et nous sommes beaucoup moins acteurs; il s'agit de faire confiance à cette femme, de la suivre en ne perdant jamais de vue les risques et les actes indispensables pour garantir sa sécurité. Elle, elle nous fait confiance pour respecter ses choix et sa santé.

 

En voilà une longue histoire. Nous faisons environ deux accouchements sur une garde de 12h, mais certaines naissances comme celle de cette femme marquent définitivement. Aujourd'hui en france, les accouchements sans péridurale sont rares, et mal accompagnés, comme j'ai pu l'admettre lors d'un débat avec des journalistes de la santé sur twitter. Mais pourquoi mal accompagnés? Ces journalistes disaient que c'est parce que nous devions "faire du rendement", "faire du chiffre" et que nous, sage-femmes, nous incitions les femmes à prendre la péridurale. Certes, un accouchement sans péri nous prend 3 fois plus de temps qu'un autre avec une péridurale. Nous sommes déjà en surcharge de travail avec les restrictions budgétaires drastiques des établissements qui préfèrent acheter des machines et créer des locaux plutôt que des contrats avec des personnels, et oui, si j'avais eu trois autres patientes à prendre en charge en même temps, je n'aurais pas pu l'accompagner autant.

Je n'ai pas l'impression que cela m'influence pour autant. Je n'aurais pas forcé cette femme à prendre la péri parce que j'ai trop de travail. Je sais que je lui ai dit trop souvent "qu'elle pouvait prendre la péri n'importe quand", mais ce n'est pas parce que je dois faire du chiffre. C'est que c'est difficile psychologiquement de voir quelqu'un souffrir toutes les deux minutes pendant 5 heures d'une douleur équivalente à celle de l'amputation d'un doigt sans pouvoir rien y faire. J'aimerai bien que ces journalistes de la santé puissent accompagner une femme qui souffre comme ça, pour voir ce que ça créé comme sentiment. Les accouchements sans péri sont rares, et nous sommes par conséquent moins habitués à prendre en charge la douleur autrement, c'est destabilisant. C'est difficile moralement. Et cette douleur morale qu'on ressent en tant que sage-femme face à une telle souffrance, elle s'atténue avec le temps et l'expérience, mais encore faut-il que les femmes souhaitent en passer par là.

 

A toutes les mamans qui souhaitent accoucher "naturellement" et "à la maison", je tiens à vous dire qu'en tant que sage-femme j'ai vu suffisament de situations dramatiques à l'hôpital pour ne pas conseiller d'accoucher à la maison. Mais on peut accoucher naturellement, il suffit de le vouloir. Même une salle de naissance "physiologique" n'est pas nécessaire; il suffit de tomber sur une sage-femme qui prendra son pied à voir la nature la plus simple agir et de se préparer à endurer une douleur terrible et de savoir s'entourer d'une personne que la douleur n'effraiera pas (et le conjoint n'est pas forcément le plus à même de supporter de voir la personne qu'il aime se faire amputer d'un doigt toutes les deux minutes). Peut-être que vous trouvez que je cherche à vous faire peur? Je pense au contraire que si on se lance dans ce projet, il faut savoir que ça fait mal. Le nier, c'est mal se préparer à recevoir la douleur et l'accepter. C'est un très gros travail sur soi.

 

Une petite Clarisse est née 1h plus tard. Les accouchements sans péridurale sont les plus beaux qui soient. La douleur et les émotions sont si fortes, le stress, l'angoisse, l'impatience, puis le soulagement, le bonheur, l'amour, que j'en pleure souvent. Et tant pis, c'est cucu, c'est ridicule mais oui, moi j'aime vivre  et  travailler dans ces bains d'émotion où on ne comprend pas ce qu'on vit et ce qu'on ressent.

 

Mais je pense que si j'accouche... je prendrai la péridurale.

 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 12:02

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"Madame ViergeMarie doit accoucher le 25 décembre 2010."

Oui, moi aussi j'avais levé un sourcil outragé quand j'avais vu ce petit mot que ma sage-femme avait affiché dans l'office. Allons bon, de la BonDieuserie dans un hopital public? Prête à rouspéter et grogner pour le principe - parce qu'à ce moment là c'était un peu ça tout le temps, je grognais et rouspétais - je me suis tout de même intéressée au reste du mot. Nous étions en Novembre, à l'hôpital sud de Rennes, et c'est vrai qu'on a un peu tendance à oublier que l'année avance à une vitesse folle à cette époque là de l'année.

"Madame ViergeMarie doit accoucher le 25 décembre 2010.

Madame ViergeMarie ne s'attendait pas à ce cadeau, et elle n'a pas eu le temps de trouver toutes les petites choses qui permettront de l'habiller dans les premiers jours de sa vie. Qui, d'ailleurs, ne se passeront pas à l'étable mais bel et bien dans notre maternité. Si dans vos malles et cartons, vous possédez des petits vêtements de toute sorte qui ne vont plus à vos enfants parce qu'ils ont bien grandi, n'hésitez pas à venir les déposer dans le carton de l'office du service de maternité. 

De plus, il semblerait d'après Dr X que l'enfant de madame ViergeMarie soit un garçon...

Merci pour elle."

Me voilà interloquée. Qu'est ce que c'est que cette histoire? J'en parle à ma sage-femme - nous étions en train de manger sur le pouce notre repas du midi aux environs de 17h, miam miam le poisson pour le goûter - qui ne semble pas plus informée que moi de toute cette affaire. La garde se passe, et j'oublie peu à peu cette Madame ViergeMarie.

Quelques gardes plus tard, je vais au staff du vendredi, qui réunit tous les médecins gyneco-obstétriciens et pédiatres présents, les sages-femmes, les cadres, les psychologues, les assistantes sociales. Un joli petit paquet de monde. Pendant ces staff hebdomadaires, nous parlons et informons nos collègues des patientes ayant besoin d'un suivi médical particulier, ou bien social ou psychologique, histoire que chacun sache où l'on met les pieds, en quelque sorte. Il est rarement décidé de quelque chose, c'est souvent pour informer tout simplement.

J'expose mon cas. Puis c'est le tour de Dr X de demander "Et Madame ViergeMarie? Comment se porte-t-elle?" .

Revoilà cette madame ViergeMarie ! Mais qu'a donc cette femme? L'assistante sociale nous dit qu'elle va de mieux en mieux, elle a toujours 3 anxyolitiques le soir pour dormir, son substitut à l'héroine, et son patch à la nicotine. Son bébé qui avait arrêté de grandir dans son ventre a finalement repris sa croissance grâce à l'hospitalisation de sa mère. Il est donc décidé de l'héberger à l'hopital, sans raison médicale, simplement parce qu'elle n'a pas de logement, pas de travail, pas de moyens, et pas à manger.

 

J'en ai des frissons. Moi qui croyais à une bondieuserie. J'en ai honte.

 

Quelques gardes plus tard - quel feuilleton! - je me retrouve dans le service où est hospitalisée Mme ViergeMarie. Je suis presque impatiente de la rencontrer tant tout le monde en parle. Moi qui m'attendais à trouver une femme détruite par la vie, les drogues et la misère, je me retrouve face à une femme épanouie, qui m'attend assise sur son lit. Elle a éteint la télé lorsque je suis rentrée - ne croyez pas que cela soit si fréquent, généralement nous sommes visiblement moins intéressants que le téléachat. Dans sa chambre, ça ne sent pas la crasse ni le tabac, ça sent le gel douche. Elle porte une robe simple, mais qui lui va bien. Elle me sourit et me dit "je me demandais quand vous alliez venir pour écouter mon bébé!". Rendue presque muette tant cette femme me surprend, je bégaye un " euh et bien... maintenant, ça vous va? - oui, très bien!".

Elle est d'une maigreur surprenante. Certes, son visage est marqué par son tabagisme, cela se voit, mais elle est souriante et mine de rien, ça change tout. J'ai beau savoir qu'elle attend un petit garçon, je lui demande le sexe de son enfant - peut-être est-ce une surprise? "C'est un petit garçon! J'ai hâte de le voir." Je lui ai posé son monito, j'ai échangé un peu avec elle sur comment elle allait, mais cela se voyait juste qu'elle était bien.

En sortant, je suis tombée sur l'assistante sociale qui avait parlé lors du staff. Elle me demande comment va madame ViergeMarie, puis je lui fait part de ma surprise en comparaison avec le tableau qui était dressé par le bouche à oreille.

"Oh, tu sais, on revient de loin. Ce n'était pas un déni de grossesse, elle sait depuis le départ qu'elle était enceinte, mais au vu de tous ses problèmes de vie à côté elle l'a mise de côté. C'est Dr X qui a décidé de l'hospitaliser après la seule écho qu'elle a faite de toute la grossesse, à cause du retard de croissance. Elle change de jour en jour ici, je pense qu'elle se sent acceptée, elle voit bien qu'on l'aide. Elle s'épanouit. Mais il ne faut pas se leurrer, quand elle ressortira après la naissance de son garçon, la misère va de nouveau être là. On essaie de la placer dans un centre de jeunes mères, mais les places sont rares et chères... on ne peut pas dire que ces structures soient beaucoup aidées et leurs capacités d'acceuil sont insuffisantes."

Je hoche la tête, et lui dit à plus tard.

J'ai visité l'année suivante un centre d'acceuil de jeunes mères, en stage de PMI. C'est une sorte de résidence universitaire, avec des salles de vie communes comme une cuisine, une salle de jeu... les chambres sont toutes dans un couloir, et c'était pire que spartiate. Un lavabo, un berceau, un lit une place, une table et une armoire, rien de plus. Les toilettes étaient communs. Sur place, il y avait une puericultrice ou deux, des aides de vie. Quand les enfants commençaient à avoir un an ou deux, on mettait gentiment les femmes dehors parce que ça pousse au portillon... J'avais eu l'impression de rentrer dans un mélange de prison, d'hospice et de résidence universitaire. Mais hein... c'est mieux que la rue...

Quand j'ai été finir mes papiers dans le bureau, j'ai vu la fameuse boite, recouverte de papier cadeau, dans lequel les professionnels viennent mettre les vêtements. Le soir, j'ai croisé la sage-femme qui a mit en place ce système. 

"Tu sais, elle se met à pleurer d'émotion quand je lui montre ce que les gens déposent dans la boîte. Une fois, il y avait une petite brosse à cheveux. Elle m'a prise dans ses bras en sanglotant."

 

Vous savez, on voit des tas de choses affreuses dans notre métier. Des bébés morts, des bébés malformés, du sang, de la souffrance. Mais je crois que le pire pour moi, c'est la misère, et j'y repense deux ans plus tard, en ce mois de décembre 2012. Cette fatalité qui atteint les gens, parfois malgré eux, qu'ils subissent sans savoir comment  en sortir, qui nous pousse à placer leurs enfants en centre d'acceuil tant il est impossible pour un nourrisson d'aller dans un rue par -2 degrés sous un carton. Bien que cette histoire montre que certaines personnes comme cette collègue sage-femme qui avait mit en place cette simple boite savent garder de l'empathie et prendre des initiatives aussi louables, cela donne simplement l'impression de remonter le courant à la rame.

Peut-être que si nous étions plus à ramer comme elle, on y arriverait.

 

Joyeux Noël ... en avance.

 

 

* Les noms, les dates et une partie des faits ont été modifiés pour garder l'anonymat de la patiente. Les propos tenus ici n'engagent que moi et les citations des professionnels ont été modifiés. *     

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 10:54

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En ce moment, j'héberge Rosemarie, une amie sage-femme qui travaille dans la meme maternité que moi. Au vu de la durée de son contrat, c'était la meilleure solution, elle n'allait quand même pas prendre un appart pour un mois et demi, ni planter sa tente sur la plage vu les températures. Et puis je suis contente de la recevoir.

Je découvre en revanche peu à peu ce qu'est de vivre en couple; rassurez vous, nos contacts se limitent à la bise le matin. Pour tout le reste, ça y ressemble beaucoup; nous avons deux pièces, et un mode de vie dû à notre travail qui impose une organisation digne de celle de ma mère. Ainsi, généralement je dors dans ma chambre et rosemarie sur le clic clac de la pièce principale. Le soucis arrive quand  elle est de nuit -donc devant dormir pendant la journée- et pas moi. Je cède alors ma chambre pour pouvoir vivre ma vie et elle sa nuit.

J'en conclue que c'est chiant de vivre en couple avec une sage-femme; avec rosemarie ça va, on sait toutes les deux ce que c'est et comme je vous l'ai dit, on est amies et bien organisées donc on gère. Mais comment font les autres, en couple?

Il est vrai que dans notre profession nous avons un taux de célibataires et de divorcées assez conséquent. Aucune étude sérieuse n'a été réalisée à ma connaissance sur cet état de fait, mais cela ne m'étonne pas. D'une, nous avons des caractères forts. C'est nous qui portons la culotte, ça j'en suis certaine : on voit pleurer des hommes, hurler des femmes, on voit du sang, on découpe, on suture, et on aime ça. Alors j'imagine que quand on rentre à la maison, biquet a intérêt à rouler droit et à pas se plaindre parce que "tout ce que tu vivras chéri, sera plus doux et plus facile qu'enfanter alors ta gueule".  Par ailleurs, épuisées de donner autant d'empathie à ces femmes souffrant milles maux -à savoir accoucher, se faire bouffer les seins par un nouveau-né ayant la puissance du dernier Dyson "sans sac, sans perte d'aspiration", faire 6 nuits blanches d'affilée et supporter son biquet qui a hâte que "sa femme chérie rentre parce qu'il n'arrive plus à gérer les ainés à la maison"- et bien je pense  qu'on épuise le stock d'empathie qui était normalement réservé au reste de ses connaissances, y compris son compagnon. Il m'arrive fréquemment de dire à mes amis qui pleurent dans mes bras de leurs souffrances et de leurs vies difficiles, ce célèbre dicton: "Chiale tu pisseras moins". Depuis que je suis sage-femme, j'ai moins d'amis.

Deuxièmement, sur un plan parfaitement organisationnel, une vie de couple est difficile à concilier avec une vie professionnelle de sage-femme. Je le vois bien avec rosemarie. On se croise, et on a rarement du temps ensemble. Là, elle vient de rentrer de sa garde de nuit à 8h30, nous avons prit le petit déjeuner ensemble parce que je suis une fille sympa -mais tous les copains qui travaillent toute la semaine sont-ils capables de se lever à 8h30 un dimanche pour un petit déjeuner? - puis elle est partie se coucher dans mon lit. Je suis dans le salon. Je n'ose pas faire de bruit. Je tapote à l'ordi, je ne met pas de musique. Tout à l'heure je me risquerai à mettre la télé au volume le plus bas. Nous sommes dimanche, je ne peux pas aller faire les magasins, me reste éventuellement une balade ou de la lecture comme distraction. Rosemarie va se lever sans doute vers 15-16h, si ce n'est 18 comme il le faudrait. Nous papoterons, elle prendra sa douche, mangera, regardera un peu la télé puis partira travailler à 19h30. Moi, je passerai la soirée seule devant ma télé comme hier soir. Si j'avais été un copain, je serai parti bosser lundi matin quand rosemarie serait rentrée de sa garde. 

Vous comprenez? Ca doit être méga chiant d'être en couple avec une sage-femme. Ou alors on doit tomber sur des mecs qui vont voir ailleurs, pour s'occuper, expliquant le taux de divorcées. 

 

ET NE PARLONS PAS DES ENFANTS.

 

Quand les enfants arrivent, on commence à entendre des collègues se plaindre de leurs vies, chose qu'elles ne faisaient même pas quand elles étaient simplement en couple. Quand je vous dit qu'on est fortes. Parce que je peux vous dire que le papa, il a intérêt à gérer. Quand maman part en garde, c'est papa qui s'occupe des enfants après sa propre journée de travail. Le lendemain, quand maman revient, soit les enfants sont déjà l'école, soit c'est elle qui les emmène après sa garde de nuit. Quand les enfants ne sont pas scolarisés, une nounou s'impose j'imagine, parce que maman doit dormir jusqu'à 16h.

 

ET ALORS QUAND ELLES ALLAITENT.

 

Parce que oui, l'allaitement c'est quasi une obligation dans notre métier. Tout le monde dit qu'une femme doit donner son lait parce que c'est la MEILLEURE CHOSE qu'on puisse donner à son enfant, ensuite dans l'ordre c'est  son amour et une tablette. Du coup, en tant que représentantes de la maternité et du cucu, les sages-femmes s'imposent des allaitements drastiques. On retrouve des fanatiques, qui nous ramènent des gateaux de lait maternel en garde - l'anecdote parlera à quelques sages-femmes et étudiants sages-femmes de ma connaissance. Alors ben, les sages-femmes tirent leur lait en garde. Allaitent la nuit, le jour, repos de garde ou pas. Un peu comme toute femme qui allaite, certes, mais les bébés ça tête surtout la journée, pas trop la nuit. Dans l'idéal.

 

Bien entendu, messieurs les sages-femmes je ne vous oublie pas. J'essaie d'imaginer votre vie, qui doit être finalement tout aussi galère que la notre en tant que femme, et si vous souhaitez vous sentir plus concernés, il ne vous reste plus qu'à inverser le genre des pronoms de cet article. 

 

En conclusion, n'épousez  pas une sage-femme. Faites vous en -au mieux- une amie.

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 09:54

 

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Brusquement, le bus grince, puis s'arrête. Nous sommes tous légèrement secoués, et je m'agrippe machinalement à une barre de métal lisse et grasse de la sueur du tout-venant passé par là avant moi. Mes propres paumes sont moites. Je m'essuie distraitement les mains sur mon pardessus de laine bouillie en descendant le marchepied. Je regarde à droite et à gauche dans la foule des passants, puis repositionne mon foulard sur mes cheveux. Vite, ne pas rester là, on pourrait me remarquer.

A petites foulées j'avance sur le trottoir. Je cours presque en traversant. Vite. Plus vite j'y suis et plus vite c'est fini. Alors que je cours, j'essaye de ne plus penser mais tous mes efforts se révèlent vains. Je suis pétrie de peur, de culpabilité, de honte, de terreur et de tant d'autres choses. Autour de moi les gens se retournent, sous leurs parapluies, et me regardent d'un air étonné. Où va donc cette fille ? Que s'apprête-t-elle à faire ?

 

Vous savez, je suis pourtant de confession catholique ; j'ai été à la prière tous les jours depuis que je sais. J'ai demandé à Dieu de me pardonner. De me pardonner d'y penser, et d'élaborer tout ce plan. De me pardonner pour l'être misérable que je suis. De me pardonner de me taire et de ne dire à personne. J'ai pleuré dans mon lit chaque soir depuis que j'ai eu les symptômes. Les nausées, le ventre qui me ballonne, et puis surtout, mes menstruations qui ne sont pas revenues. Ces saignements pourtant haïs étant jeune fille, qui me tordaient le ventre de mille maux, qu'est ce que je les ai regrettés ! Je t'ai prié, Seigneur, pour qu'ils reviennent. Mais ils ne sont jamais revenus, et j'ai vu dans Ta décision le signe que tu me punissais de cet enfant pour le viol que j'ai vécu. Pourtant, c'était affreux. Je n'ai jamais voulu de cet homme, qui m'a prise ce soir là, quand je rentrais de l'atelier. Il m'a attrapé, m'a frappé et à moitié inconsciente, je n'ai pas eu la force, mon Dieu, de résister. J'aurais dû, malgré l'étourdissement, mais je n'ai pas pû. Pourquoi est-ce moi qui pâtis de sa méchanceté ? Mais cet enfant je ne puis le garder. Je n'ai pas de mari, comment pourrai-je trouver un parti avec cet enfant ? Comment pourrai-je le regarder grandir en y voyant un père qui me violenta ce soir là ? J'aurai dû l'abandonner ? Mais à mon travail à l'atelier ils auraient vu ma grossesse. J'aurais perdu mon travail. Et ma famille ? Seigneur, faites qu'ils ne sachent jamais. Permettez, dans Votre miséricorde, de porter seule ce fardeau.

 

C'est Bertille qui m'a dit où trouver cette femme. Je pouvais lui faire confiance, je savais qu'elle avait été la voir pour elle, il y a quelques mois. Mais Bertille n'a pas mes problèmes ; elle ne croit pas en Vous. Elle dit qu'elle est claire avec sa conscience, mais elle a quand même perdu son travail et sa situation. Elle a été rejetée de tous, et moi je ne veux pas ça. C'est son hémorragie qui l'a conduite à l'hôpital, parce qu'elle sentait qu'elle saignait trop. Là bas, les docteurs ont bien compris qu'elle s'était faite avorter. Ils ne lui ont pas donné d'anti-douleurs. Ils l'ont mise dans le dispensaire commun pour que tout le monde puisse voir qu'elle saignait et qu'elle s'était faite avorter. Et quand ça s'est arrêté, ils l'ont jetée dehors, comme une malpropre, en la traitant d'assassin et qu'ils allaient la dénoncer. Mais c'était il y a quelques mois, et Bertille n'avait pas donné son vrai nom.

 

J'ai peur de saigner.

 

Je suis arrivée devant la porte de l'immeuble. Je tremble, je transpire. J'ai peur ! Ma main tremble alors que je sonne. La concierge vient ouvrir alors que je pense faire demi-tour... mais c'est trop tard. Dans son regard, je vois trop de compassion. De compréhension. Cette femme sait pourquoi je viens. Elle m'a vu. Elle lit dans mon regard toute ma crainte et mon désespoir. Sans un mot, elle ouvre largement la porte, prend ma main, et me fait rentrer. Elle a les cheveux grisonnants, la cinquantaine, et est emmitouflée dans un châle de laine noir fait au crochet. Elle enlève mon foulard, passe sa main dans mes cheveux trempés, dégage mon front luisant de pluie d'une mèche égarée. Puis elle me dit : « 2eme étage, petite. » D'un hochement de tête, je lui fais signe que j'ai compris. Toujours aussi hésitante, je monte les marches de pierre de ce vieil immeuble. J'arrive devant une porte de bois dont le vernis est craquelé. Ma main tremble, mais pas ma résolution. Je frappe d'un unique coup à la porte.

 

Une femme bedonnante vient m'ouvrir. Elle sent la sueur et le gras de cuisine, et sa lippe est ponctuée de tâches. Contrairement à la concierge, elle n'a pas un sourire. Elle me regarde de bas en haut, semble m'évaluer, s'écarte pour me laisser le passage et me dit d'un air aggressif tout en claquant la porte : « Tu as l'argent ?- ...oui... 2000 francs c'est ça ? » fais-je d'une voix faible. C'étaient toutes mes économies. Je n'avais pas plus.

 

Elle se retourne alors et sans un regard me mène jusque dans la cuisine qui contrairement à sa propre tenue, est propre et claire. La table est dégagée, recouverte d'un drap qui n'est plus blanc depuis longtemps mais sans une tâche. Elle a été poussée dans un coin. Dans l'évier, une bassine avec les outils. Je commence à pleurer, je ne peux pas m'en empêcher, la vue de ces instruments est le catalyseur de ma peur et de ma culpabilité. Je m'enserre de mes propres bras en y cherchant du réconfort que je ne peux pas trouver ailleurs, et baisse les yeux alors que de grosses larmes glissent sur mes joues pour venir s'écraser au sol. Je sens que la grosse dame m'observe, mais elle ne dit rien. Elle attend. Les sanglots me secouent de longues minutes, alors que rien ne se passe, et je n'ai pas envie d'y aller et de le faire. Pourquoi suis-je là ? Alors que la question commence à s'imprimer dans mon esprit, la grosse dame me dit d'une voix neutre ;

« Ecoute jeune fille, je ne veux pas savoir ton nom. J'ai brûlé ta lettre. Tu as le choix, mais moi je n'ai pas toute la journée devant moi. Soit tu repars avec ton bâtard, soit tu retires tes jupes et tu t'installes sur la table. Ca prendra 3 minutes maximum, et tu seras libérée de tes soucis. C'est difficile, c'est douloureux, mais c'est rapide. Tu te tortures en réfléchissant, puisqu'en venant ici tu as déjà choisi. Alors ? » Alors j'ai retiré mes jupes et j'ai continué de pleurer. J'ai gardé mon pardessus, j'ai retiré ma culotte et me suis retrouvée les jambes nues dans cette cuisine froide.

 

Je m'assois au bord de la table, le drap adoucit seulement à peine la rudesse du bois du meuble rustique. La grosse femme a pris un tabouret, a mit une bassine par terre, entre mes jambes.

« Bon allonge-toi. Met les pieds sur le rebord. Voilà. Ramène ton bassin à plat. »

Rouge de honte d'exposer ainsi mon intimité à cette femme, les larmes continuent de couler sur mon visage, mais je ne sanglote plus. La peur me pétrifie.

« Ecarte plus les jambes. C'est bon. Bon maintenant il ne faut plus que tu bouges. Ca va être très douloureux, mais si tu bouges, ça sera pire et je risque de faire des complications. Et il faut que tu te taises, les voisins ne doivent pas t'entendre hurler. J'y vais. »

Malgré moi, je la vois se saisir d'une longue aiguille qui ressemble à une aiguille à tricoter. Elle écarte mon intimité avec deux de ses doigts gras qu'elle n'a pas daigné laver, puis inserre une grande cuillère dans mon vagin. Je revois cet homme sur moi, qui m'a prise ce soir là et j'ai l'impression de vivre un cauchemar éveillé. Elle se saisit de l'aiguille et la fait glisser le long de la cuillère. La pointe se perd dans mes chairs, je hurle.

« Tais-toi je t'ai dit !  »

Je me remet à sangloter en gémissant par à-coups. Je me mord la langue. Je m'agrippe au bord de la table. Au fond de moi, je sens que l'aiguille touche quelque chose et je hurle, je hurle malgré moi tant la douleur est vive. La grosse femme s'arrête et me lance une violente claque sur la cuisse.

« Ta gueule je t'ai dit ! Si tu recommences j'arrête et tu chercheras quelqu'un d'autre ! Tu veux que j'ai des problèmes ou quoi !!! »

Elle reprend son ouvrage, et fait des va-et-vient avec l'aiguille dans mon ventre. Je sens que quelque chose de chaud commence à couler et mon ventre me fait mal, si mal. Finalement, à moitié étourdie, je sens qu'elle retire l'aiguille et elle se saisit d'un torchon pour s'essuyer les mains.

« J'ai fini. Ca va saigner, c'est normal. Tu vas prendre ces infusions de sauge pendant 1 semaine, chaque jour, le matin et le soir. Ca va aider à chasser le bâtard. Si jamais ça saigne trop, va à l'hôpital. Tu seras reçue comme une chienne, mais au moins tu ne mourras peut-être pas. Si tu as de la fièvre, fait pareil, va à l'hospice. Tu auras des médicaments parce qu'ils ne peuvent pas te laisser mourir, c'est dans leur serment, mais crois-moi qu'ils en auront envie, que tu crèves. Tu vas avoir mal au ventre aussi, c'est parce que ton corps va chasser le bâtard, c'est des contractions. Maintenant file moi l'argent et va-t-en. Je ne veux plus jamais te revoir ici. Tu as crié alors que je t'avais dit de te taire ; j'ai risqué ma tête en acceptant de t'aider. Mais tu risques aussi la tienne si les voisins t'attendent sur le pallier. Bon courage, petite. Et fais attention à toi. »

 

 

Ce récit, pure fiction de ma part, aurait pu parler de toutes ces histoires qui se sont réellement passées il n'y a pas si longtemps.

 

Un peu d'Histoire ?

Après un temps de tolérance de 1923 jusqu'en 1939, où la pratique et le recours à l'avortement devenus des délits, étaient « simplement » punis d'emprisonnement, la loi redevient extrêmement répressive en 1942 en qualifiant l'avortement de « crime de haute trahison » passible de peine capitale par guillotine. C'est la période de la chasse aux avorteuses et aux avortées. Marie-Louise Giraud est exécutée pour avoir fait avorter 27 femmes en 1943.

En octobre 1972, lorsque mes parents avaient une dizaine d'année, l'avocate Gisèle Halimi fait acquitter pour la première fois une jeune fille de 17 ans qui s'était faite avorter suite à un viol. En 1972. 17 ans, victime de viol, et cela n'était toujours pas toléré ? L'affaire fait scandale, et mène avec d'autres actions de grande envergure comme le « Manifeste des 343 salopes » déclarant avoir vécu un avortement, et le « Manifeste des 331 médecins » déclarant les avoir pratiquées, à la loi votée en 1974 de Simone Veil légalisant l'avortement en france.

 

Au lieu d'une fiction, j'aurais pu parler de cette femme, Clotilde Vautier, qui a donné son nom à une rue quartier Villejean-Beauregard. Cette femme, artiste rennaise de renom qui exposait à Paris et Rennes dans les années 60 est décédée à l'âge de 28 ans d'un avortement qu'elle a réalisé seule, chez elle, parce que ses amis et connaissances du monde médical avaient refusé de l'aider. Pourtant j'ai décidé de raconter une fiction, d'une parce que je n'avais pas suffisament de matière sur cette femme, et de deux parce que je n'aurais pas osé faire revivre un tel moment en le salissant de mes ergotages. Pourtant, maintenant que je l'ai découverte, je ne l'oublie pas.

 

Bien que ce petit récit soit inventé, la technique de l'aiguille a tricoter fut bien réelle, et hormis les chanceuses qui ne finissaient pas stériles à cause des infections, les femmes mourraient effectivement d'hémorragies ou de septicémies. De même, il était « de bon ton » de faire souffrir les femmes qui étaient hospitalisées pour ces motifs, puisqu'il était facile de constater que ces complications étaient issues d'un avortement ; ce comportement punissif (bien que les avortements étaient rarement dénoncés aux autorités en raison du secret médical), était bien présent. C'est pendant ma première année de concours d'entrée en sage-femme, lors des cours d'histoire de la médecine, que mon excellent professeur de l'époque nous parlait de cette pratique courante que de dénigrer et d'humilier publiquement ces femmes pour qu'elles ne recommencent pas à avorter. Lui-même, interne à l'époque et qui n'est pourtant pas si âgé que cela, a connu les restes de cette tradition inhumaine mais pourtant si commune.

Où en sommes nous aujourd'hui ? 2 140 IVG sont réalisées chaque année en Ille-et-vilaine dans les centres d'IVG. 250 de plus sont faites en cabinet libéral par voie médicamenteuse. Les IVG pratiquées en France chaque année sont gratuites, libres, anonymes, réalisées à l'hôpital dans des conditions d'asepsie et de surveillance dignes d'un service de chirurgie. La prise en charge psychologique est assurée, l'éducation à la santé aussi même si cela semble ne pas porter ses fruits au vu des récidives parfois nombreuses d'IVG au cours de la vie d'une femme. Avoir pratiqué une IVG n'est plus une honte, aujourd'hui. C'est certes toujours un deuil, toujours difficile et culpabilisant, comme me le montrent ces larmes lorsque je demande aux femmes enceintes si elles ont déjà vécu des grossesses auparavant.

Comment ne pas parler d'évolution de société, d'avancée ?

 

Pour ne pas oublier, je profite de cette occasion pour faire ce travail de mémoire. On accuse notre génération d'oublier le passé. Je n'ai pas vécu cette époque, j'ai la chance d'être née plus tard et de ne jamais avoir eu à vivre ça. Pour autant, dans le récit des gens qui m'entourent, il n'est pas difficile d'y voir la douleur et la honte d'avoir cautionné ce bannissement.

Non. Je n'oublie pas, et faites que personne ne l'oublie.

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 10:52

 


La première fois que j'ai été en contact avec un couple homoparental, c'était quand j'étais étudiante, en consultation de grossesse, aux côtés d'une sage-femme. Je les revois, elle, enceinte, lui à côté, mimant parfaitement le couple hétérosexuel. Ce n'est que lorsque nous avons abordé les renseignements administratifs que le malaise s'est installé.

"Donc monsieur, vous êtes le papa? Quel est votre nom?

- Euh oui... je suis le papa... enfin euh... je sais pas si on va mettre mon nom...

- Euh?  Vous n'êtes pas le papa? **Mais pourquoi est-il venu à la consultation alors?**

- Techniquement... si. Mais euh...

- Bon on va arrêter de tourner autour du pot, l'a arrêté brutalement la maman. Voilà, c'est mon meilleur ami d'enfance, nous sommes tous les deux en couple homosexuel de notre côté, nous voulions tous un enfant alors on l'a fait, et je suis enceinte. Il est le papa, mais en vérité nous sommes 4 parents, voilà."

Un petit silence a suivi, de stupéfaction de notre part. Moi, parce que je n'y avais jamais pensé. La sage-femme, parce qu'elle ne l'avait pas senti venir.

Je me souviendrai toujours que dans la case "papa", elle n'a rien écrit. Sur le devant du dossier, dans la case "suivi particulier de la grossesse" elle a marqué en rouge "couple homosexuel", comme si cela méritait un suivi particulier, comme un diabète ou une maladie. Trop compliqué. Trop compliqué cette situation dont on ne parle qu'à mi-mot, un peu comme si c'était un sacrilège que les couples homosexuels aient des enfants en France. Comme si ces parents là méritaient moins que les autres d'avoir des enfants, comme si le lien qu'ils créaient avec leurs enfant était à surveiller par la PMI parce que mon dieu, sont-ils normaux?

Je ne pense pas que la sage-femme était homophobe. Elle ne m'a fait aucune reflexion une fois le couple sorti. Cette anecdote a retenu mon attention. ce fut mon premier pas dans cette forme de parentalité qu'est l'homoparentalité.

Aujourd'hui, on ne parle pas des couples homosexuels qui viennent accoucher à la maternité. On ne nous en a jamais parlé en psychologie. Ah ça, on a fait le tour de la parentalité hétéro, de la sexualité hétérosexuelle, de la construction de l'enfance dans un couple hétérosexuel. Mais pour les couples homosexuels... on en parle pas. Ca se fait pas. Des fois même on a l'impression  que certains ne réalisent pas que ça existe et que cela nous concerne, nous, les sages-femmes.

Par la suite, j'ai rencontré d'autres couples de mamans, avec qui j'ai eu le plaisir de discuter de leur parcours du combattant qui se vit le jour le jour. Lors de la constitution de mon mémoire, l'histoire de ce couple de maman qui avait demandé à corps et à cris une insémination de donneur en france avant de se rabattre sur la belgique je crois. Oh, elles savaient qu'elles n'y arriveraient pas en france. "Mais comment faire bouger les choses si on fuit à chaque fois?" m'a demandé cette maman. Quel courage, me suis-je dit, que de lutter à la fois pour son bonheur mais aussi pour une cause. La maman-bis avait réussi je ne sais comment à faire la reconnaissance anticipée de l'enfant de sa compagne. Comment aujourd'hui avec une administration telle que la notre est-elle parvenue à faire ça? Je ne saurai jamais, peut-être quelqu'un de solidaire à la cause? Heureusement que des femmes comme elle, suffisament combatives assument d'aller en justice pour revendiquer un droit naturel d'être parent. Elle m'a dit au moment de sortir que son prochain combat serait le partage de l'autorité parentale.

Dans les équipes, cela fait les choux gras au moment des transmissions, on parle d'eux comme d'un fait divers. On utilise des termes comme "ben le couple de lesbienne...ben elles se débrouillent bien." comme si c'était étonnant et méritait d'être noté dans le dossier.

Il y a peu de temps, je me suis occupé d'un couple de mamans lors de la naissance. Je pense que ce couple avait vécu de tels jugements, de telles reflexions que cela ne pouvait pas se passer autrement que comme cela a été : pendant plusieurs heures, elles ont été sur la défensive. Il était 2h du matin, quand j'ai demandé à cette femme qui l'accompagnait qui elle était pour la maman, elle m'a dit "je suis SON amie" d'un air revendicatif et orgueilleux, comme si elle s'était préparée à encaisser quelquechose, comme si elle avait déjà préparé ce moment là depuis des semaines. Pendant plusieurs heures, il a existé cette frontière qu'elles s'étaient préparées à ériger entre elles et nous, les professionnels de santé. Personnellement, je suis totalement favorable à leur cause. Cela ne m'a posé aucun soucis, et cette deuxième maman, et bien je l'ai intégrée comme je l'aurais fait avec un papa, sous quel droit l'aurai-je évincée? Comment pouvai-je imaginer que cela se faisait encore de nos jours?

La naissance s'est très bien passée. Je les ai revu quelques jours plus tard par hasard, lors des suites de couches. Elles étaient en train de changer la couche de leur petit gars avec beaucoup d'attention, (une situation qui me fait toujours autant rire). Lorsqu'elles m'ont enfin remise comme était la sage-femme de l'accouchement, elles m'ont dit merci je ne sais combien de fois. L'une des deux a eu les larmes aux yeux. Visiblement, elles me remerciaient pour autre chose que la naissance en elle-même, et cela m'a touché.

Vivement le jour où les couples homosexuels me remercieront uniquement pour l'accouchement au même titre que les hétérosexuels. Et qu'ils n'aient pas, les larmes aux yeux, besoin de me remercier de ne pas les avoir jugé.

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 14:12

http://rosamelancolia.r.o.pic.centerblog.net/gxzvzw19.jpg

Bon... me voilà de retour. Je n'ai pas écrit depuis trèèèès longtemps, pour moult raisons, telles que : le fait que mon blog aie été placé en malveillant par google (wtf?), que ça m'a un peu brisée dans mon élan de bloggeuse, que je voulais avoir un site indépendant, que j'ai autre chose à faire, que j'ai fait des affiches, que j'ai eu une vie sociale, que j'écris mon mémoire etc.

Non, je plaisante. En vrai c'était pour faire comme toute bloggeuse à succès: signifier par mon absence que ma carrière a prit son envol et que du coup je gagne des thunes en publiant des livres au lieu d'écrire gratis sur un blog.

Bon si on en revient au contenu de cet article, je pense que le sujet "Anne Geddes" va partager la population des lecteurs en deux cohortes (oui oui, ce putain de mémoire me tient à la gorge).

D'une, le groupe des non avertis, des normaux, des bleus quoi (des filles http://static.skynetblogs.be/media/75698/dyn001_original_1024_768_pjpeg_2673445_b379f3ce85877639957cd828a92a3541.jpgsurtout) qui va se dire "HIIIIII ! J'adooooore Anne Geddes ! Ses photos sont trop belles, c'est trop mignon, c'est trop cucu hiiiiiiiiiiiii vas-y chéri fais moi l'amour au 14e jour du cycle, qu'on fasse un bébé et qu'on fasse des photos nous aussi!". Erreur. Vous allez faire comme 80% des français: enfanter neuf mois plus tard de bébés normaux qui ne tiendront pas dans la main de leur père (sauf cas particulier si vous êtes une lilliputienne et votre mari gulliver, ce qui risque de faire des cheveux blancs aux sages-femmes qui vous accoucheront). Et AU PIRE, vous allez faire un petit bibendum de 5000g qui ressemblera au chat de Geluck, dont vos proches diront :

"Mais attends... rappelle moi... t'as accouché ya 6 mois?

- ...il y a 3 jours, c'est pour ça que je suis encore à la maternité, connasse."

Bon, vous aurez quand même l'intense satisfaction de voir passer dans le regard de vos amies cette lueur d'effroi et de respect qui dit "mon dieu, comment quelque chose d'aussi énorme a pu passer dans un endroit si étroit? Finalement j'ai plus envie de faire de photos. J'ai plus envie de faire d'enfant. J'ai plus envie de faire l'amour à mon chéri au 14e jour du cycle." ( et j'ai plus envie de lire le blog de Ellis Lynen parce qu'elle me fout trop les jetons avec ses articles sur les naissances.)

 

http://www.casafree.com/modules/xcgal/albums/userpics/24295/annegedes%5B1%5D.jpgOu alors, vous ferez partie du deuxième groupe, celui des obstétriciens, des sages-femmes, des professionnels (ou des garçons) qui se diront "putain... encore un Anne Geddes..."

Car la tendance nationale est de mettre des posters de Anne Geddes dans les maternités, dans les bureaux d'obstétrique, dans les bureaux des cadres de maternité et des écoles de sages-femmes. En parcourant ce que me proposait google image, je me suis rendue compte que j'en ai déjà vu ENORMEMENT, beaucoup trop et que c'est même étonnant que je n'ai pas fait de cauchemar là dessus encore. Car les posters de Anne Geddes, c'est une forme de publicité subliminale. C'est comme des images qu'on interpose partout dans nos lieux de travail pour nous faire penser sans arrêt "bébé, bébé, bébé, bébé, bébé, cucu, cucu, cucu, cucu, rose, rose...". Ainsi, même les plus coriaces d'entre nous, les garçons manqués comme moi qui se disaient en arrivant dans la profession "Ok, je fais sage-femme mais JAMAIS je ne deviendrais cucu-rose-bébé! JAMAIS." finissent par devenir un peu plus guimauve à chaque année.

 

Du coup je pense qu'un jour moi aussi je ferai l'amour à mon chéri au 14e jour du cycle, moi aussi j'aurais un bébé. Et moi aussi je ferais des photos à la Anne Geddes.

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 15:37

http://140.116.253.135/newHomePage/manager/form/drug/drug_pic/F0857501Tractocile_085750_1_980806.JPG

Plus je découvre le monde hospitalier, plus je comprends pourquoi la santé a un coût et que celui-ci est cher; lorsque je débats sur les allocations, le remboursement des médicaments et ce genre de choses, certaines personnes me disent "bah un jour on payera les médicaments, comme ça les gens arrêteront d'en bouffer au petit dej' et les gellules ne feront plus partie du tableau aux côtés de la tartine beurrée et du jus d'orange." Et ma foi, j'ai de plus en plus tendance à penser qu'on devrait faire quelque chose pour que certains arrêtent de dépasser les bornes.

Le médicament que vous avez en photo est le plus cher qu'il m'est été donné de préparer et de tenir entre mes mains - et pendant le stage dans lequel je suis en ce moment, j'en prépare pour 2 patientes au moins par jour, sans compter les patientes de l'autre côté du service . L'Atosiban est un produit pharmaceutique inhibiteur de l'ocytocine, on l'utilise en dernier recours pour arrêter les contractions chez les femmes enceintes qui se lancent trop tôt dans le travail de l'accouchement pour leur permettre d'avoir un bébé un poil plus gros que 600g à la naissance. Ce médicament est composé de deux petits flacons de 3cm chacun, contenant respectivement 0,9mL et 5mL. Il s'administre à des débits très précis sur 48h. Il coûte 450€.

En soit, une patiente à qui je donne ce médicament et qui fait tout pour se reposer et ne pas avoir de contractions ne me dérange pas; elle a comprit l'enjeu, la gravité, et sans qu'on lui dise le prix de ce qu'on lui passe dans les veines pendant 2 jours elle a bien saisi que sa situation est grave et qu'on utilise les dernières cartes avant le fatal accouchement d'une crevette.

Il y en a d'autres à qui j'aimerai bien faire payer leurs médocs. Du style la cocotte qui refuse de se contenter de ses patchs à la nicotine et qui débranche elle-même la seringue contre avis médical pour aller fumer sa clope en bas, ou qui va s'asseoir dans son fauteuil parce qu'elle en a assez d'être allongée. Réalises-tu ma belle, que tu es en train de jeter 500€ par la fenêtre sans compter le prix que coute ton hospitalisation et celle future de ta petite mouche de 800g qui aurait 1 "chance" sur 2 de devenir handicapée? Ta dépendance est forte, certes, mais tout cela ne mériterait-il pas que tu pleures dans ton lit contre tes copines de lycée qui t'ont fait tomber dans le tabagisme et que tu te colles tes 5 patchs les uns sur les autres si nécessaire? Alors que moi je lâche quelques larmes en voyant qu'il reste un tout petit fond dans le flacon que je n'arrive pas à prélever avec ma seringue et que ce que j'ai entre mes mains correspond à l'ensemble du contenu de mon compte en banque, toi tu vas t'asseoir au fauteuil parce que tu en as assez de rester allongée au bout de 24h? Tu n'as qu'à te le payer, le produit. Peut-être que tu resterai allongée.

 

A l'inverse, pour les femmes qui n'arrivent pas à avoir des contractions à la fin de la grossesse, on met au fond du vagin une sorte de bandelette de 2cm bourrée de prostaglandines pour les aider à rentrer en travail et dilater le col de l'utérus. Ces 2cm coûtent 90€ pour 24h. Comment peut-il être possible de le perdre dans les toilettes 30 min plus tard sans vouloir sortir son carnet de chèque en culpabilisant sur le trou de la sécu creusé à la pelleteuse? Car tu comprends que nous on ne va pas te laisser avec ton enfant dans le ventre pendant encore 6 mois, donc on va t'en remettre un autre. 180€ dans le tutu en 2h, j'espère que tu saisis pourquoi j'ai pas envie de prendre ça avec le sourire.

 

De même, quand on consultation on te demande si ça te gratte fort sur les bras et les jambes au point de te réveiller la nuit et de te lacérer les membres, n'imagine pas qu'on te demande si tu as des moustiques chez toi; c'est une maladie. Ce n'est pas la peine de t'inquiéter et de répondre "oui" en te disant que si tu as quelque chose par malheur, on va le découvrir avec une prise de sang. Car le petit tube qu'on te prescrirait coute 30€. Alors réfléchis bien. Est-ce que tes moustiques valent 30€? En es-tu bien sûre?

 

Je ne dis pas que les patients français font exprès de consommer des soins; pour le dernier exemple cité, c'est dans une autre culture que les femmes répondent "oui" à toutes nos questions sans réaliser le prix que cela va nous coûter d'aller vérifier leurs dires. Je me demande juste quelle attitude je dois adopter? Dois-je culpabiliser les patients en leur demandant s'ils seraient prêts à payer ce qu'ils consomment sans ciller? Ou dois-je considérer que la santé n'a pas de prix et qu'ils n'ont pas à s'en vouloir d'avoir leurs pathologies? La question reste en suspens depuis quelques années déjà...

 

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